Lëk Sèn

Lëk Sèn
Lëk Sèn © DR

Les albums se suivent, mais ne se ressemblent pas, dans la carrière du Sénégalais Lëk Sèn. Avec Jaam Doong, il prend le chemin d’un reggae dans lequel il se reconnait davantage, lui qui avait été finaliste du prix RFI Découvertes en 2007 avec son groupe de rap, SSK.

Dans la relation qu’il entretient avec la musique, Lëk Sèn dégage quelque chose qui ressemble à un sentiment d’urgence. Pas le temps d’attendre. Sept mois à peine après son disque Hope Inna Afrika destiné à financer la construction d’une école dans son village natal de N’Gor, le chanteur sénégalais installé à Paris, refait parler de lui avec Jaam Doong.

Qu’importe les risques d’interférence, de confusion. Les critères habituels qui prévalent en termes de logique commerciale n’ont tout simplement pas leur place ici. D’autant que pour l’artiste, les projets ne sont pas de même nature. L’un, qui répond à ses préoccupations socio-éducatives, ne sera "jamais hors contexte", assure-t-il. L’autre obéit à des règles plus pragmatiques : mener des actions caritatives ne permet pas de gagner sa vie…

Pour Lëk Sen, c’est aussi l’occasion de tourner définitivement la page de Tomorrow, son album "officiel" précédent sorti en 2013 auquel il se sent complètement étranger, en particulier sur le plan artistique.

Depuis, pour gérer son destin, il a pris son indépendance en optant pour l’autoproduction, avec les limites que cela implique en termes de moyens, bien que ce nouvel album n’en porte guère les traces.

Comme pour illustrer sa démarche personnelle, marquée par la notion de combat, il rend hommage au Jamaïcain Marcus Garvey en reprenant dans Warrior, un extrait d’un des discours de cette figure du panafricanisme, pilier de la pensée rasta. "Pour que sa parole ne meure pas", explique le chanteur. "C’est grâce à lui que je peux ouvrir ma bouche", ajoute-t-il.

Accompagné par un groupe solide et désormais stabilisé au sein duquel on trouve le guitariste de Tiken Jah Fakoly ou le batteur de Faya Dub, il invite à nouveau la Dakaroise Julia Saar, choriste réputée, pour un duo sur Zion, ou encore son brillant compatriote Meta Dia, ex-rappeur converti comme lui au reggae, afin de "partager le message ensemble" sur Aluleen.

Plus conventionnel sur la forme, moins crossover qu’il ne l’a été par le passé, Lëk Sèn n’en conserve pas moins une singularité accrocheuse, mariage entre le timbre de sa voix et les ambiances sonores choisies. C’est rugueux, tranchant, parfois brulant. Comme si Raggasonic avait (enfin) trouvé un petit frère.

Lëk Sèn Jaam Doong (Jahsen creation) 2014
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