Vendredi Slam

Vendredi Slam
Ceptik, directeur artistique de Vendredi Slam © B. Diagne

S comme Slam est le premier album du collectif sénégalais Vendredi Slam. C’est aussi le premier album exclusivement dédié au slam, sorti en juin dernier au Sénégal. Un pays dans lequel la scène musicale est jusqu’aujourd’hui dominée par le mbalax et le hip hop. Zoom sur cette nouvelle génération d’artistes poètes.

Guediawaye, en banlieue de Dakar. Le studio de Ceptik, directeur artistique de l’album S comme slam. Son petit studio, aménagé au rez-de-chaussée de sa maison familiale, a servi de salle de répétition et d’enregistrement de l’album. Plus de six mois de travail, de soirées passées à écrire, échanger… le principe était de composer plusieurs duos.

L’album s’ouvre sur S comme slam, un morceau qui fait intervenir les voix de l’Ermite, Diamil MC, Xalil et Ceptik, les piliers du collectif. Le morceau parle de solitude, du temps et de littérature, le tout en jonglant avec les quatre lettres du mot "slam".

Ce morceau, mais surtout cet album, est le fruit de cinq années de compagnonnage entre une bande d’amis, voire de connaissances. Car à l’origine, le collectif Vendredi Slam est né il y a cinq ans, à l’initiative d’une poignée d’amoureux de la poésie, qui avaient alors décidé de créer des rendez-vous slam dans un restaurant de Dakar, les vendredis soirs.

Amateurs et professionnels

L’état d’esprit de ces soirées poétiques est plutôt familial. Des confirmés tout comme des débutants s’essaient devant un public restreint. Seule la créativité prime. "Nous sommes une bande de copains, nous nous sommes retrouvés pour des soirées littéraires, résume un peu sobrement Minus, le secrétaire général du collectif Vendredi Slam. L’objectif, souligne-t-il, est de permettre aux gens qui aiment écrire, de pouvoir le partager en public et de déclamer son texte… les personnes qui participent ne sont pas seulement des professionnels : les gens peuvent s’essayer pour leur première fois".

Cinq ans plus tard, le collectif qui ne comptait qu’une poignée d’artistes, rassemble une trentaine de membres, âgés de 25 à 40 ans. C’est un groupe cosmopolite, qui compte essentiellement des Sénégalais, mais aussi des Marocains, des Français, etc. Parmi ces passionnés de littérature et de poésie figurent de jeunes entrepreneurs, des étudiants, un géologue, la responsable d’une école de danse, ainsi qu’un médecin militaire.

Simple hobby ou nouvelle tendance artistique ? "Nous tournons autour du concept de poésie urbaine et de partage gratuit", affirme Ceptik, auteur du morceau Teranga ("l’hospitalité", en wolof). Résultat : le premier album va du slam au reggae, en passant par le ska.

Pour Ceptik, artiste qui a déjà deux autres albums à son actif, les slameurs "tournent autour de l’écriture, sans être emmitouflés dans un carcan. Du jour au lendemain, un artiste naît. Le but, précise-t-il, c’est de pousser les gens à écrire". Les artistes n’ont aucune limite : ils s’expriment essentiellement en français et en anglais. Signe de l’adaptation de ce style : certains membres slament en langue wolof, la langue la plus parlée au Sénégal.

Sur le fond, les slameurs abordent avec ironie, certains travers de la société sénégalaise. Mais l’essentiel parle de littérature, d’écriture. La production de cet album -entièrement autofinancé par le collectif- a été difficile. Dans un pays où musique rime avec mbalax et hip hop, cet opus exclusivement dédié au slam, sonne comme une carte d’identité. "Cet album est là pour prouver que pendant cinq ans, nous sommes parvenus à fédérer un maximum de gens, qui sont à la fois des spécialistes de l’écriture et des novices qui n’avaient pas cette prétention artistique", commente Ceptik.

Diamil MC

Parmi ces novices, figure Diamil MC, auteur de Ma plume. Originaire de Niari Tally, un quartier populaire de Dakar, ce jeune homme au timbre nonchalant n’a pas de diplôme : Moustapha Ciss, de son vrai nom, a quitté l’école très tôt, à l’âge de quinze ans. "Je n’ai même pas eu à passer le brevet", avoue-t-il avec simplicité.

Adolescent, Moustapha Ciss passe d’un emploi à l’autre : il est un jour épicier, un autre jour mécanicien. En 2007, par de longues soirées adoucies par les coupures d’électricité, il écrit un premier texte, pensant "produire du rap" parce qu’il ignorait ce qu’était le slam. Diamil se documente sur internet. Il y découvre Grand Corps malade, qui devient l’une de ses références.

Ensuite, il rencontre le collectif Vendredi Slam. L’artiste en herbe participe par curiosité à une scène slam. C’était en février 2010. Ce milieu lui a ouvert les yeux : "Je ne me sentais pas l’âme d’un artiste, explique-t-il, mais en fréquentant les autres, je progresse, j’apprends et je mûris un peu". Diamil a publié un recueil de poèmes.

Fort de l’expérience acquise auprès de Ceptik et sa bande, il espère pouvoir faire son propre album. En attendant cela, Diamil s’entraîne sur des scènes locales, aux côtés de ses amis : celle de l’Institut français de Dakar, le Saint-Louis Jazz. Et prochainement, des tournées prévues à Lille, où le collectif a noué des liens avec des artistes français.

Vendredi Slam S comme slam (2014)
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