Kasai Allstars, le retour des sorciers

Kasai Allstars, le retour des sorciers
Kasai Allstars © DR

Après avoir passé six années à bouillonner dans une marmite satanique, les Kasai Allstars sont de nouveau là pour diaboliser nos oreilles. Avec un deuxième album intitulé Beware the Fetish ("Méfiez-vous du fétiche"), le groupe congolais remet le couvert avec un menu musical transcendant.

Depuis leurs participations mémorables à de grands festivals européens et japonais il y a trois ans, les Kasai Allstars s’étaient montrés discrets. Comme si le collectif congolais avait disparu dans "sa" forêt équatoriale de la région du Kasaï.

1095 jours de silence salutaires puisqu’ils font aujourd’hui un retour discographique avec Beware the Fetish ("Méfiez-vous du fétiche"). Un double album de plus de 100 minutes qui explore en profondeur l’immense répertoire tradi-moderne du groupe. Sorte de longue liane sonore, les douze titres s’enchaînent à un rythme hypnotique. Véritable musique de transe inspirée des rituels coutumiers pratiqués autrefois dans le bois sacré, ce registre n’en demeure pas pour autant purement ethnique.

Les sons urbains sont bien présents grâce aux entrelacements des guitares électriques très rock et autres tambours à résonateurs. Un accompagnement instrumental au service du likembé. Fameux piano à pouce, cet instrument est la marque de fabrique des Kasai Allstars. D’ailleurs la photo de la pochette n’est autre qu’un likembé géant peint en bleu. Véritable fil rouge présent sur tous les morceaux, il est amplifié. Résultat : le likembé raisonne fortement donnant ainsi une sonorité distordue qui crée l’envoûtement.


Sagesses et sorcellerie

Tous ces ingrédients servent de potion pour alimenter les musiciens-chanteurs porteurs de paroles des plus symboliques. Sorcellerie, commentaires sociaux, sagesses traditionnelles sont les maîtres-mots des textes. Parmi les morceaux de Beware the Fetish, la 12e plage reflète à merveille l’esprit des Kasai Allstars.

Intitulé The Ploughman ("Le Laboureur"), ce titre live - de près de 10 minutes - a été enregistré lors des fameuses tournées de 2011. Totalement frénétique, il confirme que la recette musicale à base de polyrythmies répétitives fonctionne toujours. Dommage qu’elle ne soit pas suffisamment renouvelée par rapport au premier opus In the Moon, the Chief Turned into a Swwimming Fish and Ate the Head of his Enemy by Magic paru en 2008.

Mais il est toujours difficile de faire mieux après un tel succès. A l’époque, cet album avait fait l’unanimité, tant du côté du public que de la critique ! Tous originaires de cette immense province de la RDC grande comme la France, les quinze membres du collectif représentent cinq groupes ethniques différents. Une force indéniable quand on sait que les relations interethniques étaient problématiques dans cette région par le passé.

Un bel exemple d’union en ces périodes de conflits entre communautés sur notre planète. Seul bémol : la sortie de Beware the Fetish n’est pas suivie de dates de concerts. Car les Kasai Allstars sont à voir sur scène avec leurs énergies débordantes et sataniques plutôt qu’à écouter dans son salon.
Kasai Allstars, Beware the Fetish (Crammed Discs) 2014
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