Baaba Maal souffle les 25 ans de Daande Lenol

Baaba Maal souffle les 25 ans de Daande Lenol
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Après avoir traversé les États-Unis d’Ouest en Est avec le spectacle Tales From The Sahel ("Causeries venues du Sahel"), le Sénégalais Baaba Maal vient donner en France une dizaine de concerts afin de fêter les 25 ans de son groupe Daande Lenol. L’occasion d’évoquer quelques souvenirs et de recueillir son analyse sur cette période au cours de laquelle il est devenu un des ambassadeurs de l’Afrique.

RFI Musique : Qui était Baaba Maal en 1985, au moment de créer ce groupe Daande Lenol. Où en était-il ?
Baaba Maal : Je revenais juste de France où j’avais séjourné pendant cinq ans et je n’avais aucune perspective par rapport à ma carrière en tant que musicien. J’étais sous le choc, après le décès de ma maman, et j’étais là simplement pour voir la famille. Au retour du nord du pays, avec des amis, on a fait un enregistrement au Studio 2000 à Dakar. Ça a eu du succès, ça m’a donné des idées. On a monté un premier groupe qui s’appelait Wandama, qui a existé pendant un an. J’hésitais toujours entre rester au Sénégal ou revenir en France, faire mon propre projet, et j’ai décidé de monter ce groupe Daande Lenol avec lequel je sillonne le monde actuellement.

Saviez-vous précisément ce que vous vouliez faire ou est-ce venu avec le temps ?
Sur le plan musical, j’avais une vision assez claire. Comment le faire, ce n’était pas évident. Je faisais de la musique du nord du Sénégal qui avait sa place dans la musique folklorique traditionnelle : à Dakar, il y avait beaucoup de ballets parce que les gens aiment bien se regrouper et chanter les chants du terroir, pour ne pas être coupés de leur culture. J’ai adhéré pendant de nombreuses années à cette démarche mais il fallait en sortir, faire quelque chose de plus organisé, de plus moderne. Je voulais mettre sur la même toile mon background culturel, tout ce que j’avais acquis en voyageant en Afrique de l’Ouest, avant même de venir en France, et aussi en allant à l’école où j’ai découvert la musique qui venait de l’extérieur de l’Afrique.

Quelle musique non-africaine vous a d’abord touché ?
La variété française, du temps des yéyés. Johnny Hallyday et consorts… Nous étions fascinés par ces machines à écouter de la musique, les 45 Tours-là. Quand on revenait du lycée, pendant les vacances, on se plaisait à être entre amis de Saint-Louis. Et plus tard, on a commencé à découvrir la musique d’Amérique du Nord. On écoutait James Brown, Wilson Pickett, Aretha Franklin, et ensuite la musique cubaine...

Est-ce que votre façon de voir et de faire la musique a changé en 25 ans ?

Quand on se met en studio avec quelqu’un comme Brian Eno, jouer sur ma guitare des mélodies issues de la kora, du balafon ou du xalam, et les mettre en boite avec de la musique électronique, c’est une autre façon de concevoir la musique. Mais en faisant de la musique traditionnelle avec des gens que je n’ai jamais rencontré ou en montant sur scène avec Franz Ferdinand pour jouer un de leurs titres ou un des miens, c’est toujours la même chose : des êtres humains qui s’expriment avec ce moyen de communication qu’est la musique et qui donne, au finish, de l’émotion.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la musique au Sénégal durant cette même période ?
Je suis très satisfait. Au départ, quand j’écoutais l’ensemble lyrique qui faisait de la musique typiquement traditionnelle, au théâtre Daniel-Sorano, c’était de très belles voix. On voyageait dans différentes aires géographique et même dans l’histoire. C’était fascinant. Puis il y a eu la naissance des orchestres modernes comme le Star Band Number One, l’Orchestre Baobab. Et en même temps, j’entendais dire que la musique n’avait pas d’avenir. Quand on veut être musicien, c’est un peu apeurant ! Mais ça n’a pas été le cas. J’ai vu les musiciens être de plus en plus conscient du rôle qu’ils pouvaient jouer pour que la culture représente ce qu’elle doit représenter. Je les ai vus s’organiser en des structures professionnelles, et ça a changé les mentalités. J’ai vu aussi l’administration, les gouvernements recevoir en grande pompe les musiciens qui reviennent de l’extérieur. Mais au-delà, le talent est resté intact. Jusqu’à présent, bien qu’on soit confronté à une agression de ce qui ne vient pas de notre continent, les joueurs de sabar créent tous les trois mois de nouvelles sonorités qui restent contemporaines. Donc, ils font évoluer la musique. Comme en Jamaïque, où on a quitté le reggae pour venir au dancehall.

Transmettre le relais, cela fait-il partie de vos préoccupations ?
Une œuvre, une vie artistique culturelle ne peut être noble que si on peut s’asseoir sur son fauteuil, confortablement, et regarder les autres continuer ce qu’on a commencé. C’est l’aspiration de n’importe quel père ou mère de famille. Il y a quelque temps, je suis parti voir le président de la République, Abdoulaye Wade, et je lui ai dit qu’il fallait qu’on sauvegarde toutes les informations culturelles que j’ai chez moi. Quand nous étions jeunes, avec Mansour Seck, nous sommes allés dans près de 300 localités : on a quitté le Sénégal pour la Mauritanie, sillonné la Guinée, le Mali, le Burkina Faso, jusqu’en Côte d’Ivoire. Des historiens, des musicologues, des musiciens nous ont donné des lignes de musique, des rythmes, des chansons, des explications de texte. Ce sont des connaissances qu’on a le devoir de passer à la génération suivante, elles ne nous appartiennent pas.

En concert le 5 novembre à Marseille, le 7 à Nancy, le 9 à Chartres, le 10 à Bordeaux et le 12 à Mantes-la-Jolie