Baloji

Baloji

Avec son album Kinshasa Succursale enregistré en grande partie dans son pays de naissance, et qui aurait dû sortir l'année dernière déjà, Baloji ouvre une nouvelle voie dans le massif de la musique congolaise qu’il a longtemps préféré ignorer avant d’être rattrapé par ses racines. Le rappeur trentenaire qui a grandi en Belgique, bouscule les habitudes avec une belle réussite artistique.

"J’ai repris cette chanson fédératrice, symbole de la crédulité des prémices, entre indépendance et armistice. Mais pour que nos démocraties progressent, [il] faut qu’elles apprennent de leurs erreurs de jeunesse" explique Baloji à la fin de sa version du classique Indépendance Cha-Cha qu’il a rebaptisé Le jour d’après et placé en ouverture de l’album Kinshasa Succursale.

Dans le ton et sur le fond, offensif, comme dans la forme musicale, à la fois familière et pourtant surprenante par son côté nouveau, le décor est planté. Un son mat, propre, qui claque et donne l’impression d’être joué dans la pièce juste à côté tant on y sent l’énergie. Enregistrer au Congo a laissé des traces immatérielles, au-delà des multiples collaborations avec des artistes du cru (Konono N°1, Bebson de la Rue, Monik Tenday…).

Les guitares, si emblématiques de la rumba, ont tout loisir de s’exprimer. Elles remplissent des fonctions différentes, selon les morceaux. Ici, sur Tshena Ndekela ou De l’autre côté de la mère, elles sont au premier plan, avec ces tourneries efficaces car irrésistibles, sur lesquelles les mots du rappeur Baloji arrivent, frappant l’esprit à leur tour, avant de se sentir happé par les voix du Chœur de la Grâce.

Le groove monte, emporte tout sur son passage avec Congo Eza Ya Biso (Le Secours populaire) ou encore Nazongi Ndako. Ailleurs, les musiciens de Zaïko Langa Langa croisent le chant soul de l’Américain voyageur Amp Fiddler, parfait dans le costume de Marvin Gaye pour une relecture de I’m Going Home.

Riche en idées, audacieux, varié mais homogène, cohérent, Kinshasa Succursale appartient à ses albums qui n’ont pas de grand frère avec lequel on pourrait voir une ressemblance. Tout au plus lui trouverait-on un lien de cousinage avec Native Sun du sensationnel Blitz The Ambassador : cette même démarche de proposer quelque chose de nouveau, sans dérouter, avec une exigence remarquable en termes de qualité. Et c’est justement en compagnie du Ghanéen que Baloji s’illustre sur la dernière plage du CD, pour un remix d’Indépendance Cha-Cha auquel Freddy Massamba a également été convié.

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Baloji Kinshasa succursale (Crammed Disc) 2011