Djeli Moussa Condé, le griot de Ménilmontant

Djeli Moussa Condé, le griot de Ménilmontant
© Alexandre Guirkinger

Né en Guinée-Conakry, Djeli Moussa Condé s’est installé à Ménilmontant en arrivant à Paris. C’est au cœur de ce quartier populaire de l’Est parisien que le joueur de kora a imaginé avec la complicité du percussionniste, arrangeur et producteur Vincent Lassalle un album aux accents world enregistré sous son nom.

"Je suis né le 23 mars 1963 à Conakry" rappelle Djeli Moussa Condé quelques jours seulement après son quarante-neuvième anniversaire. "C’est mon premier album solo" lâche-t-il dans la foulée comme s’il soufflait d’un seul coup les bougies d’un énorme gâteau. Une façon comme une autre de raconter l’histoire d’un musicien qui a préféré gommer de sa mémoire les mauvais coups de la vie.

En effet en 1993, alors qu’il vient de choisir de rester en France, le joueur de kora enregistre un album solo éponyme avec un producteur qui ne lui a jamais versé le moindre fifrelin de royalties. "Je travaillais à l’époque avec l’Ensemble Kotéba d’Abidjan. Nous venions présenter la comédie musicale Waramba pour laquelle j’avais composé quatre titres. Ce n’était pas la première fois que je venais en France, mais cette fois-ci, je ne suis pas reparti, préférant donner une chance à ma carrière musicale. Paris est un carrefour de la musique où je pouvais évoluer, rencontrer d’autres musiciens et mener à bout mes envies" explique-t-il.

Ménilmontant, mon quartier

Djeli Moussa Condé deviendra clandestin, un clandestin dont le nom apparaîtra tout de même au côté de quelques grands de la musique (Alpha Blondy, Manu Dibango, Cheick Tidiane Seck, Cesaria Evora…), un clandestin qui finira par obtenir des papiers en bonne et due forme avant le changement de millénaire. Plus tard, en 2003, il signe Aduna avec la chanteuse new-yorkaise de blues Janice de Rosa et la complicité, entre autres, de Jean-Philippe Rykiel.

"Tous les titres de ce nouvel opus ont été enregistrés à Ménilmontant, un quartier ou j’ai vécu plus de cinq ans, un quartier très fréquenté par la diaspora africaine" commente-t-il. "A Ménilmontant, tu es en connexion directe avec ton pays d’origine. Il y a tout le temps quelqu’un qui part, chargé de messages pour la famille ou qui arrive avec des nouvelles du pays. Tu es double. A la fois branché sur tes problèmes quotidiens de logement, de papiers, de vie ici et ceux du pays que tu as quitté et où vit toujours ta famille. Je suis heureux d’avoir enregistré l’album à Ménilmontant, mon quartier, même si je n’y vis plus aujourd’hui."

Une kora métissée

Cet album, Djeli Moussa Condé le doit en partie à Vincent Lassalle. "Vincent, c’est mon percussionniste" ajoute-t-il avant de préciser que des percussionnistes, il en connaît beaucoup, mais que sa spécificité à lui est d’avoir appris l’art des percussions mandingues et de le restituer mieux que les autres parce qu’il les a travaillées différemment avec l’oreille de quelqu’un qui n’est pas né dedans, parce qu’il a su les métisser.

Vincent Lassalle est né de ce côté-ci de la Méditerranée. La première fois qu’il s’est rendu au Mali pour un court séjour, il avait quinze ans, avant de s’y installer deux ans à sa majorité. Le bambara, une des langues les plus parlées en Afrique de l’Ouest, est devenu sa deuxième langue. "C’est quelqu’un de très humain, qui m’a donné beaucoup d’amour et de soutien." Ensemble, ils ont travaillé dans les moindres détails la douzaine de titres de cet opus. Arrangeur et producteur, Vincent Lassalle a permis au joueur de kora d’affirmer un son où les musiques africaines entrent en relation avec le flamenco, le jazz, le funk.

Des thèmes universels

"Ma musique est une musique de paix et d’amour que tout le monde peut écouter" certifie le koriste. "Elle doit servir à atténuer les souffrances. Mes textes parlent de l’esclavage (Le Dernier Regard de Goré), de la vie quotidienne, de trahison (Dalamoroya), d’hypocrisie (Nafi) et parlent à tout le monde car ce sont des problèmes qui nous touchent tous" précise celui qui compose généralement ses titres à la guitare avant de les transposer pour la kora. "M’bemba est une chanson pour mon grand-père qui était lui aussi griot. C’était mon ami. Mes paroles sont souvent inspirées par ses propos. Je n’ai rien oublié" ajoute-t-il.

"Dans Ménilmontant, je raconte en malinké, soussou (deux langues très parlées en Afrique de l’Ouest) et en français, comment en 2010 des marchands de sommeil m’ont expulsé de mon logement alors que j’étais en déplacement aux Antilles. Je payais 570 € pour 12 m2 avec une seule douche pour tout l’étage." Aujourd’hui Djeli Moussa Condé vit à Balard, un quartier qu’il apprend à découvrir. "Mais où que tu vives, les problèmes sont les mêmes. C’est en tout cas ce que j’ai appris en voyageant tout autour du monde. C’est ce monde qui m’inspire, ce monde qui n’a plus besoin de guerre, ni de conflit."

Djeli Moussa Condé Djeli Moussa Condé (Polychrone/Socadisc) 2012
En concert le 28 avril au Mundo Kfé à Marseille, le 10 mai au Studio de l’Ermitage à Paris

Site officiel de Djeli Moussa Condé