Franco

Franco

Artiste prolifique jusqu’à sa disparition en 1989, Franco continue d’être l’un des personnages centraux de la musique congolaise. La compilation Guitar Hero rend hommage à ce géant de la rumba à travers une sélection de chansons qui sort de l’ordinaire, mais réédités de façon discutable.

Certaines pochettes de disque savent accrocher le regard et donner envie d’aller plus loin. Celle de Franco, Guitar Hero, sobre dans la construction mais avec des couleurs harmonieuses, fonctionne comme une porte d’entrée que l’on franchit sans retenue aucune, les papilles stimulées par cette saveur du passé – entre trois et quatre décennies – qui se dégage de la photo du guitariste congolais.

Au verso du CD, on apprend que les neuf morceaux sont "réédités pour la première fois depuis leur sortie originale sur vinyle". Alléchant, à défaut de s’avérer exact, car quelques titres se sont en réalité déjà retrouvés sur des compilations consacrées au Grand Maître Franco au cours des quinze dernières années. Tout au moins est-il vrai que ces chansons sont rares sur le marché et que cela mérite d’être salué car le vaste répertoire de ce porte-étendard de la rumba a plutôt tendance à être ratissé toujours au même endroit.

Parfois, elles sont parues au nom de leur interprète, comme Ce n’est pas possible, Chouchou sur lequel la voix est celle de Vicky Longomba, père du roi de la techno soukouss Awilo Longomba. Ntesa Dalienst fut lui aussi un des chanteurs en titre de l’orchestre OK Jazz de Franco, qu’il a rejoint en 1976, enregistrant l’année suivante Tala Ye Na Miso.

La quasi-totalité du contenu de Guitar Hero provient de cette époque. Le règne du "sorcier de la guitare", comme on surnomme Franco, est à son apogée. Avec son instrument, sur lequel il a transposé en partie le jeu du likembe (piano à pouces), il a développé un style qui a contribué à sa notoriété. Dommage que cet aspect musical ait été ici étrangement négligé.

Très impoli s’apprécie en seize minutes, pas dans une version ratiboisée des trois quarts (3'47 seulement ici), amputée de ses solos incandescents. Même regret pour Zenaba, à la fois réduite et orpheline de sa seconde partie qui se déclinait sur la face B du 45 Tours. Mais surtout, gommer les craquements du saphir sur les sillons, pour rendre le produit plus "propre", a causé des dommages collatéraux : les instruments ont perdu de leur attaque, le résultat est moins dynamique, moins nuancé. La technologie numérique est un allié incontestable pour remonter des disques oubliés des profondeurs abyssales, mais encore faut-il l’utiliser à bon escient !

Franco Guitar hero (Cantos / Pias) 2011