Le Congo électro de Damon Albarn

Le Congo électro de Damon Albarn

Inscrire l’Afrique dans le futur plutôt que d’en proposer une vision du passée : c’est cette idée que Damon Alban a tenté de développer à travers Kinshasa One Two, un album du collectif DRC Music composé de producteurs occidentaux et de musiciens congolais. Mais l’intention, aussi louable et sincère soit-elle, tisse elle-même ses propres pièges qu’elle ne sait pas toujours éviter.

En musique aussi, le grand écart se pratique. Dans cet exercice jamais sans risque, Damon Albarn excelle depuis un certain temps. Passer du rock de Blur à l’univers hip hop-électro-cartoonesque de Gorillaz nécessite une souplesse rare. Celui qu’un animateur de la BBC qualifie comme étant "certainement l’homme le plus occupé de la musique britannique" vient d’en faire une fois de plus la démonstration en enchaînant des projets radicalement différents : en juillet dernier, quelques jours après avoir présenté à Manchester son nouvel opéra Dr Dee, dont le héros a les traits d’un savant du XVIe siècle, il prenait la direction de la République démocratique du Congo. Dans ses bagages, une dizaine de producteurs d’un genre assez spécifique, voisin de l’électro, certains instrumentistes, d’autres live performers, tous à la recherche du son comme d’autres partent à la quête du Graal.

Objectif : enregistrer un album avec des artistes locaux. Préparation : aucune. Durée du séjour à Kinshasa : une centaine d’heures. Autant dire que toute tergiversation était interdite. Place à l’inspiration, au feeling, à l’improvisation, à cette magie qui ne se commande pas plus qu’elle ne s’explique mais qu’il faut savoir capturer et canaliser lorsqu’elle se manifeste. En apparence, ce nouvel épisode des rencontres Nord-Sud tient du violent choc culturel, frontal, même si tous les membres de l’équipe DRC Music, d’où qu’ils viennent, ont tenté de dialoguer, d’échanger.

Kinshasa One Two

Le maître d’œuvre Damon Albarn, superviseur consciencieux, assure avoir été attentif à ne pas commettre d’impair qui aurait pu heurter les valeurs de ses partenaires congolais. L’Afrique et ses musiques lui sont devenues un peu plus familières au fil des années. On l’a vu producteur du single Sabali d’Amadou & Mariam en 2008, animateur du concept Africa Express, collectif multinational aussi informel que variable… Déjà en 2002, il s’était illustré avec le CD Mali Music, résultat d’un voyage à Bamako à la demande de l’ONG Oxfam. Cette puissante confédération humanitaire est également à l’origine de Kinshasa One Two, dont les ventes viendront soutenir ses actions sur le terrain.

Dans cette aventure menée tel un sprint, la méthode de travail s’avérait déterminante : provoquer des rencontres tout en laissant naître une ambiance dans laquelle chacun se sente libre et à l’aise. Avec, en guise d’obstacle supplémentaire, la barrière de la langue ! Une demi-heure après son arrivée dans la capitale congolaise, le gang d’Albarn prenait en pleine figure l’orchestre du Tout Puissant Mukalo, valeur montante de la scène kinoise. A la clé, une première prise restituée dans Hallo, mais dont il ne subsiste qu’un sample, recouvert par le mélodica du chanteur britannique dans une atmosphère dub inquiétante.

Ailleurs, l’emballage se fait moins épais et l’aspect traditionnel davantage évident, à l’exemple de We Come From The Forest avec le groupe de Pygmées Bokatola System, présents sur quatre des quatorze titres. Pas de star d’envergure nationale sur l’album, plutôt des acteurs dont la réputation est liée à une forme d’undergound. Bebson, gardien du temple rap, s’en sort sans trop d’égratignures. En revanche, de Jupiter Bokondji – révélé en 2004 par le remarquable documentaire La Danse de Jupiter –, il ne reste qu’un borborygme d’outre-tombe, passé à la moulinette des effets. Et la désagréable impression qu’au final, ces artistes font de la figuration stérile sur un disque hybride.

DRC Music Kinshasa One Two (Warp) 2011

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