Makan Badjé Tounkara

Makan Badjé Tounkara

Soldat de l’ombre de l’armée musicale malienne, Makan Badjé Tounkara tient aussi à partager ses propres histoires qu’il raconte sous son nom dans un second album baptisé Sodjan. Sa pratique académique et moderne du ngoni, instrument à cordes joué à la cour royale pendant des siècles, l’entraîne irrésistiblement du côté du blues.

Pour passer à l’intérieur de l’univers musical de Makan Badjé Tounkara sans trop chercher la porte d’entrée, et ensuite se laisser attraper par les sonorités de son instrument de prédilection, il peut s’avérer utile de se rappeler que ce Malien de 46 ans a été formé "à l’ancienne" : tout était consacré à la transmission d’un savoir ancestral, et tant pis pour la scolarité.

Impossible d’échapper à son destin – héréditaire – de griot, ces musiciens dépositaires de l’histoire de leur peuple. Son père, Mody Tounkara, était un des cadres de l’Ensemble instrumental national du Mali, cette troupe réputée de 28 membres souhaitée par le président Modibo Keita au lendemain de l’indépendance. Son rôle : sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine traditionnel des différents groupes ethniques, tant pour promouvoir l’identité nationale auprès de sa population que pour exercer un rayonnement culturel à l’extérieur.

Ce savoir pratique et théorique que Makan a acquis fait de lui un ngonifula (joueur de ngoni) respecté, dont les talents ont été mis au service de nombreux artistes depuis près de trois décennies. D’un côté, il y a les figures du courant griotique, telles que Kandia Kouyaté, Amy Koïta ou Mah Damba… De l’autre, des projets plus crossover, aux côtés de son brillant compatriote Sorry Bamba, ou en compagnie du Français Seb Martel et de l’Anglo-italien Piers Faccini, sur scène comme en studio.

Avec ce second album intitulé Sodjan, neuf ans après N’goni solo, Makan avance sur une voie qui jouxte ses deux mondes, les pieds ancrés dans une inspiration fortement traditionnelle, la tête tournée vers d’autres horizons – mais de façon moins audacieuse que Bassekou Kouyate, maître en la matière. Les trois ngonis (solo, basse, accompagnement) conjuguent leurs cordes, les percussions s’ajoutent avec légèreté.

Le blues est là, surtout quand Makan se décide à chanter sur A Yé Wili. Ailleurs, il invite quelques voix, dont celle d’Adama Diabaté avec laquelle il s’était produit dès 1994 au festival Africolor en région parisienne. Ou choisit la forme instrumentale, sur trois des dix titres. Une alternance bienvenue, d’autant qu’un soin particulier a été apporté au son pour donner le relief nécessaire aux notes qui s’échappent des cordes.

Makan Badjé Tounkara Sodjan (Buda/Socadisc) 2012