Mounira Mitchala, voix du Sahel

Mounira Mitchala, voix du Sahel
© N’Krumah Lawson-Daku / Lusafrica

Rare artiste du Tchad à avoir commencé à imprimer son nom sur la scène internationale, la chanteuse Mounira Mitchala se donne les moyens de franchir une étape supplémentaire avec Chili Houritki, cinq ans après avoir remporté le prix RFI Découvertes.

RFI Musique : Quelle est, selon vous, la principale différence entre votre précédent album et le nouveau, Chili Houritki ?
Mounira Mitchala :
Talou Lena, je l’avais fait moi-même, sans beaucoup d’expérience. C’était même la première fois ! Il avait été préparé au Tchad en 2006 puis enregistré en 2007 à Angoulême, en France et on avait rejoué la même chose que ce qui était sur les maquettes. Cette fois, pour le deuxième album, j’ai travaillé avec Camel Zekri, un réalisateur qui joue de la guitare et a fait dix ans d’université – pas comme moi qui n’ai pas eu de formation musicale. On sent la différence au niveau des rythmes, des voix, de la justesse, de la manière dont on joue des instruments.

Quand vous vous êtes rencontrés pour la première fois, qu’avez-vous fait pour que le courant passe entre vous ?
Il y a longtemps, le producteur du premier album, Christian Mousset, m’avait parlé de Camel Zekri et m’avait fait écouter des disques auxquels il avait collaboré, comme celui de la Mauritanienne Malouma. En décembre 2008, Camel est venu à N’Djamena avec le spectacle Les Voix du Sahel dans lequel il représentait l’Algérie. On a eu alors l’occasion de se rencontrer, de discuter autour d’une table. Je lui ai fait écouter les nouvelles chansons, les anciennes, et je lui ai demandé son avis parce que c’est un grand musicien. Il m’a dit de continuer parce que j’étais encore en train de construire une originalité. Et puis je lui ai demandé que l’on travaille ensemble sur le deuxième album et il a accepté. Comme on est tous deux du Sahel, on s’est vite compris !
 
Qu’est-ce qui vous avait séduit à l’écoute de l’album de Malouma et vous a donné envie de lui confier la réalisation de votre disque ?
Ils étaient restés dans la musique mauritanienne, mais avec une ouverture vers la modernité. Tu sens le côté blues, ça reste vraiment mauritanien. Et c’est ce que je voulais : garder mon originalité, mes rythmes tchadiens, mais aussi aller vers les autres, ne pas rester typiquement traditionnel, parce que le monde évolue et les musiques aussi.
 
Vous souvenez-vous des chanteurs ou groupes qui vous ont procuré vos premiers chocs musicaux ?
J’étais trop petite pour bien me souvenir. Mais quand on était avec mes parents en Allemagne, où mon père étudiait la linguistique, le soir, on regardait tout le temps à la télé les musiques noires américaines et ça me plaisait beaucoup. J’observais comment ils chantaient, dansaient et je les imitais. Quand on nous envoyait des musiques ou des rythmes du pays, des chansons ou des contes que des parents enregistraient, je les écoutais aussi et parfois je les mimais un peu.
 
Et sur le plan africain, quel artiste vous a d’abord marquée ?
C’est une femme : Miriam Makeba. C’était sa voix qui me plaisait, et sa façon d’aborder les sujets. Elle ne chantait pas seulement pour chanter, mais elle apportait aussi sa contribution au développement de son pays, l’Afrique du Sud, et aussi au changement politique. C’était sa manière de construire un nouveau monde, pour elle et son peuple.
 
Occupez-vous toujours un emploi dans l’administration de votre pays ?
Toujours. Il faut avoir deux emplois en même temps pour joindre les deux bouts. J’ai fait une école nationale d’administration et de magistrature, que j’ai finie en 2004. Après, j’ai recommencé la musique. J’ai un poste de superviseur au centre de documentation et de recherche juridique. Si j’ai des concerts, je demande une autorisation d’absence.
 
Qu’avez vous retenu de votre expérience avec le projet African Divas initié par le DJ Frédéric Galliano ?
Les côtés positifs de la tournée. Mes premières sorties à l’extérieur du Tchad, avec trois autres filles : la Guinéenne Hadja Kouyate, l’Ethiopienne Tigist, et puis Alima, une Sénégalaise. Entre nous, c’était bien. Ça m’a permis de bouger sur scène, parce qu’au début j’avais des difficultés, vu ma timidité. C’est ma nature. C’est pourquoi on m’appelle Panthère douce. Panthère, pour Mitchala. Et douce parce que je suis calme. Ou timide, je ne sais pas. C’est entre les deux.
 
Qu’apportiez-vous de spécifique par rapport aux trois autres voix africaines ?
Les musiques électroniques nous liaient, mais nous ne dansions même pas pareil ! Chacun a ses traditions, tu sens la différence et pourtant ça reste africain. Il y a des rythmes qui se rencontrent. Mon batteur, en France, est congolais et quand il joue des rythmes de chez lui, j’ai l’impression d’écouter ceux du sud du Tchad. Mon percussionniste, qui est du Burkina Faso, m’a raconté qu’il y a des années et des années, des Tchadiens sont venus dans son pays. Ils sont restés, sont devenus burkinabés mais ont gardé leurs rythmes, leurs musiques. Il y a toujours eu un brassage des peuples. Les frontières, c’est récent !
 
Mounira Mitchala Chili Houritki (Lusafrica) 2012
En concert au New Morning à Paris le 22 mars 2012