Le renouvellement selon Malavoi

Le renouvellement selon Malavoi
Malavoi et ses invités © J. Lonete

Plus qu'un groupe quasi institutionnel, Malavoi est devenu une façon de faire de la musique reconnaissable, au pays du tout puissant zouk, par son goût pour les violons. Oliwon, le nouvel album de cette formation qui a vu passer près d'une centaine de musiciens en quatre décennies, fait un pont entre les générations de chanteurs. Entretien avec Nicol Bernard, directeur musical du groupe, et deux des interprètes invitées pour ce projet, Valérie Louri et Loriane Zacharie.

RFI Musique : comment s'inscrit ce nouvel album dans la discographie de Malavoi ?
Nicol Bernard : C'est une suite, en fait. Au début des années 90, nous avons fait le projet Matebis à partir de certaines reprises de la musique traditionnelle de la Martinique, arrangées avec des voix différentes, celles d'artistes bien connus à cette époque et d'autres que nous avons révélés. Avec ce nouvel album, on poursuit dans la même mouvance. Il s'appelle Oliwon, une expression créole qui signifie "autour", pour dire que c'est autour de Malavoi, autour de la Martinique et même autour de la Caraïbe, puisqu'il y a Émeline Michel, d'Haïti, et Michelle Henderson qui vient de l'île de la Dominique.

Que vous apportent les représentants de la jeune génération qui ont été conviés sur cet album ?
N. B. : La fraicheur de leurs voix. Et puis leur musique, avec leurs compositions originales qui figurent sur l'album. On n'a pas l'habitude de jouer ces styles et donc ça enrichit notre répertoire. Il fallait qu'on s'adapte aux rythmiques qui ne sont pas forcément les nôtres. Nous, on est dans la tendance traditionnelle, c'est-à-dire biguine, mazurka, quadrille, valse... Avec eux, on est allé vers le zouk, – ce qu'on ne fait pas souvent parce qu'on a laissé la place à Kassav' ! –, la musique haïtienne, les ballades, la rumba...

Pour vous, ses interprètes, que représentait Malavoi, avant même de participer à cet album ?
Loriane Zacharie : C'est un groupe mythique sur mon île de la Martinique. Je l'ai découvert par le biais de mes parents, et je me revois encore, enfant, sur le canapé, devant la télé à tube cathodique, en train de m'émerveiller devant Édith Lefel, Tanya Saint Val, Ralph Tamar, tous les interprètes de Malavoi. Donc lorsque le groupe a fait appel à moi, c'était vraiment un rêve qui se réalisait.

Valérie Louri : c'est une référence musicale antillaise, en tout cas pour les Franco-Antillais. Avec Kassav'. Surtout à l'époque de Paulo Rosine. Ils ont fait des chefs-d'œuvre, comme Matebis. Donc, quand j'ai appris que Malavoi était d'accord pour que j'interprète une chanson pour ce nouveau projet sur le même concept, j'étais extrêmement honorée et enchantée.
 
Y avait-il une sorte de cahier des charges pour les chansons que vous interprétez ? Comment ont-elles été choisies ?
L. Z. : Le réalisateur, Mathias Pizzaro (chef d'orchestre chilien, ndlr) nous avait demandé de soumettre deux titres de notre choix, de notre répertoire personnel ou non. Je n'avais pas envie de faire de reprise. J'avais bien envie d'entendre un de mes titres à la sauce Malavoi, avec cette patte particulière. C'était presque un choix égoïste ! An ti manmay figure sur mon deuxième album. C'est une des rares chansons où je chante en français.
 
 Sé pas possible est un titre du répertoire de Moune de Rivel, une chanteuse antillaise disparue en 2014 dont les premiers enregistrements remontent aux années 40. Comment avez-vous eu l'idée de lui emprunter cette chanson ?
V. L : Je regardais une émission sur France Ô, un hommage à Moune de Rivel. J'ai beaucoup appris sur cette chanteuse dont j'avais seulement entendu parler. Du coup, je me suis renseignée par la suite, j'ai cherché certaines de ces chansons sur Internet. Je suis tombé sur Sé pas possible, qu'elle interprète juste à la guitare et j'ai vraiment aimé cette chanson. Je me suis dit que ce serait l'occasion pour ce nouveau volet de Matebis d'en faire une nouvelle version en étant accompagnée par Malavoi.
 
Qu'est-ce qui vous a touchée en la découvrant ?
V. L : Les paroles. C'est une femme qui apprend que son amoureux lui est infidèle et elle a du mal à le concevoir parce qu'il est tellement doux, avenant. Donc elle tombe des nues. Mais elle se rend compte que son cœur lui est dévoué, qu'elle l'aime malgré tout. Cette histoire d'amour, malheureusement, reflète la réalité, sans dire que c'est propre à la société antillaise. Avec cette chanson, je fais comme un clin d'œil aux femmes qui acceptent cette situation.
Qu'est-ce qui fait, pour vous, la spécificité de Malavoi, sur le plan musical ?
L. Z. : D'abord les arrangements de violon. Si on veut les identifier par rapport à l'autre grand groupe antillais qu'est Kassav', c'est ce qui va faire la différence, entre les deux. Et aussi ces harmonies particulières, cette façon d'amener la biguine, la mazurka, le zouk avec ces arrangements-là, ce qui donne tout de suite à notre musique un aspect très symphonique, très grandiose. Et cela aboutit à une fusion véritablement euro-caribéenne. C'est ce métissage exquis que je leur reconnais à chaque fois et que je trouve exquis.
Malavoi Oliwon (Aztec Musique / Pias) 2016
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