Disparition de Jeff Joseph

Disparition de Jeff Joseph
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Porte-étendard de la créolité, le chanteur dominiquais Jeff Joseph s’est éteint le 23 novembre à l’âge de 58 ans après avoir été victime d’un accident vasculaire cérébral. Avec les groupes Gramacks puis Volt Face, mais aussi en solo, il a contribué depuis près de quatre décennies à faire sortir les rythmes caribéens de leur région pour qu’ils trouvent la place qui leur revient sur la scène internationale.

Fin octobre, à l’occasion de la 15e édition du Festival mondial des musiques créoles qui se tenait il y a quinze jours à la Dominique, Jeff Joseph était revenu sur son île natale, située entre la Guadeloupe et la Martinique. Son attachement de longue date pour cet événement culturel était un prolongement naturel de sa démarche et de sa carrière artistiques.

En près de quatre décennies, ce chanteur natif du village de Saint-Joseph, sur la côte Ouest, a joué différents rôles dans la mise en lumière des rythmes caribéens à l’échelle internationale. Celui d’un pionnier, d’abord. Au début des années 1970, le zouk n’existe pas, du moins sous ce nom. Jeff, qui a commencé à prendre le micro en public au sortir de l’enfance, rejoint le groupe Gramacks monté un peu plus tôt par une poignée d’étudiants de cette île pas encore tout à faite indépendante de la couronne britannique.

Une fois le marché local conquis, il leur faut chercher d’autres opportunités. Le succès que connaissent à ce moment-là leurs compatriotes d’Exile One surtout aux Antilles francophones, et dans une moindre mesure en France métropolitaine, avec un style baptisé cadence-lypso, les incite à regarder dans la même direction en 1974. Et à rencontrer leur producteur Henri Debs, incontournable figure de l’industrie de la musique installée à Pointe-à-Pitre. Avec lui, Jeff et ses complices enregistrent plusieurs 45 tours dont En Quimber On Soucougnan (sous le nom Les Grammacks, avec deux “m” !).

De l’autre côté de l’Atlantique, les Haïtiens de Tabou Combo ouvrent des portes avec New York City, premier tube commercial caribéen dans les hits français. Les Dominiquais embrayent et tentent leur chance, avec Mi Deba. Les retours sont si positifs qu’en 1977, la formation est recrutée pour se produire à chaque étape du Tour de France cycliste !

Kassav'
et le zouk récoltent une bonne partie des fruits de tout ce travail de préparation, et Jeff Joseph choisit de poursuivre l’aventure en solo à partir de 1985. Une collaboration avec Kool & The Gang quelques années plus tard. Puis la création de Volt Face avec un ancien membre de Kassav', Georges Decimus, et le chanteur Dominique Coco. Leur association se décline en studio sur cinq albums, pendant une demi-décennie.

En 1997, Gramacks New Generation voit le jour. Jeff Joseph a renouvelé les effectifs, appelé des instrumentistes qui s’illustrent davantage dans d’autres genres, comme le batteur Charles Laube, les claviers Ras Tea et Christian Moore, tous trois aujourd’hui au service d’Alpha Blondy. L’influence du reggae a pénétré son répertoire plus en profondeur, sans effacer cette dimension plurielle propre à la créolité.

Une des clés de sa popularité, au-delà de l’émotion de ce que son chant véhiculait. Dans un bel hommage paru ce jour sur son bloc-notes en ligne, le romancier martiniquais Raphael Confiant fait remonter ses souvenirs : "La première fois que j’ai entendu les Gramacks, j’étais encore étudiant à Aix-en-Provence et quoique relativement insensible à la chose musicale, sa voix un peu rauque, son créole profond, m’avaient transporté."