Cheb Kader et le raï durable

Cheb Kader et le raï durable
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Fils d’un raï made in France destiné à enjamber les barrières communautaires, Cheb Kader réalise sa mise à jour avec Dima Raï, album moderne d’un vétéran toujours adepte de la mise en danger artistique.

RFI Musique : Quelle est, pour vous, la principale caractéristique de ce nouvel album ?
Cheb Kader :
C’est un album ouvert. J’ai pris la bonne habitude, depuis mes débuts il y a une vingtaine d’années, de me laisser influencer par la musique occidentale en général. C’est un peu ma culture parce que j’ai grandi en France. Dans tout l’album, la guitare électrique est très présente, et ça s’explique : je suis un fan de Carlos Santana. Il n’y a pas de machine, c’est véritablement joué. Je pense qu’on retrouve une chaleur fidèle au style de cette musique qui, il ne faut pas l’oublier, est faite pour danser.

Qu’est-ce qui vous a incité à reprendre sur ce disque un certain nombre d’anciens titres de votre répertoire ?
En fait, je me suis absenté quasiment pendant une dizaine d’années. Entre temps, Internet est arrivé et j’ai trouvé mes chansons un peu partout sur la Toile. Très souvent, les gens connaissaient les morceaux mais pas celui qui les chantait et donc j’avais envie de les proposer de nouveau au public pour qu’il mette un visage sur ces sons. Et j’avais aussi beaucoup de regrets pour l’album Mani. Pour moi, malheureusement, le travail n’avait pas été mené à son terme. Il y avait de bons titres mais on n’avait pas fait ce dont on avait envie. J’avais la possibilité, avec ce nouveau disque, d’en réexploiter quelques-uns avec des arrangements différents, selon la même recette que celle qui m’a fait connaître dans les années 1980.

A l’époque, vous aviez travaillé avec un réalisateur pour une major du disque. Était-ce compliqué de laisser sa musique entre les mains d’autres personnes ?

Ça peut être magique si on obtient ce qu’on attend. J’avais eu gain de cause sur une partie de la production – c’était la première rencontre entre un chanteur de raï et un orchestre philharmonique comme celui de Sofia. Mais on avait eu beaucoup de soucis pour aller au bout de l’histoire. On parle souvent de succès d’album et rarement de ratage. Mani, c’en était un. Je ne suis pas fermé aux autres, au contraire, et il faut prendre des risques pour faire évoluer une musique. C’est le devoir de l’artiste. Et en même temps, plus on en prend, plus on peut se tromper sur la direction à suivre.

Pourquoi avoir pris le chemin du raï et pas un autre ?

J’ai trouvé une vraie conviction dans le raï. Quand vous avez entre quatorze et seize ans et que la plupart du temps, lorsque vous arrivez devant une discothèque, on vous refuse l’entrée, vous vous posez des questions. Le raï, pour moi, a été une réponse. Je suis arrivé en France à l’âge de huit ans. Je ne l’ai pas choisi, ce sont mes parents qui m’ont ramené. J’écoutais tout ce qui marchait comme musique occidentale à l’époque, et en parallèle, à travers une émission de télévision qui était diffusée le dimanche matin, j’ai pu découvrir tout ce qui était musique maghrébine. Avec aussi un père flûtiste, amateur de raï.

Écrire, composer… Comment appréhendez-vous ces tâches ?
Je ne me lève jamais en prenant un stylo pour écrire à huit heures du matin. Ça ne se passe pas comme ça. Il y a des moments où on est influencé, et j’ai toujours un petit enregistreur à côté de moi, au cas où une mélodie me vient à l’esprit, pour ne pas l’oublier. Et à la longue, je me constitue un stock. Idem pour les textes. Parfois, j’en commence un et je le termine trois ans après !

Quel a été votre premier instrument ?
J’ai commencé par la guitare, à treize ou quatorze ans. Je l’avais empruntée à un ami. Je l’ai gardée une semaine chez moi et j’en suis tombé fou. Je ne l’ai pas lâchée. Quand il a fallu que je la rende, j’ai demandé à mon père qu’il m’en achète une, et il a accepté, avant de m’inscrire au conservatoire. J’ai appris aussi un peu le violon, les percussions, le clavier. C’est surtout pour voir comment ça peut sonner quand je compose. J’ai compris très tôt que je n’étais pas un très bon musicien. Après, en studio, je laisse ça aux professionnels !

Combien de temps a duré votre apprentissage, jusqu’au premier album ?

Pendant deux ou trois ans, je n’ai fait que ça. Je n’allais presque plus à l’école. Mon père n’était pas très content ! Je cherchais un style qui, petit à petit, s’est dessiné. A seize ans, j’ai pris mon sac à dos et je suis parti de Mulhouse pour venir à Paris, avec les maquettes d’un album sous le bras. J’ai fait le tour des éditeurs de Barbès (quartier de Paris, NDR) parce que c’était le seul endroit où il y avait des producteurs maghrébins. Je n’ai pas trouvé preneur. Malgré ça, je n’ai pas baissé les bras. Plus on me disait “non”, plus j’y croyais. J’ai continué à travailler et j’ai signé mon premier album à l’âge de dix-neuf ans.

Cheb Kader Dima Raï (MLP/Rue Stendhal) 2011

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