Foot et musique

Foot et musique
Coupe du Monde 2014, Brésil © Reuters/B. Kelly

A l’heure de la Coupe du monde de football, il est temps de réviser les classiques et de découvrir les insolites avec le précieux précis, Petit manuel musical du football que vient d’écrire le journaliste Pierre-Etienne Minonzio. Entretien avant match.

RFI Musique : A la lecture de votre livre, on a le sentiment qu'un cliché persiste : l'Angleterre et le Brésil restent les pays leaders dans la connexion entre foot et musique...
Pierre-Etienne Minonzio : Comme la plupart des clichés, celui-ci a une part de vérité. Historiquement, ces deux pays sont ceux qui ont développé la connexion la plus forte entre le foot et la musique, dans des registres très différents. Ils restent les deux leaders dans ce domaine et la Coupe du monde 2014 va sans doute le prouver, avec d’un côté l’ambiance musicale de qualité, qui, on l’espère, devrait animer les tribunes des stades du Brésil, et de l’autre, les multiples chansons qui sortent en Angleterre pour encourager l’équipe nationale.

D'ailleurs, votre livre commence à Manchester. En quoi l'éducation anglaise demeure-t-elle une référence en la matière ?
Une thèse de sociologie ne suffirait pas à répondre de manière exhaustive à cette question… Pour dire les choses rapidement, le foot puis le rock, ont grandi en Angleterre essentiellement sur le même terreau, celui formé par les couches populaires issues de la "working class". De sorte qu’en Angleterre, un "working class hero", pour reprendre le titre d’une chanson de John Lennon, peut aussi bien être un footballeur qu’une rock star.

Y a-t-il comme en Angleterre, une culture des hymnes de stade en France ?
À de rares exceptions près comme Les corons à Lens, il n’existe pas vraiment d’hymne clairement associés à des clubs français. Ainsi, la première chanson à laquelle on pense à propos de l’OM est Jump de Van Halen, soit le titre qui accompagne l’entrée des joueurs au Vélodrome. Il ne s’agit pas vraiment d’un hymne, dans le sens d’un chant fédérateur de supporters, comme il en existe en Angleterre.

En France, on a l'impression que la sphère musicale a longtemps été éloignée du foot, et que c'est juste depuis 1998 que les deux univers se sont rapprochés…
En France, les amateurs de football et les mélomanes se sont longtemps regardés de loin. D’une certaine manière, il était impossible de lire Télérama et l’Equipe, il fallait choisir son camp, et celui des fous du ballon a longtemps été regardé avec hauteur, voire mépris, par l’intelligentsia culturelle. Il y a très peu de chansons consacrées au foot jusqu’en 1998, car les chanteurs qui étaient dingues de ballon n’osaient guère en parler, de peur d’être considérés comme ringard. Le Mondial 1998 a tout changé car il a déplacé la place du foot dans la société française en général, et dans le monde de la culture en particulier : soudain, ce n’était plus beauf de supporter l’équipe de France. Ça pouvait presque être considéré comme cool.

Jean-Pierre François n'est pas un cas isolé, mais c'est le seul footballeur à avoir cartonné en chantant. Est-ce à dire qu'on ne peut pas être footballeur et chanteur ?
On peut être un footballeur reconnu et un chanteur doué, et de nombreux joueurs l’ont prouvé, à l’image par exemple de Giorgo Chinaglia – avec la géniale (I’m) football crazy – ou Martin Buchan –avec l’entêtant Old Trafford Blues. Mais en France, ça n’a presque jamais marché parce que les footballeurs-chanteurs ont souvent été sollicités par des pseudo-musiciens qui voulaient profiter de leur notoriété pour se faire de l’argent, quitte à enregistrer des chansons qui n’avaient aucun sens comme Un an déjà (3-0) d’Emmanuel Petit ou Tape dans un Ballon de Pascal Olmeta.

Avec le rap, on assiste à un renouvellement de génération. Comment ce phénomène se traduit-il ?
Si on se limite au foot français, l’influence du rap prend des formes multiples : de plus en plus de joueurs apparaissent dans des clips de hip hop ou servent d’ambassadeur à des marques de vêtements de rappeurs (Benzema a été aperçu en Ünkut, la marque de Booba). Par ailleurs, de nombreux jeunes joueurs mettent en avant des valeurs qui sont celles revendiquées par les stars du hip hop : l’ambition, l’affirmation de soi, une vision des rapports humains qui sont autant de rapport de forces, goût pour le bling bling…

Justement question ego-trip : quel est le joueur de foot qui a été le plus chanté ? Maradona ? Pelé ? Zidane ?
C’est de loin Maradona : depuis 30 ans, son parcours sinueux a suscité un nombre incalculable de chansons, partout dans le monde et dans des genres très divers. Mon ouvrage se termine d’ailleurs sur un Top 5 des meilleures qui lui sont consacrées.

L'Afrique est aussi un continent de foot et de musique. Pourtant vous en parlez peu... Pourquoi ?
En écrivant cet ouvrage, j’ai été confronté à une difficulté majeure : les liens entre le foot et la musique sont d’une diversité et d’une complexité inimaginables. J’ai dû faire des choix : si j’ai essayé d’être exhaustif en ce qui concerne la France, je me suis contenté pour l’étranger d’évoquer les artistes ou les joueurs les plus significatifs. L’Afrique n’est ainsi pas totalement absente, puisque j’ai écrit des notules consacrées à la Côte d’Ivoire, à Roger Milla, à "Benni" McCarthy ou encore aux vuvuzellas. Mais promis, si mon ouvrage est réédité, je creuserai plus en détail les connexions africaines !
Pierre-Etienne Minonzio Petit manuel musical du football (Ed. Le mot et le reste) 2014
Site officiel de la Coupe du Monde de la FIFA