Liberté métisse a déchaîné la Réunion

Liberté métisse a déchaîné la Réunion
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Le festival Liberté métisse a fait vibrer le public réunionnais du 19 au 21 décembre, sur la commune de L’Etang-Salé. Maloya, séga, reggae et rap créoles, tous les rythmes des "îles vanilles" ont résonné pour commémorer le 20 décembre l’abolition de l’esclavage, et célébrer trois jours durant la diversité.

Sous un ciel étoilé, poudré d’embruns, les stars de Ziskakan, ambassadrices du maloya depuis plus de trente ans, ont clôturé la cinquième édition du festival Liberté métisse. C'était ce dimanche 21 décembre au soir, sur l’île de La Réunion, à L’Etang-Salé.

 
Dans cette bourgade de près de 13 000 âmes, bordée d’une plage de sable gris, au sud-ouest de l’île de La Réunion, au cœur de l’océan Indien, une quarantaine de groupes a joué pendant trois jours et sur trois scènes… gratuitement ! Le festival Liberté métisse, grande manifestation populaire qui permet de commémorer l’abolition de l’esclavage, est totalement subventionné par le Conseil régional de La Réunion.
 
Pour son dernier soir, le festival a retenti du message du charismatique Gilbert Pounia, le meneur de Ziskakan, ce "prophète", d’origine malbar (indien hindou). Il a rappelé, si besoin était, que la Réunion est terre de maloya. Ce rythme 6-8, emblématique du département d’outre-mer, a longtemps été marginalisé et même interdit par le pouvoir central de la métropole (durant la période coloniale, et  de 1960 à 1981, car repris par le Parti Communiste Réunionnais -PCR). Depuis 2009, le maloya est classé au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco.
 
Bonnes vibrations
 
La veille, le samedi 20 décembre, jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage à la Réunion, c’est une autre valeur sûre de la scène réunionnaise qui a insufflé de bonnes vibrations aux festivaliers. Natty Dread, figure du reggae roots version créole depuis environ vingt ans, a lancé les premières notes de ses tubes au coucher du soleil. Température ambiante : 30 degrés, à 18h30. Au premier rang du concert, des rastas péi aux locks parfois impressionnantes élèvent leurs esprits dans des effluves de zamal (cannabis, en créole réunonnais).
 
Toujours sur le beat de Bob Marley, un certain Pix’L a pris le relais de Natty Dread et a fait le plein, samedi, à 22h. Avec plus de 500 000 vues sur Youtube en deux mois, de son nouveau clip Elle attend, la sensation insulaire actuelle du reggae dance-hall a su créer en live l’euphorie des groupies.
 
Pour ce cru 2014, le festival Liberté métisse a initié un tremplin pour les jeunes artistes avec une scène baptisée Talents métisses. Chaque jour, un chanteur sélectionné au préalable par le vote d’internautes s’est produit. "L’idée est de donner aux artistes en herbe qui n’ont pas les moyens de jouer sur scène, l’occasion de se produire devant un vrai public", souligne, avec enthousiasme, Jean François Sita, délégué à la culture du Conseil régional de la Réunion. Sorte de radio crochet du XXIe siècle, cette belle initiative a cependant été un flop au regard du nombre très insuffisant de votants.
 
Identité réunionnaise
 
Jeune festival contrairement au Sakifo, Liberté métisse revendique, en revanche, une identité culturelle bien trempée. La période choisie pour le déroulement de cet évènement n’est pas un hasard : à quelques semaines de la fin de la récolte de la canne à sucre, ce travail des planteurs faisant naturellement référence au passé colonial… et le jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, fêté à La Réunion, le 20 décembre. Ce jour, appelé fête Kaf sur le "petit caillou" créolophone, est férié et toute l’île y prend part, quelles que soient les racines culturelles de chacun.
 
"Il est important de rendre hommage à nos ancêtres et en même temps de cultiver nos particularismes. A l’heure d’un repli identitaire mondial, les valeurs réunionnaises construites sur l’Afrique, l’Asie et l’Europe représentent un symbole de société plurielle", précise Sébastien Folin, notre confrère de TV5 Monde, nommé cette année ambassadeur d’honneur du festival.
 
A cette occasion, de très nombreux kabar, fête informelle en l’honneur du maloya et des mânes des ancêtres, se sont tenus dans 18 communes de l’île. Un certain nombre de Réunionnais ont préféré danser sur la terre boueuse dans leur secteur plutôt que de se déplacer à L’Etang-Salé. Ca a été le cas de Danyèl Waro. Chantre du maloya, il est resté fidèle à son quartier Guillaume de Saint-Gilles-les-Hauts ainsi qu'à sa Kaz Kabar, où il a partagé avec les siens ce rituel du kabar.
 
Résolument tourné vers la fierté d’être Réunionnais, le festival Liberté métisse a pour vocation d’être un pont entre le passé et le futur sur cette terre de contrastes, de diversité culturelle et de fusion qu’est la Réunion. Reste à savoir s’il saura s’imposer au fil des années comme un rendez-vous d’envergure internationale. Malgré les pluies qui ont ponctué les trois jours du festival, plus de 2000 personnes ont assisté à certains concerts.
 
Alex Sorres, MC montant du rap réunionnais
 
RFI Musique : Vous faites partie des quelques artistes hip hop de l’océan Indien invités au festival Liberté métisse plus axé sur les musiques patrimoniales de cette région du monde. Que représente cette participation pour vous ?
Alex Sorres : C’est la première fois que je suis invité donc je suis très satisfait d’être à l’affiche de ce rendez-vous. Cette manifestation met en avant le label qualité Réunion, et ça, c’est bien, qu’il s’agisse de musique, mais aussi de produits artisanaux, d’expositions sur le village du festival. Par contre, je ne partage pas cette appellation Liberté métisse. Pour nous, Réunionnais, c’est la période de la fête Kaf et ce sont ces deux mots qui comptent.
 
Vous rappez plus en créole qu’en français. C’est une manière d’affirmer votre identité ?
Le créole est ma langue maternelle. Jusqu'à mes 4 ans, avant que je fréquente l’école, le français était une option. Donc aujourd’hui, j’exprime plus naturellement mes sentiments, ma poésie et ma vision de la vie dans cette langue longtemps bannie ici.
 
Avec cette langue, vous êtes bien sûr engagé politiquement ?
Je ne suis pas un politicien, je raconte ce que je vois. Et la résultante n’est pas uniquement le soleil qui te brûle et la mer dans laquelle tu te noies. Le système politique nous a placés dans une petite prison dorée avec des barreaux d’eau salé. Je ne m’estime pas Français au regard de cette situation. Certes, il y a pire ailleurs avec de vrais ghettos. Mais l’identité réunionnaise doit d’abord être conscience et consciente, surtout pour les jeunes qui représentent la moitié de notre population.

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