GlobalFEST 2014, ouvert sur le monde

GlobalFEST 2014, ouvert sur le monde
Festival GlobalFEST 2014 à New York © E. Maillot

En janvier, New York devient LA plus grande scène du monde pendant le marché culturel de l’APAP (Arts Presenters Conference), qui cette année, a drainé plus de 45.000 spectateurs du 10 au 14 janvier dernier, notamment des professionnels venus découvrir de tendances à venir. En partenariat avec ce salon pro, le GlobalFEST fait découvrir des artistes étrangers au public américain, notamment le Belgo-Congolais Baloji, la Mauritanienne Noura Mint Seymali, le Marocain Hassan Hakmoun ou la Libanaise Yasmine Hamdan.

"Venez en baskets et en t-shirt. Ce soir, douze groupes étrangers vont vous donner la fièvre, prévient Bill Bragin, l’un des fondateurs du GlobalFEST, programmateur au Lincoln Center. Aux USA, la musique du monde est perçue comme une découverte d’autres cultures, mais pour nous, c’est surtout une aventure qui remue les tripes et le cerveau ! C’est une fête !".

Dans ce pays d’export musical où ce qui n’est pas anglophone est labélisé "musique du monde", 1500 personnes et des centaines d’invités attendaient donc avec impatience cette onzième soirée unique où le folk-punk ukrainien peut précéder le rap trempé dans la rumba congolaise organique de Baloji, pendant que la plus parisienne des chanteuses libanaises décline une électro-pop animale en version arabe, sur une autre scène.

En marge des nouvelles tendances, il y a aussi une légende que New York a peut-être oubliée : Hassan Hakmoun, gnawa marocain arrivé il y a 27 ans en Amérique pour un spectacle de Bianca Li. Il est resté, a joué avec Miles Davis, Peter Gabriel ou Stevie Wonder. Rejoint sur scène par sa femme japonaise, Chikako, aux castagnettes et au chant, il pilote une gnawa expérience très new-yorkaise, nappée de vapeurs d’encens et de guitare distordue. Effectivement, la fièvre GlobalFest monte.

Pas de tête d’affiche

Même sans tête d’affiche, le Webster Hall (salle mythique du Lower East Side) affichait complet avant même que le Wall Street Journal ou le New York Times n’y invite ses lecteurs. C’est dire si ce festival s’est fait un nom, au point que des grandes messes indie-rock lui ont fait une place dans leur programmation, notamment Bonaroo (Tenessee) et South By South West (Texas).

A sa création en 2003, le GlobalFEST n’était qu’un cheval de Troie pour ouvrir les oreilles des programmateurs de salles et de festivals venus au salon annuel de l’APAP (Arts Presenters Conference), rendez-vous des pros des arts depuis 1957. C’est devenu un must pour les amateurs de musique en général, qui y ont découvert Maria Andrade, Lo’Jo ou Fatoumata Diawara.

"Nous donnons toujours une place aux artistes liés à la France car c’est un pays de mixage et de musiques", résume Shanta Thake, autre programmatrice de GlobalFEST avec Isabelle Soffer. Même l’APAP écoute. Cette année, Keren Ann (dont le trio est encore inconnu à New York) y a été programmée au Joe Pub, avec la chanteuse parisiano-brésilienne, Dom La Nena, qui a sorti son dernier disque sur un label américain. "Ici, le public est très réceptif, curieux, prêt à chanter avec toi, et personne ne se demande pourquoi tu ne chantes pas en anglais", explique-t-elle.

Loin des clubs, le GlobalFEST permet de tenter sa chance sur une scène mythique devant un public motivé. "C’est assez rare de voir des musiques francophones ou africaines dans ce genre de lieu, résume Olivier Conan, capitaine français des nuits métissées de New York depuis trente ans, patron du club Barbès à Brooklyn. Ce festival doit son succès à la motivation de ses fondateurs qui sont très engagés !"

Après le 11 septembre, Shanta, Bill et Isabelle ne voulaient juste "ne pas rompre la conversation artistique avec le reste du monde". Grâce à eux, le public a découvert la guitare psychédélique et la voix rauque de la Mauritanienne Noura Mint Seymali, invitée à jouer la veille du GlobalFEST au café Barbès et avant cela, au Shrine d’Harlem. "On a deux secrets : mon mari a changé les frets de sa guitare américaine pour pouvoir jouer les demis tons mauritaniens et notre batteur, Matthew Tinari, est un Américain basé en Afrique qui comprend nos rythmes, même s’il vient du rock" souffle la griotte de Nouakchott, qui en a profité pour enregistrer en quelques jours un disque à New York, à paraitre en 2014.

Baloji a lui aussi, invité quelques Américains sur scène : une section de cuivres qu’il a rencontrée en chantant sur la compilation contre le SIDA Red Hot+ Riot. Au GlobalFEST, il ne chante pas son fameux tube Indépendance Cha Cha, mais reprend Marvin Gaye et lève le poing façon Black Panthers plusieurs fois, cognant au passage la boîte dans laquelle on veut mettre les musiques du monde. "N’en déplaise au GlobalFest, on ne fait pas de world music, on fait juste Notre musique" hurle-t-il !
Ici, le prince rap-rumba congolais brille, hurle, brûle, pique, s’agenouille, et synthétise des années de soul, ou un clin d’œil à feu Tabuley Rochereau avec un verbe acerbe, branché sur l’énergie à prises multiples de New York. Quand la guitare du papy congolais Dizzy Mandjeku s’envole, on a embarqué pour Kinshasa. "Il y a beaucoup de points communs entre New York et Kinshasa, résume Baloji. Deux villes bouillonnantes, foisonnantes d’idées, en mouvement perpétuel dans un chaos organisé". Fela chantait qu’il fallait "acheter africain", des décennies plus tard, sa vie est racontée dans une comédie musicale sur Broadway et les oreilles américaines achètent !

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