Le Maroc au Festival d’Ile-de-France

Le Maroc au Festival d’Ile-de-France
Dakka Roudania au Festival Île de France © E. Chabasseur

Au domaine de Villarceaux, le festival d’Ile-de-France invitait ce dimanche 6 septembre cinquante artistes à présenter sur cinq scènes différentes, les multiples couleurs musicales du Maroc d’aujourd’hui. Reportage éclectique avec des artistes comme Mehdi Nassouli, Karim Ziad ou Inouraz.

C’est un petit matin de fin d’été, où l’air un peu trop frais étonne. Dans la cour du château de Villarceaux et autour d’un café, les musiciens marocains se retrouvent, se saluent, s’étreignent. Certains ont l’habitude de se côtoyer, d’autres ont joué ensemble et ne se sont pas vus depuis plusieurs années. Quelques-uns, enfin, font connaissance. On prend des nouvelles de la famille, des amis, des carrières. Puis chaque groupe se dirige vers la scène où il jouera dans la journée, en s’extasiant sur la majesté du domaine, clinquant de soleil, de vert, de bleu.

Comme chaque année, c’est ici que s’ouvre le festival d’Ile-de-France en consacrant une journée complète à la diversité musicale d’un pays. Après la Colombie, l'Afrique du Sud ou l’Argentine, cette édition met le Maroc à l’honneur. Sur cinq scènes en plein air, cinquante artistes présentent la richesse de la scène musicale marocaine actuelle, du rap contestataire à la vigoureuse tradition amazigh.
 
Contrastes
 
Enthousiaste, Olivier Delsalle, le directeur du festival explique qu’il a imaginé cette journée comme une carte postale sonore colorée et contrastée : "On a parfois l’impression que la musique au Maroc est folklorique, alors que c’est une tradition en pleine mutation, mouvante, vivante, absolument contemporaine. J’aimerais que quelqu’un qui arrive sur le domaine à 12h30 reparte en fin de journée avec une vision plus moderne de la musique marocaine".
 
À l’entrée du jardin, la Dakka Roudania fait son apparition et entraîne dans son sillage un public conquis. Ensemble traditionnel de Taroudant, majestueuse ville fortifiée du sud du Maroc, la dakka, la "frappe", mise tout sur le rythme. Maniées par des jeunes et des anciens, les percussions taarija, le bentir et les voix répondent inlassablement au chant d’un leader enjoué.
 
Enfant, le jeune Mehdi Nassouli y a fait ses classes, avant de devenir un petit prodige du guembri et l’une des figures montantes de la musique gnaoua. "J’ai grandi à Taroudant et ce n’est pas commun au Maroc, mais petit, j’ai traîné dans différents styles traditionnels : la dakka, le gnaoua et le melhoun. Mais en même temps j’écoutais Snoop Dogg !", rigole-t-il.
 
Après avoir tourné dans tout le Maroc à l’école des grands mââlems gnaouas, il a voyagé dans le monde entier et rencontré des artistes aux horizons multiples : Andy Emler, Justin Adams, Nneka ou Titi Robin… Un peu plus tard, sur la même scène, Aziz Sahmaoui, jouera avec bonheur sa musique qui prend soin de la tradition, de l’improvisation, du jazz et de ses nombreuses influences africaines.
 
Scène amazigh
 
Entre transats et nappes de pique-nique, le public déambule joyeusement d’une scène à l’autre. À l’entrée du domaine, l’électro-rock de N3rdistan ou le rap de Mobydick piochent dans la poésie classique arabe ou dans une prose plus urbaine pour raconter le Maroc côté pile, ses espoirs et ses désillusions. Tout en haut de l’esplanade, les vivats s’élèvent devant la virtuosité de l’orchestre arabo-andalou de Tétouan et sa jeune chanteuse Zainab Afailal. Mais c’est certainement du côté de la scène berbère qu’il y a de quoi être le plus surpris.
 
Rarement présents en France en dehors du circuit communautaire, les artistes berbères sont pourtant très populaires au Maroc. Pour l’occasion, la formation instrumentale Inouraz, accueille trois grandes voix du monde berbère contemporain : Ali Faiq, Ali Chouhad et la merveilleuse Fatima Tachtoukt, tous originaires de la région du Souss. Timide et souriante, la tête chargée de bijoux en argent, la rayssa interprète une poésie délicate d’une voix limpide. Brahim El Mezned, directeur du festival amazigh Timitar explique : "Ces artistes ont un rôle social très important. Leur musique rythme toute la vie : les naissances, les mariages, les récoltes, les saisons… Ils passent la parole d’une vallée à une autre. Fatima Tachtoukt perpétue la tradition des grandes voix féminines du monde berbère des années 60. De moins en moins de femmes chantent ce répertoire-là".
 
En clôture, les deux complices Hamid El Kasri et Karim Ziad présentent leur album Yobadi, sorti en 2010, une rencontre entre jazz et musique gnaoua, qui couronne une décennie de collaboration. "La musique gnaoua, c’est juste une mélodie et un rythme, comme un corps nu. Nous sommes des couturiers et on l’habille assez élégamment…", plaisante Karim Ziad, avant de monter sur scène, pour un concert généreux, à l’image de la journée, tout en couleurs et en nuances.
 
Site officiel du festival d'Ile-de-France
Festival d’Ile de France, du 6 septembre au 11 octobre 2015