GlobalFEST 2016, le monde côté cour à New York

GlobalFEST 2016, le monde côté cour à New York
globalFEST 2016 © RFI / E.Maillot

Tous les ans, en janvier, les futures tendances des scènes américaines se dessinent à New York pendant l'APAP (Arts Presenters Conference). En marge de cet immense marché culturel qui attire des milliers de professionnels venus choisir leurs têtes d'affiche, le globalFEST qui a eu lieu samedi 16 janvier, en profite pour faire découvrir des musiques d'ailleurs, dont les Haïtiens de Lakou Mizik et le groupe français Ginkgoa.

Il neige sur New York quand les portes du globalFEST s’ouvrent. Les tambours indiens, colombiens ou haïtiens s’acclimatent aux écarts de températures. Malgré les flocons et le froid, les amateurs de "musique d’ailleurs" sont encore nombreux à venir transpirer. Les billets ont tous été vendus quelques jours avant le coup d’envoi du festival sans que les spectateurs ne connaissent pas vraiment ce qu’ils vont entendre. "C’est la magie du globalFEST : on y va les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes" s’enthousiasme un journaliste américain qui vient depuis 10 ans. 

Il règne effectivement une ambiance unique dans les couloirs et sur les trois scènes du Webster Hall, salle rock mythique de l’est de Manhattan qui, pour une fois, propose des musiques du Mexique, d’Éthiopie, de France ou d’Haïti. Pendant ce festival qui présente 12 artistes pendant une soirée, les musiciens se glissent dans le public pour écouter d’autres concerts, ils discutent, écoutent, partagent…
 
Entre la réunion de famille, le rendez-vous pro et la cérémonie chaleureuse, le globalFEST a le mérite d’inviter des groupes qui, pour la plupart, jouent pour la première fois aux États-Unis, au moment de l’APAP. Pendant cette conférence, plus de 4500 professionnels se croisent à New York qui devient la plus grande scène du monde, avec plus de 1000 concerts programmés à travers la ville, des conférences et surtout un immense marché pro pour la musique, le théâtre, le cirque et la danse.
Peu de Français ou d’artistes étrangers arrivent à se frayer un passage dans ce paysage d’export musical extrêmement exigeant. La veille du globalFEST, le trompettiste Ibrahim Maalouf avait fait salle comble au WinterJazzFest, festival de jazz qui profite aussi de l’effervescence de l’APAP.
 
Dans un New York qui dédie sa magie éternelle aux arts de la scène pendant quelques jours, la soirée du globalFEST attire par ses airs venus d’ailleurs, en version corsée avec un combo russe de la Nouvelle-Orléans qui chante les chansons d’un hypothétique mariage judéo-mexicain, ou encore avec le swing électro français de Gingkoa et sa chanteuse new-yorkaise aux allures de Joséphine Baker.
 
"Ce qui électrise presque chaque performance du globalFEST, c’est cette idée que la musique vient encore d’un endroit qu’on peut appeler chez soi" résume Jon Pareles, critique au New York Times.
 
Ginkgoa situerait son chez-soi dans le Paris des années 20 avec une arrière-cour qui donne sur les productions électros soignées de Brooklyn.
 
"New York et l’Amérique me sont familiers grâce à la musique. Avec notre swing, nos influences électros et notre format pop-chanson, on essaie de faire de la chanson française avec un certain niveau d’exigence de production à l’américaine" résume Antoine, fondateur du groupe. Portée par la performance de sa chanteuse installée à Paris, et quelques clins d’œil à Gainsbourg, le swing tricolore a conquis le public maison du globalFEST.
 
Lakou Mizik

"Ici, on se sent chez nous parce qu’on est ensemble et parce qu’à New York, on sent le mélange, cette créolisation qui nous est chère" résume Artiste Jonas, chanteur de Lakou Mizik, un combo Haïtien composé d’artistes d’âges et d’horizons divers, qui s’est formé pendant la construction d’un projet de studio qui fonctionnerait à l’énergie solaire.
 
L’idée un peu folle avait été lancée par Zach Niles, un ingénieur du son américain créolophone installé en Haïti. Le soleil n’a finalement pas encore électrifié le studio, mais les rayons de Lakou Mizik ont commencé à briller entre les prises. De quoi convaincre Zach Niles de fédérer les neuf musiciens (tambours, voix, lambi, accordéon, guitare, basse) pour créer un groupe qui ressusciterait en live des morceaux traditionnels haïtiens avec l’aide de quelques légendes du pays comme le percussionniste Zao Samba ou Steve Valcourt.  
 
"Pour nous, l’essentiel c’est de préserver des chansons de l’oubli. On redonne une autre vie à des morceaux que me chantait ma grand-mère comme Pézé Kafé ou Pozé, et on en compose aussi de nouveaux" résume Steve Valcourt , fils de la célèbre voix d’Haïtiando, Boulot Valcourt. Avec plusieurs générations de musiciens, Lakou Mizik veut valoriser l’immense patrimoine musical haïtien tout en "y injectant des lueurs de nouveauté".
 
Le groupe a fait ses débuts hors d’Haïti au globalFEST. Comme des dizaines d’autres groupes, les musiciens haïtiens avaient simplement proposé sa candidature. Leur musique a séduit les oreilles des trois cofondateurs et co-directeurs du festival, Isabel Soffer, Bill Bragin et Shanta Thake.

"On ne connaissait absolument pas le groupe, se souvient Isabel Soffer. C’est tellement magique de pouvoir cliquer sur un lien et de se laisser emporter par la musique, et c’est ce qui s’est passé avec Lakou Mizik. A l’époque, le groupe n’avait ni agent ni label. Mais ils nous ont assurés qu’ils étaient prêts à venir jouer, on y a cru !"

Aujourd’hui, Lakou Mizik a trouvé un agent américain et s’apprête à sortir un disque sur le prestigieux label Combancha au printemps prochain et sera bientôt en tournée aux États-Unis. Un conte de fées pour un groupe qui a su ancrer sa musique et son identité dans son terroir, et "dans sa cour" d’où son nom Lakou Muzik. "C’est un lieu qui a une grande signification dans la culture haïtienne. C’est là où l’on peut interpeller les esprits, guérir les malades, et partager" poursuit le chanteur Jonas.
 
"En Haïti, chaque famille a son Lakou. C’est là que tu reçois le monde, c’est ton chez-toi, là où tu te sens bien. Avec ce groupe, on veut apporter cet esprit lakou : se sentir bien, être en paix avec soi-même et avec le monde" résume Steeve Valcourt, guitariste et maestro du groupe. Lakou Mizik fait figure d’école moderne, de lieu de partage. Un nouveau creuset des musiques racines.
 
"Je dirais que c’est la musique de l’âme, précise Valcourt. Ça n’appartient pas à Lakou Mizik, mais c’est notre devoir de le montrer au monde, car c’est un patrimoine, puisque dans beaucoup de musiques, on peut entendre un écho d’un de nos 300 rythmes vaudou".

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