Pachibaba, transe thérapeutique

Pachibaba, transe thérapeutique
Pachibaba sur scène à Arles, 2016. © A-L. Lemancel

Le 15 juillet aux Suds à Arles, Pachibaba a embrasé, tard dans la nuit, les Forges, anciennes friches industrielles. Ce tout nouveau groupe se compose de trois musiciens émérites : l’accordéoniste Fixi, le batteur Cyril Atef et le Réunionnais Olivier Araste, avec son groupe Lindigo. Les trois complices ont mis en commun leurs ingrédients, leurs racines, pour concocter un "cari" savoureux, épicé, une transe joyeuse, qui a secoué la nuit des Suds. On vous raconte !

"Ce soir, nous pensons au drame de Nice… Ce soir, nous allons danser, nous allons mettre de la joie". Poing levé, charisme solide, solaire, le Réunionnais Olivier Araste, leader du groupe de maloya Lindigo, ponctue le premier titre, ode poppy, fraîche, entêtante, tubesque, ("Pachibaba, amène le soleil !"), de ce cri du cœur.  

Ce vendredi 15 juillet, lors du festival Les Suds, à Arles, aux Forges, dans les friches d’anciens ateliers SNCF, bâtiments industriels fantomatiques et customisés, à ciel ouvert, un tout nouveau groupe s’apprête à dézinguer la fatalité, à combattre sous les étoiles, à coup de tambours hypnotiques, la sinistrose.
 
Ce groupe explosif, aux couleurs vives, s’intitule Pachibaba – en créole réunionnais, "par ici, par là-bas". Car comme son nom l’indique, cette formation, se compose d’un patchwork d’influences, élabore une tambouille savoureuse, un "cari musique" épicé, résultat de la réunion alchimique de trois maîtres ès-groove, trois sorciers : Fixi, l’accordéoniste magique (Java, etc.) ; Cyril Atef, le batteur polychrome, moitié de Bumcello et de CongopunQ ; et le "maloyaman" Olivier Araste, avec son groupe, Lindigo. Sur leur rencontre, sur leur amitié, ponctuée de franches rigolades, les trois garçons parlent d’évidence. Les mots "feeling" et "amour" émaillent leurs discours sur leur "connexion cosmique" (Cyril Atef).
 
Histoires d’amitié et de musique
 
La complicité entre Olivier et Fixi débute ainsi en 2008 : sur les routes de la Réunion, les deux artistes se rencontrent, s’harmonisent sur des boucles afrobeat surgies d’un autoradio. Depuis, les deux compères ne se quittent plus – deux frères de son. Fixi réalise les disques de Lindigo ; Olivier compose des titres pour le disque de Fixi & Winston McAnuff…

L’accordéoniste et Cyril, se croisent, eux, sur des chemins musicaux, depuis une vingtaine d’années, animés par une estime mutuelle, mais sans avoir jamais eu l’occasion de dialoguer en musique. Quant à Olivier, lorsqu’il voit jouer "Papatef" comme il le surnomme, pour la première fois, en 2015, il se demande, éberlué : "C’est qui ce gars, qui sait tout faire avec sa batterie ?".

 
Cyril, fana de la Réunion, se trouve, lui, ravi de colorer ses rythmes afro-punk, d’autres nuances géographiques, de caractères insulaires ("J’ai dû être malgache dans une vie antérieure", sourit-il). Après un bœuf ("Un cari bœuf", rigole Cyril), plein de promesses, ils montent ce groupe aux frontières éclatées, au territoire vierge, multifacettes, bâties à plusieurs mains.
 
Ici chacun amène ses compositions ; parfois aussi, ils créent tous ensemble, au détour d’improvisations, lors par exemple, d’une résidence en début d’année au Plan de Ris-Orangis en région parisienne. Les influences de transe congolaise de Cyril, les métissages de Fixi, et le "maloya power", aussi enraciné qu’émancipé, d’Olivier, s’accordent bien, se conjuguent, s’articulent, autour de bonnes vibrations : des invitations au voyage, l’émergence d’une contrée musicale multi-racines…
 
Une orgie de sons joyeux
 
Ainsi, aux Forges, pour le troisième concert de la vie de Pachibaba, cette (sainte) trinité, à laquelle s’ajoutent trois autres membres de Lindigo – Lauriane Marcelline, Aldo Araste, Jean-Frédéric Madia – a invité le public, en liesse, à un périple sonore, bariolé, audacieux, ultra généreux.
 
Sur les bases rythmiques du roulèr, du pikèr, du kayamb, sur les architectures fines de Cyril, se sont élancées des transes africaines, des maloyas empruntés au répertoire de Lindigo, deux valses fluo-psychédéliques, tendres et hallucinatoires, lancées à pleins poumons par l’accordéon survolté de Fixi, une cumbia qui conviait au déhanché subtil, un "pachibaba dub" tranquille et sensuel...
 
Leurs chansons évoquent la jeunesse, l’avenir, les travailleurs, les problèmes sociaux, mais aussi et surtout une certaine idée du bonheur, qu’ils incarnent avec panache. Sur le visage de chaque musicien, s’affichait ce soir-là, un sourire "tranche papaye" : la joie de défricher ensemble des paysages inédits.
Et puis, sur ces terres inexplorées, la voix d’Olivier s’est posée, plus affirmée encore, ronde, déliée. Lauriane a apporté sa touche féminine ; Aldo a chanté avec une justesse rythmique, et un timbre remarquable ; Madia a fait résonner ses tambours terrestres et sa kora.
 
Au fil de la soirée, l’énergie, la fièvre, n’a cessé de grimper, face à un public galvanisé par le show, une transe joyeuse, comme l’explique Fixi : "Ce qui nous relie vraiment tous trois, je crois, c’est notre goût pour la transe, et tous les chemins pour y accéder".
 
En fin de concert, les musiciens se sont mêlés à la foule, pour un final percussif et libéré, une orgie de sons chamaniques. Le public dansait, et battait des mains à tout rompre. Sur la nuit des Suds, une joie visible et partagée régnait : les vertus de cette musique médicinale, thérapeutique, qui soigne les âmes, qui soigne les cœurs.
 
Page Facebook de Pachibaba
Site officiel des Suds à Arles