Gipsy Kings, canal historique

 Gipsy Kings, canal historique
Gipsy Kings © DR

Alors qu’ils fêtent le vingt-cinquième anniversaire de leur groupe issu de la réunion de deux familles, les Gipsy Kings s’offrent un nouvel album intitulé Savor Flamenco, dans lequel le jeu des guitares et les voix constituent toujours ce cocktail à la fois énergique et convivial.

Dans la première ou la seconde syllabe, le “y” ? Selon qu’on parle de Gipsy ou de Gypsies en matière de musique, tout change : les personnages, les albums, et bien sûr les histoires ou plutôt leurs versions... Encore faut-il être au courant de cette subtilité qui s’apparenterait presque à une involontaire faute d’orthographe.

D’un côté, l’association des familles Reyes et Baliardo a conservé le nom de Gipsy Kings, sparadrap qui colle à quelques tubes planétaires depuis près de 25 ans, et sort ces temps-ci son nouvel album intitulé Savor Flamenco... De l’autre, celui qui s’appelle Chico et les Gypsies, membre du groupe pendant quelques années et qui peut revendiquer y avoir joué un rôle clé à une époque. Ce dernier fait sans conteste partie du paysage musical français, comme en atteste l’écho rencontré par ses derniers projets, en particulier celui de reprises de Charles Aznavour.

"Au début, c’est vrai que les gens ne faisaient pas toujours la différence", reconnait le quinquagénaire Nicolas Reyes, principal chanteur de la bande historique des Gipsy Kings, avant de certifier qu’aujourd’hui tout est parfaitement clair aux yeux de tous. Ce qui ne s’avère pas si exact, puisqu’une récente confusion des œuvres des uns et des autres a été faite par l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur, engendrant son lot de droits de réponse !

En témoigne aussi, de façon plus large, un avertissement affiché sur l’un des sites Internet les plus complets qui soit consacré aux Gipsy Kings : "Attention aux imposteurs, il y a eu de nombreux exemples de musiciens se faisant passer pour les Gipsy Kings ou étant programmés sous ce nom, mais ce ne sont pas les vrais."

"Le groupe français le plus populaire"

Il existe en tout cas peu de risques que les Reyes ("d’Arles") et leurs cousins Baliardo ("de Montpellier") croisent celui qui a osé faire dissidence, à croire qu’ils se sont partagés les territoires tant les uns se produisent à l’étranger alors que l’autre reste essentiellement centré sur la France. "Oui, c’est un peu bizarre. On s’est posé la question", commente le troisième des enfants de José Reyes, figure du flamenco des années 60 et 70. Ce serait donc le fruit du hasard ? "On va dire ça", ajoute-t-il sans être très franchement convaincant.

Quand ils ont joué à Palavas-les-Flots, en juillet 2011, cela faisait 21 ans qu’ils n’étaient pas officiellement montés sur scène dans leur pays natal ! Dès Mosaïque, en 1988, des versions différentes de leurs chansons ont trouvé place sur leurs CDs destinés au marché international, nommés une demi-douzaine de fois aux Grammy Awards.

Et depuis les années 90, une bonne partie de leur carrière se déroule outre-Atlantique : 26 concerts aux États-Unis et au Canada en 2013, une trentaine l’année dernière, et autant celles d’avant. Ils y sont souvent présentés comme "le groupe français le plus populaire". Pourtant, Nicolas confie qu’il doit souvent expliquer leurs origines, car beaucoup imaginent que ces musiciens qui chantent dans une forme d’espagnol viennent d’Amérique du Sud. En plus, ils aiment marier leur musique avec les rythmes latino de cette partie du Nouveau Monde.

Savor Flamenco

Sur Pasajero, leur précédent CD paru en 2006, ils avaient justement pris cette direction-là, aidés dans leur démarche par le réalisateur français Philippe Eidel (Khaled, Ba Cissoko…). Cette fois, avec Savor Flamenco, conçu en autoproduction – une première – et fruit d’une préparation de deux ans, ils disent avoir cherché une forme de sobriété avec "moins de guitares, de trompette, d’accordéon".

Tous les morceaux sont récents, assure le chanteur. "J’avais essayé une chanson de Sinatra, Stranger in the Night, mais on l’a enlevée", précise-t-il. Dans le répertoire du groupe, à y regarder de près, la liste des reprises était déjà assez fournie : Comme d’habitude, rebaptisée A mi manera ; Chan Chan, du Buena Vista Social Club ; Volare, un de leurs plus grands succès qui a d’abord été celui de l’Italien Domenico Modugno, en 1958, sous le titre Nel Blu Dipinto Di Blu ; ou encore Hotel California des Eagles qui était une commande "imposée" ; You’ve Got a Friend in Me de Randy Newman sur la BO de Toy Story 3 ; sans oublier le tube Bamboleo emprunté en grande partie à la Brésilienne Carmen Miranda.

Eux qui ont été appelés pour collaborer avec Goran Bregovic, Joan Baez ou Chicago ont aussi préféré rester entre eux au lieu de tenter avec des invités, ce qui relève parfois du grand écart musical. Seul Francis Cabrel a été convié à la fête, 19 ans après avoir demandé à Nicolas Reyes de partager le micro avec lui sur sa chanson Corrida. Un simple échange de politesse, observe le Gipsy. "Il m’a offert sa voix, c’est tout."

Gipsy Kings Savor Flamenco (La Rhumba / Knitting Factory Records) 2013
Site officiel des Gipsy Kings
Page Facebook des Gipsy Kings