Bélo, citoyen du monde fier de ses racines

Bélo, citoyen du monde fier de ses racines
Bélo à Port-au-Prince © A.Baron

Deux ans après Haïti debout, Bélo, le chanteur-guitariste, Prix Découvertes RFI 2006, sort son quatrième album Natif natal. Rencontre à Port-au-Prince avec un jeune homme resté fidèle à son idéal artistique.

Entre deux avions pour assurer des concerts aux États-Unis ou au Canada, Bélo profite tranquillement des charmes simples de la vie de famille à Port-au-Prince. Le hamac, sa fille de sept mois dans les bras. Neuf ans après la sortie de son premier album Lakou Trankil, l’artiste de 34 ans est resté fidèle à ses principes, loin du star-system clinquant affiché par d’autres grands groupes du pays. 

Le titre même de son quatrième opus Natif natal souligne son intégrité : "Je suis cet Haïtien, natif natal, ancré dans la culture de mon pays. Cela rassure mes compatriotes qui me voient toujours sur la scène internationale et qui pourraient avoir peur de me perdre. Et pour les étrangers, c’est une façon de leur faire partager un petit morceau d’Haïti à travers ces 16 titres."

Sur son nouvel album, Bélo partage ses textes avec de nombreux artistes haïtiens (Queen Bee, BIC, etc.) Un juste retour des choses pour lui : "Il y a neuf ans, j’ai été soutenu par Fabrice Rouzier, Clément Bélizaire, des musiciens reconnus dans le pays. Il était l’heure de renvoyer l’ascenseur et de donner l’opportunité à d’autres jeunes talentueux de partager leur création avec le public." Plaisir aussi pour lui d’avoir un titre en duo avec Eddy François, figure des groupes à succès Boukman Eksperians et Boukan Guinen, chanteur que Bélo classe parmi son top 3 d’artistes mondiaux. 
 
Insécurité, drame des boat people ou des enfances sacrifiées par la pauvreté, Bélo s’est attaché durant sa carrière à dénoncer les dysfonctionnements de la société. Au fil des mélodies, mêlant sonorités haïtiennes, reggae et funk, les paroles de Natif natal reflètent toujours cet engagement qui constitue sa seule raison d’être artiste : ouvrir les yeux des gens sur la réalité.
 
Du vendeur de sachets d’eau au chauffeur de taxi-moto, Bélo veut montrer Haïti : "Ici, beaucoup de métiers ne sont pas valorisés, surtout le secteur informel. C’est donc une façon pour moi de faire un clin d’œil à ces gens-là qui, au final, représentent un très fort pourcentage de l’économie nationale" explique-t-il, avec l’envie de faire tomber les discriminations.
 
Lui qui fait des tournées à travers le monde s’exprime aussi sur des thèmes qui dépassent les seules frontières haïtiennes, comme l’écologie. Et délaisse même son créole maternel sur le titre évocateur Citizen of the world. "La chanson ne s’adresse pas nécessairement aux Haïtiens, même si elle défend leur cause : ceux qui ont du mal à obtenir des visas, à voyager à l’étranger. Mais c’est une chanson à portée plus large… donc la chanter en anglais était le choix logique" justifie-t-il avec son large sourire, en précisant qu’une version française est en préparation.
 
Après une série de concerts à l’étranger, Bélo va présenter ses nouvelles chansons au public haïtien avec une tournée débutant le 3 mai dans la capitale, Port-au-Prince. Un public accroc à son premier album et qui en concert, lui réclame toujours ses titres précédents. "Je comprends et évidemment, je jouerai encore Jasmine ou Lakou Trankil. Mais ma priorité sera de faire découvrir les titres de ce nouvel album." Avec son propre style "ragganga" (un mélange de reggae, de rock, de pop, de folk et de musiques traditionnelles haïtiennes), Bélo se refuse à la facilité de rester sur ses acquis. Avec Natif natal, il croit avoir trouvé la bonne formule : "proposer un album avec une sonorité internationale, mais qui arrive à plaire aux Haïtiens."
 
Bélo Natif natal (BéloMusic) 2014
Page Facebook de Bélo
Tournée de Bélo en Haïti :
Samedi 3 mai : Port-au-Prince Vente-signature et concert (Karibe Hôtel)
Mercredi 7 mai : Jérémie
Jeudi 8 mai : Les Cayes
Vendredi 9 mai : Jacmel
Mercredi 14 mai : Cap-Haïtien
Jeudi 15 mai : Gonaïves
Mercredi 28 mai : Port-au-Prince