Chico and the Gypsies cultivent l’amitié en musique

Chico and the Gypsies cultivent l’amitié en musique
Chico & The Gypsies © C. Mathieu

Du tango d’Astor Piazzolla à la soul de Billy Paul, via le zouk de Kassav', le nouvel album de Chico & the Gypsies passe au tamis de la musique gitane des chansons d’horizons très divers. Une mosaïque à laquelle participent des artistes aussi inattendus que Kim Wilde ou le Collectif Métissé.

RFI Musique : Avez-vous des liens particuliers avec les chanteurs invités sur ce disque ?
Chico : Avec les artistes qui nous accompagnent et partagent nos chansons dans l’album Chico & the Gypsies & International Friends, j’ai souvent une histoire. Billy Paul (ndlr : chanteur américain de soul), je l’ai croisé sur un plateau de télévision de Patrick Sébastien et quand je l’ai écouté chanter sa chanson, Me & Mrs Jones, j’ai craqué. J’avais déjà ce projet d’album en tête, même si c’était peut-être un rêve impossible, et donc j’ai attrapé Billy Paul dans les coulisses. Je lui ai fait ma proposition et il m’a répondu qu’il adorait notre musique, donc "why not" ? Et avec ce "why not", on a commencé à monter ce projet musical extraordinaire. En plus, il nous a révélé par la suite que c’était la première fois qu’il faisait un duo sur cette chanson qui a du succès depuis plus de 40 ans. Il y a aussi Kassav', que je connais depuis très longtemps. Notre musique et la leur sont des musiques de fête. Il était obligatoire qu’un jour ou l’autre, elles fusionnent. Et le résultat est étonnant.

Qu’est-ce qui a guidé votre choix au début pour faire une telle sélection de titres et un tel casting d’invités : les chansons ou les artistes avec qui vous alliez les interpréter ?
Ça dépend. D’abord, on a choisi des chansons et ensuite certaines sont venues en cours de route, comme Billy Paul. Pour Idir, ça paraissait évident : A Vava Inouva est sa chanson, c’est un hymne, un symbole. Pour Kassav', Kim Wilde, Jessy Matador, on savait que telle chanson allait avec tel personnage et c’est comme ça qu’on a procédé, parce que sinon, c’était plus compliqué de savoir ce qui allait leur plaire. Dans chaque titre, il fallait garder l’âme de la chanson et du chanteur qui venait avec nous, et en même temps, l’entourer de notre émotion, redonner vie à ces titres d’une autre manière.

Était-ce simple de faire passer toutes ces chansons originales par le filtre de votre musique ?
Franchement, ça n’a pas été très compliqué de trouver les arrangements et de broder autour. Parce qu’en fait, à la base, on les fait directement à la guitare. A partir du moment où la guitare et la voix se marient, le reste est presque du papier-cadeau !

Est-ce votre travail avec Charles Aznavour il y a quelques années qui a été le déclic de cette série d’albums en collaboration avec des artistes  d’horizons très divers ?
Non seulement Charles Aznavour est un peu mon parrain sur ces projets musicaux, mais c’est vraiment lui qui m’a donné l’envie et m’a encouragé à le faire. Ça fait trente ans que je le connais – nous sommes voisins dans le sud de la France et j’ai encore déjeuné avec lui récemment. Quand on a fait l’album Chico & les Gypsies chantent Charles Aznavour, il m’avait carrément apporté des paroles en espagnol, les versions qu’il avait chantées... Et quand je lui annoncé que j’allais faire un projet international, il a trouvé ça évident en me disant que, nous comme lui, on avait une carrière internationale et il fallait en profiter en invitant les gens qui nous aiment. Il avait raison.

Cette carrière internationale que vous évoquez ne s’inscrit-elle pas dans la voie qu’avait commencé à tracer dès les années 60 le guitariste Manitas de Plata, disparu il y a quelques mois ?
C’était l’ambassadeur de la musique gitane, le grand exemple de réussite, de succès planétaire, à une époque où il n’y avait pas les radios ni la communication comme aujourd’hui. Manitas jouait de la guitare tandis que mon beau père Jose Reyes était son chanteur. Donc vous imaginez que pour nous, ça a été une lumière qui nous a éclairés, montré le chemin. Moi, j’ai grandi avec Manitas. Ma première télévision, en 1974, c’était avec lui. Mon premier concert, c’était au Théâtre des Champs-Élysées quand il nous avait invités avec Los Reyes pour fêter ses dix ans de carrière. Ensuite, j’ai eu la chance de l’inviter dans mes concerts un peu partout dans le monde, en Amérique du Sud, dans les Émirats… Chaque fois que je peux lui rendre hommage, je le fais avec tout mon cœur parce que s’il n’avait pas existé, on n’existerait pas nous non plus aujourd’hui. On va dans des pays où on nous parle encore de lui.

Est-ce que vous lui faisiez écouter vos projets récents ?
Bien sûr, et surtout je l’invitais chez moi au Patio de Camargue en Arles où il a joué plusieurs fois. Il nous rejoignait de temps en temps sur scène et je lui offrais nos CDs. Il aimait, même s’il reconnaissait que, pour lui, c’était un peu trop moderne ! Mais il disait aussi qu’il entendait que nos racines étaient bien dedans. Et pour nous, c’était un grand compliment.

Sur l’album, vous reprenez Baila Me des Gipsy Kings, et certains des musiciens qui jouent sur le disque appartiennent aussi à ce groupe que vous avez quitté. Entre vous, la scission est-elle moins absolue que cela est souvent affirmé ?
Il y a quand même un héritage musical extraordinaire chez les Gipsy Kings. C'était donc normal de rendre hommage à ce groupe d’hier et d’aujourd’hui. Nous pouvons être séparés, mais très liés par l’histoire, la famille, plein de choses, bien qu’il y ait deux chemins. Mon vœu, c’est qu’un jour, ils se réunissent et que la musique passe au-dessus de tout.
Chico & the Gypsies Chico & the Gypsies & International Friends (Sony Music) 2014
Site officiel de Chico & the Gypsies
Page facebook de Chico & the Gypsies

Ils seront en concert le 28 avril 2015 à l'Olympia à Paris.