Aziza Brahim chante l’exil et les réfugiés

Aziza Brahim chante l’exil et les réfugiés
Aziza Brahim © DR

Depuis la disparition en août 2015 de la chanteuse Mariem Hassan, artiste emblématique de la lutte pour un Sahara occidental indépendant, Aziza Brahim se retrouve désormais appelée à incarner en musique cette cause et la défense de ses compatriotes réfugiés. Sur son quatrième album intitulé Abbar el Hamada, elle parvient, dans la musique comme dans les paroles, à conjuguer local et global.

Au départ, la chanteuse sahraouie avait en tête de rassembler dans son nouvel album des textes qui exprimeraient la résistance de son peuple, cantonné dans des camps situés sur les plateaux caillouteux du sud-ouest algérien (aussi appelés hamada) depuis l’invasion du Sahara occidental par le Maroc en 1975, il y a quarante ans. C’était sa façon d’évoquer ce qu’elle qualifie de "triste anniversaire".

Mais une autre actualité est soudain entrée en résonnance avec ce thème qu’Aziza Brahim s’apprêtait à traiter, l’amenant à changer de prisme, élargir sa réflexion. "Chaque jour, j’écoutais les nouvelles sur la crise des réfugiés (en Europe, ndlr) et je me disais que ça ressemblait à la situation des Sahraouis", explique l’artiste installée en Espagne depuis 2000.

Elle a donc essayé d’universaliser son propos, comme dans La Cordillera negra, où elle imagine un dialogue lors d’une des ces marches nocturnes ayant pour but de passer clandestinement une frontière. Ce qui valait hier pour ses compatriotes vaut aujourd’hui pour tous ceux qui attendent de franchir la clôture de Melilla, enclave espagnole en Afrique. C’est le sort de ces candidats à l’immigration en Europe, venus de l’autre côté du Sahara, qui l’a inspirée, reconnait-elle.

Conçu de façon moins intime, moins personnelle que Soutak, album paru début 2014 et qui a permis à Aziza Brahim de gagner en visibilité sur la scène des musiques du monde, Abbar el Hamada est aussi un disque que son auteur considère plus "ambitieux", et cela se vérifie sur le plan musical, avec une réalisation toujours aussi soignée qui participe du charme de ces dix morceaux.

On entend çà et là, la touche latine, voire même cubaine (la chanteuse a passé huit ans à Cuba), et surtout ce son du désert avec ces guitares au traitement si particulier qui, tout en faisant le lien avec le Mali mandingue, soulignent et prolongent la mélodie chantée sur Buscando la Paz puis Calles de Dajla. Pas d’aridité, ici, mais au contraire des arrangements riches d'où il se dégage une chaleur aussi séduisante qu’enveloppante.

Aziza Brahim Abbar el Hamada (Glitter Beat) 2016
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