AMAL, le projet hip-hop et caritatif pour la Syrie

<i>AMAL</i>, le projet hip-hop et caritatif pour la Syrie
Scratch Bandits Crew © E. Matcha

Scratch Bandits Crew, Nikkfurie de la Caution, James Delleck, l'ancien collaborateur de TTC, Guts encore 20Syl... Les meilleurs producteurs français unissent leurs forces sur AMAL, une compilation de hip-hop instrumental foisonnante et savante dont chaque centime issu de la vente est reversé à l'association A Syrian Dream. Celle-ci forme des enseignants et donne des cours aux enfants syriens réfugiés à la frontière turque.

On y entend aussi bien du Neil Young que de la musique électronique, du jazz cool que du rock psychédélique des années 70. Loin des clichés sur l'Orient, AMAL est une réjouissante invitation au voyage, un kaléidoscope d'émotions où chaque auditeur y trouvera son compte. "Pour cette compilation, les artistes ont travaillé sans consignes", précise Florent Gulyas alias Tcheep, dont le titre Still Shinning, planant et nostalgique, ouvre la compilation sur d'aériennes flûtes traversières. "Chaque morceau est différent mais il y a une énergie commune. Et à l'écoute, on se rend compte que parmi les producteurs français, il y a vraiment des pépites!"

En tout, 21 beatmakers, parmi les plus réputés de l'Hexagone, ont répondu à l'appel du rappeur franco-syrien Tarafa Jacques Sahloul, dit Liqid, co-fondateur du label Mutant Ninja et fer de lance du hip-hop indépendant en France. "Avec cet album, je ne voulais surtout pas faire un festival de samples de musique arabe un peu téléphonés. L'idée était que chaque artiste vienne avec ses influences et sa propre vision du projet. Ce qui a été très difficile ensuite en studio, cela a été de donner une cohérence artistique à ces 21 titres !", explique ce jeune homme hyperactif de 32 ans, ancien membre du groupe lyonnais Les Gourmets.

C'est alors que son comparse Jérôme Donzel, sévissant sous le pseudonyme de Bonetrips, aux manettes sur le mixage d'AMAL, lui souffle la bonne idée : utiliser les ambiances que les deux amis ont rapportées d'un voyage en Syrie effectué en 2005. Une matière sonore qui permettra de lier les morceaux entre eux et de raconter l'histoire qui manquait à l'album. "C'est un voyage que je n'oublierai pas, s'enthousiasme Bonetrips. J'avais pris avec moi un magnétophone de poche car je voulais garder un souvenir audio du voyage. Du coup, j'enregistrais plein de trucs quand on se baladait dans les rues de Damas, en terrasse de café, dans les transports, chez les amis et famille de Tarafa. Je le remercie encore de m'avoir fait découvrir ce pays magnifique".

La musique pour seul message

Aucun rappeur n'a été invité sur AMAL. Le projet devait rester entièrement instrumental : le choix de la raison selon Tarafa. "On ne voulait surtout pas donner une coloration politique à cette compilation. C'est très compliqué de parler de la situation en Syrie et impossible de ne pas prendre position à moins de faire un truc complètement mièvre... ce qui n'aurait pas été terrible non plus."

 Avant de se lancer à corps perdu sur AMAL, Liqid hésite. Le rappeur se sent illégitime à parler du conflit syrien. Ses derniers doutes sont balayés il y a environ un an. "J'ai un très bon ami palestinien qui vit à Yarmouk dans la banlieue de Damas et là-bas, j'allais régulièrement dans un magasin de disques et de cassettes. Un jour, il y a eu une attaque. Le bâtiment qui abritait le magasin a été complètement soufflé par un bombardement. Là, on s'est dit avec Mutant Ninja : "on arrête de douter, on le fait!"".

Sur la pochette d'AMAL, on peut voir un marchand de fruits attendant d'hypothétiques clients au milieu des gravats. Une image prise dans la ville martyre d'Alep par le photographe syrien Mohammed Al-Khatieb et qui a toujours marqué Tarafa "par sa beauté, son absurdité et sa poésie. Elle permet d'alléger le propos tout en étant porteur d'un sens très profond". La vie continue malgré la guerre. Après tout, "AMAL", c'est "l'espoir" en arabe.
Amal (Mutant Ninja) 2016

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