Davy Sicard, entre souvenirs et avenir

Davy Sicard, entre souvenirs et avenir
Davy Sicard © DR

Le chanteur réunionnais Davy Sicard s’est inspiré de moments qui ont eu lieu chez lui, dans sa case, avec les enfants de sa famille, pour construire son nouvel album intitulé Mon Zanfan, dans lequel ce fervent défenseur du maloya joue le rôle du "tonton", apportant des réponses qui font parfois écho à ses propres questionnements.

Au propre comme au figuré, la musique de Davy Sicard a un sens. Au-delà des mots, le chanteur réunionnais tient à ce qu’il y ait un cheminement entre ses chansons. Une forme de progression logique, qui serve le propos. Sur son album précédent, en 2012, il avait choisi de démarrer par Mon Île et de terminer par Mon Péi.

Cette fois, Mon Zanfan est délimité à chaque extrémité par la mélodie du Lac des Cygnes de Tchaïkovski, dans une version pour automate musical. Une boîte à souvenirs (bwat souvnir, en créole) que l’artiste ouvre puis referme 58 minutes plus tard. "Lorsque je m’imagine enfant, je me revois en train d’ouvrir cette boîte à bijoux qui appartenait à ma mère, et c’est cette musique qui en sort, avec une petite danseuse au milieu", confie-t-il. Le souvenir du regard qu’il portait alors sur cet objet le renvoie au garçon "libre, naïf, rempli de rêves avec plein d’imagination" qu’il était.

Avec les années, la boîte et sa musique avaient disparu dans un coin de sa mémoire. Mais elle a resurgi, avec toute sa dimension évocatrice symbolique, lorsque Davy a commencé à entrevoir plus précisément ce cinquième disque présenté et presque mis en scène comme une soirée passée avec ses enfants, nièces et neveux. "Ce soir, c’est l’effervescence à la maison (…) Ils n’ont pas tous le même âge, mais arrivent tout de même à s’amuser ensemble. Éclats de rire, courses effrénées, balade, mais aussi des chamailleries. Des jeux d’enfants qui égayent bien notre demeure. Ils auront bien profité de leurs vacances et nous faisons le choix pour leur dernière soirée ensemble de nous passer du petit écran. Place à un moment d’échange en toute simplicité, aux petites histoires, comme cela se faisait chaque soir à l’époque où ma mère avait leur âge", écrit-il dans le livret du CD.

Le quadragénaire ne se dit pas nostalgique, mais concède qu’il "se pose des questions" sur ce qu’il va laisser à sa descendance comme d’"une manière plus générale". Une parole d’adulte sur des thèmes parfois presque existentiels, des peurs irrationnelles…

Dans ces chansons, il reconnait s’adresser autant aux enfants en face de lui qu’à celui qui est en lui, car "l’idée est de mettre en lumière des questions, des sentiments profondément enfouis".

Lui qui s’intéressait en particulier à sa généalogie, à ses origines familiales s’est rendu compte qu’il n’avait pas su verbaliser ses préoccupations. "Lorsque j’ai écrit l’album Ker Maron en 2005, des souvenirs qui remontaient au CP, voire à la maternelle, sont remontés à la surface. Des situations qui m’avaient dérangé et que je n’avais pas réussi entre temps à extérioriser, à exprimer", explique-t-il.

La question de l'identité

Le thème de l’identité, cher à Davy, était aussi au cœur du spectacle Li Té Vé War ("elle voulait voir"), qu’il qualifie volontiers de "trait d’union" entre ses deux derniers projets discographiques, Mon Zanfan et Mon Péi.

S’il n’est pas formellement à l’origine de cette grande fresque musicale jouée à La Réunion, Madagascar, Maurice ainsi qu’à Paris en 2014, il y a grandement pris part, à la fois pour en inspirer l’écriture, mais aussi sur scène, aux côtés d’autres musiciens de son île comme Danyel Waro.

À travers les interrogations d’une jeune fille sur sa couleur de peau, il s’agissait, par différents tableaux sur les étapes du peuplement, sur l’esclavage, de raconter la "pluriculturalité"  réunionnaise, de "traduire la volonté de vivre ensemble". "S’approprier son passé pour construire son avenir", synthétise le chanteur.

Affirmer avec fierté sa créolité ne se fait pas à l’exclusion du sentiment d’appartenance à une nation plus large. L’an dernier, lors d’un concert caritatif en compagnie du groupe réunionnais Oté Pirates, il n’a pas hésité à reprendre Ma France, titres phare du répertoire de Jean Ferrat.

"On ne peut pas vouloir être en accord avec seulement une partie des choses", considère le métisse malgacho-réunionnais, né en métropole près de Paris. "Si on prend la France, tout comme La Réunion, on prend toute son histoire. On ne peut pas éluder quelque passage que ce soit." Un discours de raison, pour un artiste d’abord à la recherche de "l’harmonie".

Davy Sicard Mon Zanfan (Autoprod)2016
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