Tsenga

Tsenga

La montée en puissance du collectif Tsenga, initié par Mikidache et M’Toro Chamou, se confirme avec un second album plus abouti, plus synergique et créatif. Le cercle s’est élargi et les nouveaux venus nourrissent de leurs influences respectives l’envie de faire briller la musique de l’archipel des Comores.

Les artistes originaires de ces bouts de terre auxquels le reste du monde ne prête pas beaucoup attention sont souvent tentés par le même raisonnement que celui suivi par les Mahorais Mikidache et M’Toro Chamou : utiliser leur notoriété et expérience acquises individuellement en Occident pour s’associer afin de porter plus haut, plus loin, leurs rythmes et traditions, mais aussi les problématiques de leur société. Bref, mettre de côté les ego et jouer en équipe pour se rendre davantage visible.

En règle générale, l’aventure dépasse rarement le stade de la première réalisation, le temps d’éprouver la solidité de ses convictions. Sur ce plan-là, Tsenga réalise donc déjà une performance remarquable en s’inscrivant dans la durée et en prenant de l’épaisseur.

Mikidache, ancien lauréat du prix RFI Découvertes, l’avait laissé entendre en 2008 : si le premier volume servait d’abord à poser un acte, à afficher une ambition même si les moyens faisaient défaut, il imaginait ouvrir ensuite la porte à d’autres artistes qui se rallieraient à sa cause. Ce qui a bien été le cas – et mérite à nouveau d’être souligné tant le phénomène est rare ! L’arrivée de Bo Houss, Zainouni et Eliasse, qui appartiennent à la scène mahoraise montante et s’illustrent dans des styles respectifs différents, comportait aussi un risque : ne pas aboutir à un résultat homogène. La résidence effectuée par la bande en 2010 a produit ses effets bénéfiques. Un répertoire est né, dans lequel chacun a sa place et monte par moment au front sans faire de l’ombre aux autres.

En soutien, le bassiste camerounais Hilaire Penda et son compatriote Brice Wassy, maître ès percussions, apportent leur science du 6/8, un rythme commun à leur pays et aux îles de l’océan Indien. Le chemin parcouru prend toute sa mesure sur les treize titres de Tsenga 2 enregistrés… en Bretagne !

La complémentarité des jeux de guitare sur Ritawalé atteste de la complicité entre les musiciens qui font grimper le tempo et dégagent une énergie très rock. Diya et Mouzelani ont des formes plus traditionnelles, mettant en avant les voix. L’écriture différente d’Eliasse s’entend, au-delà des mots. Simple et pourtant recherchée, à l’image de l’homme. Son goût pour l’open tuning, qu’il partage avec Mikidache, donne aussi d’autres nuances à leur musique.

Dans les textes, résumés en français dans le livret, le propos se révèle plus comorien que strictement mahorais. Pour rappeler que le 101e département français reste plus que jamais solidaire des autres îles de l’archipel dont il fait géographiquement partie, quelles que soient les réalités politiques.

Tsenga Tsenga 2 (Bouquin affamé) 2011

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