Outlines, la soul blanche

Outlines, la soul blanche
© SeanHeart.org

Dans la droite ligne de Phoenix, Outlines, un duo strasbourgeois, réussit le pari de concilier la pop sophistiquée et le dancefloor le plus fédérateur. Après de longues années à aiguiser son art dans l’ombre d’un grand rappeur américain, il publie aujourd’hui un Ep, I cannot think, prélude plus que prometteur à un album prévu pour la fin de l’année. Let’s dance !

Tout groupe pop en devenir se doit de construire sa légende. Celle d’Outlines commence, modestement, sur les bancs du lycée à Strasbourg. Deux amis d’enfance, Irfane Khan-Acito et Jérôme Hadey, se passionnent pour le hip hop et le DJ-ing, font leurs premières scènes, puis se séparent pour entamer leurs études.

Tout aurait pu s’arrêter là, sans ce fameux concours de circonstance qui pimente les success stories trop prévisibles. En 2002, l’une des démos maison d’Irfane se retrouve miraculeusement sur la compilation Jazzanova du célèbre DJ britannique Gilles Peterson. "J’avais 21 ans à l’époque, et je n’avais jamais envisagé de carrière musicale sérieuse, en solitaire, explique Irfane. J’ai revu Jérôme, et on s’est juré de faire un album ensemble."

Ainsi débute, pour le nouveau duo, une série de collaborations impressionnantes. Jérôme, installé à Paris au début des années 2000, devient l’assistant de Pedro Winter, patron d'Ed Banger et manager de Daft Punk. Le producteur en herbe ne tarde pas à collaborer avec leur idole RZA, tête pensante de l’immense combo rap de New York, le Wu-Tang Clan. Séduit, ce dernier ouvrira à Outlines les portes de son studio personnel et de sa section cordes pour l’album à venir. Enfin, connexion strasbourgeoise oblige, le duo s’offre un featuring d’Abd Al Malik sur leur premier album, paru en 2007 sur un petit label allemand.

Une musique sous influence

"Nous n’avons pas fait énormément de choses avec tous ces gens, tempère Irfane. Mais le fait de se retrouver en studio avec des artistes que l’on a idolâtrés toute notre jeunesse, comme RZA, a été une sorte de formation accélérée." En 2008, le duo décide pourtant de s’éloigner de l’univers du hip hop, et se lance, pendant deux ans, dans l’écriture de chansons. "Nous avions besoin de revenir à des compositions piano-voix, comme pouvaient le faire Paul McCartney ou Burt Bacharach."

Le nouvel EP I cannot think, et son single éponyme, révèlent au grand jour le talent indéniable d’Outlines pour tresser de véritables classiques de soul pop, à forte consonance seventies (Stax, Todd Rundgren). Quatre titres aux arrangements savants, proches de la perfection maniaque héritée de Steely Dan et Supertramp. "Comme eux, nous avons été très précis et méticuleux en studio, avec toutes les parties écrites à la note près pour les musiciens."

Subtile, parfois virtuose, la musique d’Outlines reste néanmoins très accessible et diablement dansante. Une ligne esthétique très proche des Versaillais de Phoenix, auquel le groupe est inévitablement comparé. Le duo strasbourgeois a d’ailleurs fait appel à Philippe Zdar, sorcier du son sur l’incroyable Wolfgang Amadeus Phoenix, pour le mixage de l’album à venir. Souhaitons à Outlines un destin similaire.

Outlines I cannot think EP (Casablanca Records/Universal) 2011