David Bowie, la France, et les poussières d'une étoile

David Bowie, la France, et les poussières d'une étoile
Pochette de l'album <i>Aladdin Sane</i>, 1973. © B.Duffy

L'exposition David Bowie is fait étape à la Philharmonie de Paris jusqu'au 31 mai. À l'occasion de cette rétrospective-événement, petite odyssée dans l'influence de David Bowie en France, un espace vaporeux et plus diffus qu'il n'y paraît où l'on croise le biographe français du chanteur, un rockeur qui se volatilise et l'hommage du chorégraphe Philippe Decouflé à l'icône mondiale de la pop...

Les rideaux de fer descendent de chaque côté de la scène, évoquant une certaine décadence. Au centre, la chanteuse, en tenue noire, entame The Man Who Sold The World tandis que les acrobates montent à la corde et sur un mât. Au croisement de la comédie musicale, du cirque contemporain et de la danse, le spectacle Wiebo parcourt toutes les vies de David Bowie pour ne retenir finalement que l'icône glam. 

Assez proche de l'idée musicale que tout un chacun se fait de David Bowie, le concert/performance mis en scène par le chorégraphe français Philippe Decouflé prolonge sur scène les débuts de l'exposition David Bowie is qui fait étape jusqu'au 31 mai à la Philharmonie de Paris. Avec une série de conférences et de concerts, cette création est l'un des apports de la France à une exposition qui voyage dans le monde entier (New York, Chicago, Berlin...) depuis sa création en 2013 au Victoria and Albert Museum de Londres.
 
Un juste retour des choses pour un chanteur qui a durablement influencé la musique française ? L'influence de David Bowie sur la France est un sujet plus complexe et diffus qu'il n'y paraît. À la fois de toutes les discothèques, le caméléon Bowie semble n'être vraiment nulle part. "Si on cherche des héritiers français à Bowie en France, c'est vrai qu'on n'est pas gêné", s'amuse Jérôme Soligny, biographe français du grand David. Traducteur de l'exposition David Bowie is pour la France, le journaliste du magazine Rock & Folk et musicien donne un cycle de conférences à la Philharmonie dont l'une traite justement du rapport entre David Bowie et la France (1).
 
Mais plus que l'impact du chanteur anglais sur l'Hexagone, ce travail évoque surtout les influences de Bowie (Jacques Brel, l'auteur Jean Genet...) et le temps passé en France. "On parle souvent d'une trilogie berlinoise formée par les albums Low (1976), Heroes (1977) et Lodger (1978), mais on oublie souvent qu'une bonne partie de Low a été enregistrée en France et que Lodger a été mixé en Suisse", poursuit le biographe.
 
Un homme a disparu dans... le métro parisien
 
Les reprises de Bowie par des musiciens français ne permettent pas plus de relever l'empreinte du géant du rock. En 1971, l'adaptation de Space Oddity par le parolier Boris Bergman, chantée par Gérard Palaprat, Un homme a disparu dans le ciel, fait figure d'ovni. Au contraire des classiques de la musique noire-américaine ou des Beatles, usés jusqu'à la corde dans les années soixante par Claude François, Sheila, Johnny Hallyday et les yéyés, Bowie ne sera jamais un standard de la reprise en français.
 
La France a pourtant eu un cousin -éloigné- de Ziggy Stardust dans les cercles de l'underground. Chanteur punk, devenu presque mythique pour s'être mystérieusement volatilisé un jour d'avril 1990 dans le métro parisien, Alain Kan a interprété David Bowie en français, de façon certes orthodoxe mais pas tout à fait catholique (2). Le classique Life on Mars est ainsi devenu La vie en mars ou Andy Warhol a inspiré le provocateur Heureusement en France, on ne se drogue pas
 
Le monde visuel et la tête dans les étoiles...
 
Ces dix dernières années, le disque de reprises décalées Bowie Mania, et un autre plus sérieux, We were so turned on (Tribute to David Bowie), ont revisité ce répertoire... en VO et avec de rares artistes français.
Directeur artistique du label Entreprise, Michel Nassif s'est approprié The Man Who Sold The World pour la compilation Bowie Mania avec son groupe, Cocosuma. Il constate : "Les costumes, le maquillage, ce n'est pas une attitude très française. Dans le rock en France, il y a un côté brut, 'je monte sur scène avec mon chandail en laine et je ne fais pas d'efforts de ce côté-là'. Même si l'on va pouvoir trouver des musiciens comme Moodoïd, qui arrivent maquillés sur scène et qui son très fan de Bowie, il y a peu de contre-exemples." Aux antipodes du rock en costume, le duo électro-pop Air est un des rares groupes français clairement inspiré par Bowie, qui a eu les faveurs du maître.  
 
La pléthore de costumes qui compose l'exposition David Bowie is témoigne en tout cas de la formidable capacité de David Bowie à imaginer, via ses différents personnages (Ziggy Stardust, Aladdin Sane...) et ses différents rôles, de chanteur, d'acteur ou de performer, un spectacle pop total. La jeune Jeanne Added, l'une des chanteuses à l'affiche du Wiebo de Decouflé, lâche du tac au tac lorsqu'il s'agit d’évoquer l'icône : "L'image que j'ai en tête, c'est le concert hommage à Freddy Mercury, en duo avec Annie Lennox, un Bowie portant un costard hyper large."
 
Le son, l'image, beau oui, comme Bowie...
 
 
(1) Les conférences de Jérôme Soligny à la Philharmonie de Paris donnent lieu à un livre, David Bowie ouvre le chien, paraissant ces jours-ci aux éditions La Table Ronde.
(2) À lire sur ce sujet : Christian Eudeline La disparition : enquête sur la vie et l'absence d'Alain Kan (Romart) 2015.
 
Compilation Bowie mania (Naïve) 2007
 
Exposition David Bowie is à la Philharmonie de Paris du 3 mars au 31 mai 2015.