Baden Baden, pop melancholia

Baden Baden, pop melancholia
© Vincent Frances

Sortis de l’ombre il y a deux ans avec leur EP 78, les Parisiens de Baden Baden publient ces jours-ci leur premier album, Coline, manifeste de pop mélancolique et atmosphérique en deux langues, au confluent de Karkwa, Radiohead et Alain Souchon. Une découverte

Chez Baden Baden, tout est affaire de mystère, et de climats. Leur nom, d’abord, évoque une station thermale allemande et un épisode célèbre de l’histoire de la Ve république. Mais Eric Javelle, chanteur et fondateur du groupe, n’y est jamais allé, et assure l’avoir choisi "pour sa sonorité" et parce que son père "lui en avait conté les récits étant jeune".

Dès les premiers pas du groupe, en 2008, le décor était posé. Amateur de pop rêveuse, Eric se lance dans l’aventure de groupe après avoir peaufiné nombre de compositions chez lui, dans le plus grand secret. Ce jeune homme discret décide alors, "comme un défi", de se produire sur scène et s’entoure de musiciens parisiens, dont Julien Lardé et Gabriel Vigne, actuels guitariste et batteur du groupe.
 
Les débuts sont folk et plutôt intimistes, mais très vite, l’univers de Baden Baden s’étoffe, et les premières velléités rock apparaissent. "Nos premières scènes imposaient une formule acoustique réduite, explique Eric. Mais on a rapidement eu envie de faire plus de bruit et de ne pas s’enfermer dans un genre codifié. On a grandi avec Radiohead, la scène belge, et des groupes comme Death Cab for Cutie ou Grizzly Bear nous excitaient plus que le folk pur."
 
Leur premier Ep officiel, 78, marque l’arrivée à maturité du style Baden Baden. Des chansons pop en français ou anglais, et, parfois, de longues plages ascendantes terminées dans un brouillard sonique, comme sur le lumineux Anyone. Particulièrement bien accueilli par la critique, ce premier Ep les décide à se lancer dans un format long, sans rien changer à leur méthode : celle d’un groupe autonome, adepte du "do it yourself" et du travail de home studio méticuleux. "Pendant deux ans, on a enregistré continuellement les voix, les instruments, en privilégiant la magie de l’instant aux prises en studio chirurgicales et froides."
 
Construit avec patience et modestie, Coline s’avère à la première écoute remarquable de chaleur et de simplicité. Good Heart, le très folk premier single, transporte dans une sorte de quiétude affective, Anyone enveloppe doucement l’auditeur avant de le perdre dans des guitares électriques très aériennes. Des sensations que l’on retrouve, pour la douce mélancolie, chez Alain Souchon (dont ils reprennent d’ailleurs La vie ne vaut rien), ou chez les formidables Montréalais de Karkwa, avec qui le groupe partage aussi le goût pour le chant dans sa langue natale. "On a toujours écrit en français et en anglais, explique Éric. Mais un groupe comme Karkwa nous a confortés dans l’idée qu’on pouvait marier le rock indé anglo-saxon et notre langue. Il y a une émotion supplémentaire à comprendre les mots de façon plus directe et instinctive."
 
Signé chez le réputé label Naïve, Baden Baden reste un groupe à part sur la scène française actuelle. Une singularité qui, précisément, devrait les ouvrir à une très large audience, en France ou ailleurs. D’ici là, replongeons-nous encore et encore dans leur Coline.
 
Baden Baden Coline (Naïve) 2012
En concert à Strasbourg le 19 octobre, à Paris (Nouveau Casino) le 13 novembre…
 
Blog officiel du groupe Baden Baden
A écouter sur RFI : Baden Baden en live dans l'émission La Bande Passante (08/10/2102)