Archimède à double face

Archimède à double face
Archimède © V. Archeno

Avec Arcadie, son troisième album, le groupe Archimède continue d'affiner son approche "franglo-saxonne". Mais derrière la légèreté apparente, les frères Boisnard savent gratter là où le vernis s'écaille. D'où des chansons éveillées, poignantes, piquantes ou mordantes. Une belle confirmation.

RFI Musique : Est-ce nécessaire de travailler en amont chacun de votre côté ?
Nicolas Boisnard :
On n'est pas non plus deux moines isolés qui officient chacun dans sa tour d'ivoire (rires). Mais on ne se met pas ensemble autour d'une guitare et devant une feuille blanche.
Frédéric Boisnard : Ceci étant, on se voit quand même pas mal pour confronter notre travail. Parfois, Nico arrive avec un texte chanté et il a besoin de moi pour la mélodie ou la grille d'accords qui colle.

Sur votre site, vous écrivez à propos de l'album : "On y enfonce le clou de notre style franglo-saxon". Est-ce votre cadre prédéfini ?
Nicolas : Ce qui compte chez Archimède, c'est autant les mélodies que les textes. On est un shuttle : d'un côté, il y a la Britpop, c'est-à-dire Oasis, The Verve, Blur, Supergrass et de l'autre les Renaud, Dutronc, Nino Ferrer, Polnareff. Dans l'écriture, je revendique ces pères. On est vraiment au confluent de ces cultures-là.

Arcadie, c'est pour caractériser les deux facettes distinctes du groupe ?
Nicolas : Cela signifie à la fois paradis terrestre et paradis perdu. On est dans une notion à double fond, un peu comme le yin et le yang appliqué à la mythologie grecque. Ce titre exprimait bien notre volonté de faire un disque à la fois joyeux et profond sur certains titres.

Un certain contraste significatif entre des mélodies ensoleillées et des textes graves...
Frédéric :
On aime les télescopages entre le fond et la forme. La mélodie de Toi qui peines au bureau est chaloupée, hawaïenne et propice à l'évasion alors que le texte est lui assez engagé. C'est une carte postale d'un actionnaire à ses ouailles, qui les remercie de financer ses vacances à l'autre bout du monde. Dans notre engagement, il n'y a pas de poing brandi ni de militantisme. On est dans le divertissement, tout en ayant des choses à dire.

Souffrez-vous parfois de n'être réduit qu'à la légèreté ?
Frédéric : C'est certain qu'on l'a déjà entendu, notamment chez les gens qui s'arrêtent à L'été revient ou Le bonheur. Par contre, quand ils viennent nous voir sur scène ou achètent l'album, ils ont un autre éclairage. Sur ce disque, il y a des morceaux très rock, d'autres guitare-voix, des montées de violon épiques, des cuivres... Le problème, c'est qu'il faut dégager une chanson au moment de la sortie du disque et celle-ci n'est pas toujours la plus représentative de l'ensemble.
Nicolas : Il y a un vrai soin apporté à la langue. Tant pis s'il y a des gens qui restent en bordure de la route. Nino Ferrer, par exemple, est passé par là. La profondeur, par définition, il faut aller la chercher.

Dans l'écriture, peut-on dire qu'il y a une volonté chez vous de humer l'époque ?
Nicolas : Il faut une espèce de radar. Souvent, on essaie de prendre une photo de l'époque dans laquelle on vit. Dis-le nous parle d'un ami gay qui n'ose pas faire son coming-out. On vient de la Mayenne et l'homosexualité dans certains villages là-bas est encore tabou. Allons enfants est une chanson pour tous les gens qui sont dans la précarité. C'est à la fois un chant de résignation et d'impulsion.

Comment est né Le grand jour, chanson qui évoque une journée de bonheur dans la semaine d'enfants hospitalisés ?
Frédéric : On a vécu ça par rapport à un jeune copain qui est maintenant décédé. Ce sont des émotions enfouies qui renaissent. On a perdu aussi un autre proche au moment où on était en plein dans la chanson.
Nicolas : Pour le texte, j'ai essayé d'aller dans le côté impressionniste. Ne pas évoquer la maladie frontalement et éviter le pathos. Il fallait sortir de tous les clichés ou du vocabulaire médical. J'ai préféré avoir recours à des images pour décrire l'atmosphère. Être dans le sensible et non pas dans la sensiblerie.

Dans Ça fly away, vous taclez les artistes français qui chantent en anglais. N'avez-vous pas peur d'éventuelles répercussions ?
Nicolas : J'ai reçu deux messages virulents de fans de Shaka Ponk. Après, on n'a rien contre eux. En été, on entend des niaiseries de refrains pas possibles. Aussi à chaque fois que nous étions nommés aux Victoires de la Musique, nous nous sommes retrouvés face à des artistes qui chantaient en anglais. C'est quand même assez curieux. Ce n'est pas du patriotisme écervelé. Ce qui nous agace, c'est de les entendre dire qu'ils n'ont pas de culture française et s'en fichent royalement. Je n'aime pas non plus l'argument qui dit qu'on est fermé sur le français et qu'il faut s'ouvrir à d'autres cultures. Chanter en français, c'est précisément souscrire à un plaidoyer pour la diversité des langues.

Vous avez écrit la chanson A l'abri du monde en 2012 pour Johnny Hallyday. Une petite consécration ?
Nicolas : Disons que les sceptiques de notre famille nous ont pris davantage en considération dès qu'ils l'ont appris (rires). On a fait ça sans pression pendant qu'on était en tournée. Et on a eu la bonne surprise d'apprendre que notre chanson était retenue.
Archimède Arcadie (Jive Music/Sony Music) 2014
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