Autour de Lucie relance la machine

Autour de Lucie relance la machine
Autour de Lucie © E. Plongeon

Le collectif, emmené désormais par Valérie Leulliot et Sébastien Lafargue, avait donné de ses nouvelles il y a deux ans à travers un titre sorti lors du Disquaire Day. Après onze ans de silence, le voilà enfin bel et bien de retour avec un fringant cinquième album qui a le potentiel de le ramener du côté de la lumière. Interview de sa charismatique chanteuse, seule membre d'origine de Autour de Lucie.

RFI Musique : Qu'est-ce qui vous a poussé à sortir Autour de Lucie du sommeil ?
Valérie Leulliot : Au moment de la sortie de mon album solo Caldeira en 2007, il y avait beaucoup de questions sur ce retour. Moi, je n'en savais strictement rien. Je vivais le moment présent. C'était un album très acoustique, folk, intérieur. Ensuite j'ai fait Frère animal avec notamment Florent Marchet et Arnaud Cathrine, projet qui mélangeait théâtre, musique et lecture. Cela m'a fait bien d'être dirigé et de n'avoir qu'un rôle d'interprète. On a tourné durant trois ans à raison d'une date par mois en moyenne. Pendant ce temps-là, je continuais à écrire des chansons. Quand j'ai commencé à travailler avec Sébastien Lafargue, des sonorités très années 80 sont arrivées, des envies un peu dans l'air du temps. Les morceaux sonnaient comme du Autour de Lucie.

Considérez-vous cela comme une forme de renaissance ?
Plutôt une continuité dans le renouveau. Il y a de nouvelles personnes. Sébastien était déjà là sur le quatrième album, mais plus en tant que bassiste. Là, il tient les manettes avec moi. Donc, c'est encore autre chose. Certains ont dit que Sébastien était déjà présent sur Caldeira, mais ce n'était pas la même démarche. J'étais arrivé juste avec des textes et lui, faisait les musiques. Par contre ici, je suis plus dans l'écriture des musiques, des mélodies. C'est parce que il y a eu finalement Caldeira que j'ai pu revenir à Autour de Lucie. Avec du recul, j'en ai désormais conscience.
 
Cette échappée solo a donc été bénéfique...
En 2004, l'avenir d'Autour de Lucie n'avait pas de sens parce que ses membres de l'époque commençaient à aller dans d'autres directions, à se lancer dans des trajectoires parallèles. J'ai préféré faire un break et me ressourcer musicalement. L'envie d'écrire est alors revenue progressivement.
 
Pourquoi avez-vous attendu deux ans entre le single Ta lumière particulière et la sortie de l'album ?
Parce que l'album n'était pas terminé. J'ai eu envie de sortir spontanément ce titre pour marquer le coup. C'est très compliqué aujourd'hui de faire un disque. On veut soit de la nouveauté, soit des gros vendeurs. Moi je suis pile au milieu. Je me vois comme un artisan qui creuse un sillon depuis vingt ans. Je rencontre les mêmes problèmes que les signatures indépendantes. Il faut trouver par soi-même le financement pour pouvoir faire ses projets. Il existe des gens encore passionnés par la musique et on a eu la chance d'en rencontrer. Voyant que les maisons de disques tergiversaient, notre tourneur a ainsi décidé de produire le disque.
 
Sébastien Lafargue, c'est votre alter ego musical ?
C'est une belle rencontre artistique. On est tous les deux autodidactes et très portés sur le côté voyage musical, un peu comme une bande originale de film. Cela m'inspire et me donne des idées de textes. On n’avait personne derrière nous donc on pouvait aller là où on avait envie. Ce disque est plein de défauts assumés. Il y a de longues plages musicales qui nous tenaient à cœur, de petits accidents qui mettent en valeur l'histoire. Lui, comme moi, n'aimons pas le côté trop propret.
 
On retrouve ces machines, ces guitares, cette poésie française. Un retour aux fondamentaux ?
J'essaye de garder un pied dans le classique sans être hermétique et sans être dans la redite.
Il y a toujours deux lectures dans mes textes, une façon de brouiller les pistes. Après, j'aime beaucoup l'énergie des guitares, le mélange des batteries-machines. Cela me manquait après Caldeira, mais c'était un parti pris. Certains sont perdus avec Autour de Lucie car ce n'est ni de la chanson française ni totalement de la pop. C'est une espèce de mariage qui relève un peu du fantasme. J'ai toujours aimé des mecs comme Daho, Bashung ou Murat. C'est ce chemin-là qui m'intéresse.
 
Le format court neuf chansons, c'est aussi un parti pris ?
J'en ai beaucoup discuté autour de moi. Comme on écoute différemment la musique, pourquoi faire aujourd'hui un disque de quinze chansons. Les gens sont plus dans une approche zapping, ils se font des playlists. Qui écoute désormais un album dans sa longueur ? Cela a moins de sens, selon moi, d'en sortir un. Sauf que les médias sont encore dans ce schéma-là. Donc si on veut exister, il faut en passer par là.
 
Comment expliquez-vous que vous restez le seul membre originel du groupe ?
Autour de Lucie, ce n'est pas un groupe, mais plutôt un collectif dont je suis la taulière. Ce sont les rencontres humaines et artistiques qui sont déterminantes. À un moment donné, il y a eu un noyau dur, mais ce sont en quelque sorte des CDD. On n'a jamais eu un succès énorme, donc c'est compliqué de maintenir le bateau à flot.
 
La suite, c'est Valérie Leulliot ou Autour de Lucie ?
C'est la grande inconnue (rires). Ce n'est pas mal finalement cette situation. Avec Sébastien à la guitare et Antoine Kerninon à la batterie, on a déjà énormément envie de faire vivre ce disque par le live. Puis, on verra en temps voulu comment s'inscrit la suite.

Autour de Lucie Ta lumière particulière (PBox Music) 2015

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