Aaron, le bruit et la lumière

Aaron, le bruit et la lumière
Aaron © F. Berthier

Après une longue pause, le duo Aaron signe un nouveau chapitre de son histoire avec We cut the night, troisième album studio du groupe. Un disque de contraste, intime et dansant, massif et atmosphérique, inspiré par le voyage, les grands espaces et le chaos urbain. Rencontre.

L’époque de U-Turn (Lili), hit hexagonal paru en 2006 sur la bande originale du non moins célèbre film Je vais bien, ne t’en fais pas, semble déjà loin ! Presque dix ans plus tard, le duo Aaron (Simon Buret et Olivier Coursier) a su déjouer les pièges du succès massif et de l’inévitable perte d’inspiration, prenant le temps nécessaire pour se réinventer entre chaque album.

Il y a cinq ans, ces éternels complices choisissaient, avec Birds in a Storm, de frotter leur électro pop romantique à des guitares électriques sombres et arides. Premier tournant, largement suivi par le public, et double Disque d’or à la clé. S'en est suivi une longue période de hiatus, interrompue par un nouveau succès avec le live Waves from the road en 2011, puis la BO du film Les yeux fermés de la jeune réalisatrice Jessica Palud. Le cinéma n’est jamais loin.
 
Cinq années furent donc nécessaires pour livrer ce nouvel album studio, We cut the night. Le fruit de retrouvailles artistiques après de nombreux mois passés à voyager, vivre et reconstruire lentement l’inspiration. "Il était important pour nous que l’album marque des émotions, des moments de révélation, même fugitifs, explique Simon, le chanteur. Pour cela, nous avions besoin de vivre entre les deux albums. Nous avons fait beaucoup de voyages tous les deux, partout dans le monde. Il y avait cette recherche d’un absolu, une quête un peu mystique."
 

Nocturne et charnel
 
Il y a près de deux ans, le duo décide de se lancer dans l’écriture et l’enregistrement de l’album. Le détonateur ? Le titre Blouson noir, et son atmosphère nocturne et légèrement décadente, inspiré par un boulevard new-yorkais traversé au cœur de la nuit. "Cela faisait un an que l’on ne travaillait plus ensemble. J’avais ce texte un peu noir, charnel, inspiré par un voyage à New York, et Olivier travaillait à cette matière musicale très synthétique, enveloppante. Nous avions les mêmes envies. De là est né We cut the night."
Pendant une année, "quasiment tous les jours", le duo se retrouve pour peaufiner, méticuleusement, la production de l’album, dans le nouveau studio d’Olivier. "C’est la première fois que l’on a le luxe de travailler dans un véritable studio, explique le compositeur du groupe. Les précédents albums avaient été conçus dans mon appartement. On en a profité pour explorer au maximum les possibilités de production, rechercher de nouveaux sons, travailler intensément la texture sonore."
 
Voyages et atmosphères
 
Et premier constat, à l’image de Magnetic Roads ou du single Onassis, inspiré par "un vol d’oies sauvages vers le soleil en plein hiver glacé à Central Park", le groupe ne s’est jamais aventuré aussi loin dans la recherche d’un son à la fois large et massif, atmosphérique et très immersif. "Nous voulions un album que l’on puisse écouter chez soi, dans l’intimité, mais également à fort volume, pour danser, précise Simon. Une musique pour la tête et les jambes !" Le puissant et aérien Invisible stains est peut-être l’exemple le plus parfait de cette symbiose entre la sensation de grandeur et le propos intime, la musique et l’image. "Nous étions à Essaouira, au sortir du désert. Nous avions envie de reproduire cette sensation de vide absolu, ce contact avec l’environnement purement minéral".
 
Nuit, solitude, recherche de la lumière et sentiment d’absolu… Les thèmes des chansons, à l’ambition poétique affichée, prennent corps dans le travail visuel réalisé autour du disque : une constante dans la carrière du duo. "Nous sommes toujours impliqués totalement dans le graphisme et la promotion de nos albums, explique Simon. Tout doit nous ressembler, à 100%." Le teaser vidéo, véritable préface au disque mettant en scène John Malkovich en personne, en est un exemple imposant. "Personne d’autre ne pouvait incarner aussi bien que lui notre univers. Il possède cette voix si forte, et une aura surréaliste que l’on retrouve dans les chansons."
 
Plus poussé et réussi dans le travail de production que les efforts précédents, We cut the night est en définitive l’album d’Aaron le plus proche de cet idéal de musique cinématographique  que le duo poursuit depuis ses débuts. L’aventure se poursuit…
 
Aaron We cut the night (Cinq7/Wagram) 2015
Site officiel d'Aaron
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En concert le 25 novembre à l'Olympia à Paris.