Dylan revisited, quand les Français s'en mêlent

<I>Dylan revisited</I>, quand les Français s'en mêlent
© Sandy Speiser

La Cité de la Musique à Paris revisite jusqu’au 15 juillet la vie et les chansons de Bob Dylan, avec une exposition centrée sur ses années 60, Bob Dylan, L’explosion rock, et ces jours-ci avec une série de concerts, Bob Dylan Revisited. Des songwriters français (et leurs découvreurs) nous racontent leur Dylan et exposent en creux leur vision de la musique.

Il y a quelques temps, un film I’m not here (1), présentait la vie de Bob Dylan à travers plusieurs personnages : parmi eux, un jeune amoureux, un cowboy solitaire et une icône du rock. Ce fantôme aux lunettes noires et aux cheveux en bataille est celui qu’on a vu apparaître en France en mai 1966. C’est en partie celui qui est au programme de l’exposition Bob Dylan, l’explosion Rock 61-66 jusqu’au 15 juillet à la Cité de la musique. Mais le cinéma l’a bien montré, il n’existe pas un seul et même Dylan et une série de concerts, du 6 au 10 mars, dit ce qu’il y a eu avant, raconte le pendant et imagine d’autres visions du chanteur. Au casting de ces dates : Moriarty, Herman Düne, Sophie Hunger et Syd Matters.

Le groupe Syd Matters s’attaque le 6 mars à "une histoire de Bob Dylan" et à l’essence de Dylan, ce puzzle qu’il faut sans cesse reconstituer. Pour cela, Jonathan Morali a composé en compagnie de son groupe et d’invités comme Bertrand Belin, une bande à géométrie variable qui a pioché "dans l’immensité de l’œuvre". "J’ai surtout découvert Dylan à travers les musiciens que j’écoutais, explique le chanteur de Syd Matters, et pour ce concert, je l’ai redécouvert par les reprises qui en ont été faites, qu’on trouve sur You Tube. J’aime beaucoup quand les femmes chantent ces chansons. Lorsque Nina Simone interprète The Times They Are A-Changin’, il y a presque quelque chose d’universel."

Que ce soit dans ses classiques (Blowin’ In The Wind, I Want You, All Along the Watchtower) ou dans les contre-allées d’un répertoire qui alterne les grands albums et le beaucoup moins bon, la solidité de l’écriture impressionne toujours nos songwriters. David Herman Düne constate : "Avec Bob, tu ne peux pas te tromper. Les couleurs changent d’album en album mais je le trouve plutôt constant dans sa façon d’écrire, comme Roy Orbison, comme les Everly Brothers. On trouve toujours des bijoux dans tous ses disques. Ceux des années 60, Blonde on Blonde, John Wesley Harding, ceux des années 80/90, et ceux des années 2000 comme Modern Times." Herman Düne qui reprend le titre Shot Of Love dans ses concerts, joue le 10 mars l’album du même nom. Shot Of Love "marque au début des années 80 la fin de la période chrétienne et le retour au Dylan d’avant".

Clermont clairement Dylan

Depuis l’Auvergne, Didier Veillault, le directeur de la coopérative de Mai, montera à la Cité de la musique, c’est certain. "Je peux me tromper mais à Clermont-Ferrand, l’influence de Dylan a dépassé celle des Beatles", explique celui qui avec quelques autres (Murat, etc.) a donné Clermont ses galons rock. À 58 ans, Veuillault poursuit toujours ce rêve de faire jouer Dylan à la Coopérative de Mai et il n’est sans doute pas très objectif. Il n’en reste pas moins que ses mots sont révélateurs. La ville qui a été mise en lumière grâce à l’explosion de Cocoon et au folk soigne ses jeunes pousses rock comme Mustang, et reste attachée à la poésie des songwriters d’ici ou d’ailleurs.

Kütüfolk, fondé en 2006 par quatre musiciens de Clermont-Ferrand, est sans doute l’une des traces les plus significatives de ce phénomène. Ce petit label dans lequel "le folk n’est pas cette musique bio, aseptisée" a signé Zak Laughed, petit prodige de dix-sept ans très inspiré par Dylan et qui le cite volontiers, non pas pour ses débuts acoustiques inspirés du protest singer Woody Guthrie, mais pour sa liberté.

"J’ai découvert Dylan sur le tard, reconnaît François Régis-Croisier, la trentaine, plus connu sous le nom de St. Augustine. J’adore ses textes et surtout, cet état d’esprit négatif qui lui a permis d’échapper aux cases dans lesquelles on a voulu le ranger. Il y a chez lui cette idée de ne pas rester sur place. J’ai en tête les images du festival folk de Newport où Dylan (le 25 juillet 1965) passe de l’acoustique à l’électrique et fait scandale. C’est un sacré héritage pour un musicien. La période Highway 61 Revisited, Bringing It All back home, en 1965, reste pour moi LA période. C’est impensable aujourd’hui qu’une chanson ait autant d’impact que Like A Rolling Stone."

Des rives du Mali au North Country

Quelques centaines de kilomètres plus au sud-ouest, Sean Bouchard, le patron du label indépendant Talitres -modèle de Kütüfolk- concède volontiers ne connaître de Dylan que ses grandes lignes. L’ancien ingénieur agronome basé à Bordeaux avoue aussi avoir aimé l’histoire de Bob Dylan telle que l’a racontée l’écrivain François Bon (2) mais surtout, avoir eu des visions de Dylan dans les songwriters américains et français découverts depuis 2000 : The National, Walkmen, Frànçois & the Atlas Moutains, etc.

L’un des plus étonnants est Yann Tambour dont le projet Stranded Horse est un mélange de kora et de folk à l’anglo-saxonne qui suit autant les rives du Mali que celles du North Country, où a grandi Dylan... À propos, le film sur la vie de Dylan, s'appelait donc I’m not there. Je ne suis pas là. Et c’est sans doute parce qu’il est ou a été chacun de ses personnages que Dylan laisse chaque jour qui passe sa marque dans la musique rock.

Exposition Bob Dylan L’explosion Rock 61-66, du 6 mars au 15 juillet, à la Cité de la musique.
Concerts Bob Dylan Revisited, du 6 au 10 mars. Le 6 mars, Syd Matters A history of Bob Dylan, le 8 mars, Moriarty Before Dylan, le 10 mars, Herman Düne joue l’album Shot Of Love, les 7, 8, 9 mars, Sophie Hunger Bob Dylan-Be part of my dream, à 20 heures à la Cité de la musique.

(1) I'm not here, film de Todd Haynes (2007)
(2) François Bon Bob Dylan Une biographie (2007).