Raggasonic remonte au front

Raggasonic remonte au front
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Le temps de la réconciliation a sonné pour Daddy Mory et Big Red, le duo de Raggasonic, hérauts de la scène raggamuffin française dans les années 90, récompensés par deux Disques d’or. De nouveau réunis sur scène depuis trente mois, les voilà qui refont parler la poudre avec un album sobrement mais logiquement intitulé 3, fidèle au son et au verbe qui leur fait la réputation de leur duo.

RFI Musique : Pour ce nouvel album qui sort quinze ans après le précédent, avez-vous voulu reprendre les choses là où vous les aviez laissées où avez-vous eu une autre démarche ?
Big Red :
On a voulu reprendre contact avec Raggasonic, avec nos supporters, avec ce qu’on sait faire : le ragamuffin classique. Une époque qui nous colle. L’album qui sort a un premier visage, et il y en aura d’autres : celui qu’on va défendre sur scène et celui qui sera apporté par les remixes. Pour retrouver l’essence de Raggasonic après tant d’années, on avait besoin de Frenchy pour le côté musical. Ce qui est nouveau, c’est qu’on n’a pas travaillé seulement avec lui.

L’album était-il déjà prêt dans vos têtes au moment d’entrer en studio ?
Mory 
: Il s’est fait pendant qu’on tournait, par petites tranches de deux ou trois jours. Donc, c’était un peu long. Tous les textes ont été écrits en studio.
Big Red : Ce qu’on vise, c’est la spontanéité. Quand on arrive en studio, on écoute le riddim (musique, NDR), on voit ce que ça nous inspire individuellement, on se concerte, on gratte les textes sur un papier et on pose nos voix. Pour être le plus cash possible. Histoire de ne pas se formater, de ne pas revenir sur ce qu’on a fait. Du one shot, à l’ancienne. Ça évite bien des prises de tête, concernant le formatage, la direction de l’album, l’assemblage des morceaux... On a passé l’âge de remplir nos cahiers avec des textes, chez nous, tout seul.

Travailler ainsi, qu’est-ce que ça change quand on écoute a posteriori la chanson finie ?
Big Red :
Ça dépend de ce que tu veux qu’on ressente en premier sur le morceau, si c’est important pour toi que les gens sentent que tu es vrai, cash, que tu écrases le riddim. Moins on cogite, et plus on est à l’aise, plus on peut faire sortir le style qu’on cultive depuis une vingtaine d’années. Pas en préméditant. Surtout avec nos cerveaux troués !

Qu’est-ce qui est différent depuis le deuxième album de Raggasonic ?
Big Red :
Moi, j’ai plus mal au dos, j’ai des cheveux un peu gris et 40 balais ! Et toi, Mory ?
Mory : J’ai des enfants qui sont adolescents mais la vie n’a pas trop changé. On essaie de rester les mêmes. On a pris un petit coup de vieux, mais tant mieux.

Est-ce l’esprit des paroles "La vie n’est pas si facile mais si tu veux mon avis, vis-la à fond" que vous chantez sur un titre de l’album ?
Big Red :
Cette phrase, il a attendu d’avoir quarante ans pour la dire. Avant, il n’aurait pas pu.
Mory : Je ne vais pas mentir : j’ai toujours rêvé d’avoir 40 piges. On m’a toujours dit qu’à 20 ans, tu es un gamin ; à 30 ans, tu es un jeune homme et à 40 ans, tu es un homme.

A l’époque de vos premiers albums qui ont connu un vrai succès commercial, le marché du disque se portait bien. Entre temps, la situation a beaucoup changé. Comment vous abordez ce sujet ?
Big Red :
Nous sommes vraiment contents de voir l’industrie du disque se casser la gueule parce qu’on sait très bien que les majors ont gratté tout ce qu’elles ont pu sur nous. Les artistes ont toujours été les derniers à être payés, et avant de l’être, il y avait une quinzaine de personnes, si ce n’est pas une cinquantaine, qui se rinçaient. La musique, avant tout, est faite pour circuler, donc Internet est arrivé à point nommé pour qu’on ait accès à tous les sons qu’on veut écouter, à toute heure de la journée. On ne peut que se réjouir de cette situation-là. On est revenu à la mode du "do it yourself". Et si ton travail est méritant, au final, ça paiera.

Quel a été votre premier sentiment, quand vous êtes remontés ensemble sur scène à Marmande en 2010 ?
Mory :
On se demandait qui serait là. Des anciens, des nouvelles têtes ? En fait, c’était les deux. Ça nous a fait chaud au cœur et ça nous a motivés. Ça nous a montré que la mission dans laquelle on s’était engagé, apporte quelque chose de positif à la musique française.
Big Red : La musique, c’est irrationnel. On n’a pas compris ce qui nous arrivait. Il y avait plus 20.000 personnes, une marée humaine incroyable. Ce festival Garorock, à Marmande, c’était aussi le denier concert qu’on avait fait ensemble en 98. Le boss du festival est un pote, et il avait envie de nous reprogrammer. Tout ça, c’est une histoire de cœur. Et ça existe encore.

 
Raggasonic 3 (Believe) 2012
 
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