Youness et les déclinaisons du raï

Youness et les déclinaisons du raï
Youness, 2015. © DR

À l’affiche du concert anniversaire des 30 ans du raï en France organisé à Paris le 29 janvier 2016, Youness n’était encore qu’un tout jeune enfant lorsque Khaled et Cheb Mami signaient les débuts officiels de ce genre musical dans l’Hexagone. Avec Ayami, son deuxième album, ce chanteur marocain passé par la version française de l’émission The Voice en 2014 conforte sa position parmi la relève.

RFI Musique : Pourquoi avoir fait de la devise de votre pays le premier morceau de ce nouvel album, scandée en chœur par la foule, dans une ambiance de stade de foot ?
Youness
 : Comme tous les Marocains, j'aime beaucoup mon roi, Mohamed VI. C'est notre fierté. Et j'avais toujours ce souhait de chanter pour mon pays. Sur le premier album, ce n'était pas le moment, mais il y avait quand même Bladi Bladi, ("Mon pays, mon pays"). Cette fois, j'ai fait un duo avec le peuple marocain. Je n'ai pas choisi un chanteur, mais vraiment le peuple, qui répète avec moi : "Dieu, la partie et le roi". Avec Hicham Khatir, le coauteur et co-compositeur qui avait déjà travaillé sur mon premier album Safar, on voulait que ce soit différent de ce qu'on écoute en ce moment. Ça nous a demandé trois semaines de travail pour une seule chanson. Aujourd’hui, au Maroc, ça tourne sur toutes les radios.

En quoi ce nouvel album est-il, pour vous, différent du précédent ?
Il est carrément à l’extrémité opposée. Le premier album était un peu sentimental. Il racontait mon départ du Maroc vers la France, avec ma valise et ma guitare, quand j’errais en plein Paris, sans ma famille. C'est ce que décrit la chanson Ramdane, quand j'étais tout seul. C'était un peu triste, mais il ne s’agissait pas que de mon cas, je chantais aussi ce qu'ont vécu d'autres jeunes. Celui-ci est plus festif. Ayami, ça veut dire "Mes jours". Dans une même semaine, chaque jour est différent, chaque jour a son histoire. Comme les chansons de mon disque. Aucune ne ressemble à une autre : rock raï avec Allah al Watan al Malik, soul raï avec Savoir Vivre, pop raï ensuite...
 
Une grande partie du morceau Jatni Fi Bali est en français. Avez-vous envie de développer cet aspect dans votre répertoire ?
Dernièrement, j'ai pensé reprendre un titre d'Édith Piaf ou de Dalida. J'aime les chansons qui demandent des capacités vocales. Sur The Voice, en 2014, j'avais interprété Tous les mêmes de Stromae en duo-duel avec Kendji Girac – j’avais perdu contre lui d’ailleurs (Kendji Girac remportera le concours quelques semaines plus tard, ndlr). Et ma toute première chanson, qui s'appelait Aimer, était aussi en français. C'était en 2003, quand je venais de gagner la Star Academy au Maroc. Cette culture francophone, c’est grâce à mon père qui était scolarisé dans une école où il n'y avait que des Français.

Si votre premier single date de 2003, à quand remonte votre première scène ?
C'était à l'âge de sept ans, lors de la Fête du trône. Grâce à ma prof d'école. Un jour, elle m'avait demandé de faire une multiplication, mais je n'avais pas appris ma leçon à la maison. Elle m'a dit : "Si tu ne sais pas faire ça, qu’est-ce que tu sais faire ?" Je lui ai répondu que je savais chanter. Et elle a voulu que je lui montre. Alors je me suis levé, je me suis mis à chanter et elle était impressionnée. C’est là que tout a commencé parce qu’après, pendant les récréations, je chantais pour les enseignants, alors que moi, je voulais surtout jouer avec mes camarades de classe !
 

Youness Ayami (MLP) 2015
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