Rim'K

Rim'K

Et de trois ! Voici Chef de famille, troisième album solo de Rim'K, rappeur échappé pour un temps du 113, qui propose ici 17 morceaux au son imposant et aux mots choisis.

"On n’est pas des anciens, frérot, on est des tauliers !", lance Rim'K dès le premier morceau de ce troisième album solo, sûrement le plus accompli. La suite défouraille sur un violent breakbeat. Un extrait ? Le voici : "Les MCs, les groupies, le public m’appellent Tonton/Ils connaissent mon portrait rebeu, mon portrait robot/J’arrive seul, je n’ai que ma mère et ma kalachnikov/Putain d’époque, les Yougos de Paname m’appellent Rimkov". À peine Rim'K a-t-il dressé ce Portrait Robot de lui-même qu’il embarque l’auditeur dans une grosse heure de musique ponctuée de shoots d’adrénaline, de tubes calibrés dancefloor et de grands moments, comme cette Urbaine poésie qui accueille la voix de basse de Grand Corps Malade et s’offre un superbe refrain signé Toma.

Sur les 17 chansons de cet album ample et généreux, Rim'K n’a pas hésité à élargir la gamme de ses instrumentaux. Là où le 113 faisait dans le rap hardcore avec des envolées électro, Rim'K solo visite le bled, titille le funk et fait des incursions dans la chanson. Sans oublier de "racailler", bien sûr, le meilleur exemple de cette fascination pour le monde de la délinquance étant évidemment Call Of The Bitume, le duo avec Booba qui multiplie les punchlines saignantes, comme un duel de fines lames microphoniques joutant dans l’arène du studio. Classico, clippé à Ketama (Maroc) par Chris Macari, est un autre pilier de ce disque touffu. Un titre où Rim'K joue les voyous, avec cette rime qui marque : "Je crée une nouvelle ligne de vêtement, je fabrique des gilets pare-balles/Du haut de ma carrière, je peux pas les voir du haut de la montagne".

Pour défendre ce nouveau projet, Rim'K était venu au China Club de Paris début juin présenter en showcase live quatre ou cinq morceaux. Surprise : ce grand fan des samplers et du hip hop classique était accompagné d’un groupe de musiciens. Une discussion avec le rappeur nous apprend que l’élément déclencheur de cette évolution musicale a été la série de concerts acoustiques donnés par Kéry James aux Bouffes du Nord. "Les machines, c’est nase, j’ai envie de faire plus de musique maintenant", disait avec une lueur de malice dans les yeux ce vétéran du rap vitriot.

On eut ainsi l’occasion de s’apercevoir que les titres de Chef De Famille passaient bien la barre de la scène. Le hit des clubs est évidemment Tonton Music Club, featuring Francisco, avec ses multiples références au funk des années 80, et la présence de l’énigmatique Kader Japonais sur le remix. I Love My Bled (featuring Nassi) est explicite, et on déplorera juste quelques morceaux moins forts, logique pour un disque aussi long (17 chansons, plus Rimkavinsky (En Exil) en bonus digital).

Depuis ses débuts à la cité Camille-Groult de Vitry, depuis le premier EP du 113 avec AP et Mokobé, Rim'K a gardé la même passion, le même goût pour le son et les mots. Cet album en est le vibrant témoignage. Un disque lourd pour ceux qui aiment le rap français de qualité, celui qui pue la rue et l’authenticité.


Rim'K Chef de famille (Jive Epic/Sony Music) 2012
En concert à la Cigale à Paris le 30 octobre 2012