Disiz, le chemin vers la lucidité

Disiz, le chemin vers la lucidité
Disiz © Johann Keezy Dorlipo

Révélé avec le fameux J’pète les plombs, single virtuose et carte de visite en or pour ce jeune aspirant à la gloire rapologique, Disiz a depuis, fait son chemin : une participation à la BO du film Taxi 2, un second album qui connaît un échec commercial cinglant, une reconversion en Peter Punk (son alias pour un album à la frontière du rock), deux romans et un disque marquant ses adieux au rap, Disiz The End. Et puis Disiz a finalement décidé de revenir sur le devant de la scène rap, ce dont chacun pourra se réjouir vu la qualité d’Extra-Lucide.

Le trajet compliqué et passionnant de Disiz est celui d’un enfant du rap qui depuis tout petit est fasciné par cette culture, plus que par l’argent qu’il peut en tirer. "J’aime vendre des disques et emmener mes enfants en vacances, l’argent je ne suis pas contre, mais les raisons pour lesquelles j’ai fait du rap au départ, ça n’était pas ça. Je ne voulais pas être en poster dans la chambre des jeunes, je voulais échapper à ma condition de petit mec métis timide, seul avec sa mère, pas réputé pour la bagarre, qui travaille bien à l’école. Je voulais faire l’intéressant, qu’on me regarde et qu’on dise que je suis un putain de rappeur. Être comme JoeyStarr et Public Enemy. Je prenais tous les jours le train depuis Evry pour aller à Paris, trouver des plans, économiser pour acheter les magazines L’Affiche, 1Tox et Get Busy, j’étais à fond là-dedans. Mon rêve, c’était d’avoir un article dans ces journaux-là. Avec les 200 francs que j’ai eu à Noël de toutes mes tantes réunies, je suis allé dans ma ville à la Halle du Rock, le seul endroit où je savais qu’il y avait un studio, pour enregistrer une maquette".

L’écoute du premier single du nouvel album montre le chemin parcouru : Best Day, au refrain américain chanté par Autumn Row, qui a travaillé aux Etats-Unis avec des pointures comme Alicia Keys, est l’alliage idéal entre le grand public et la qualité artistique. Une sophistication qui ne doit pas faire oublier que Disiz garde des goûts simples : "J’aime une batterie, un flow, un sample. C’est la base du rap, j’aime cette immédiateté. Quand la boucle ne tombe pas juste au bon endroit, comme sur J’Pète Les Plombs, c’est ce qui me plait. En même temps, je fais ça depuis quinze ans, et la routine ça devient chiant. Donc au début, ça commence comme ça et puis ça évolue. On emmène les gens ailleurs. La force d’un musicien, ça apporte quelque chose".
 
Disiz n’est pas un rappeur qui se laisse placer dans une case. Ni "rappeur conscient", ni obsédé par la rue ou par le matérialisme. Une ligne de la chanson Extra-Lucide, celle qui donne son titre à l’album, évoque de façon discrète la religion : "Loin du fake bonheur, on fuit les Blade Runners/Dieu comme bodyguard, mais qui est Kevin Costner ?" Pour parler de ça, Disiz évoque la littérature. "La spiritualité est essentielle dans ma vie, c’est ce qui m’a remis en selle. Et ça m’a été inspiré par Tolstoï ! Son livre Ma confession, ma religion m’a autant apporté que l’autobiographie de Malcolm X. Ça correspond exactement à ce que je pense, sauf que je ne veux pas être ennuyeux avec ça. Je sais que beaucoup de gens qui m’écoutent ne sont pas religieux ou d’une autre confession, et je ne veux pas être prosélyte".
 
La question que l’on peut se poser en ces temps de crise du disque : Disiz retrouvera-t-il le chemin du succès avec ces 20 titres ambitieux ? On peut le penser, d’autant que la maison qui le défend désormais est le label historique du rap US, Def Jam, fondé voilà plus d’un quart de siècle par Rick Rubin et Russell Simmons, deux pionniers du genre. "Def Jam, pour moi c’est LE label rap, et quand le buzz s’est recréé autour de moi après le petit succès de mon EP Lucide, pas mal de labels m’ont appelé. Celui qui m’a contacté le plus vite, c’est le boss de Def Jam France, Benjamin Chulvanij. J’ai rencontré tout le monde, mais lui avait un franc-parler. On a des convergences : il veut vendre des disques, je veux qu’on m’entende. Et tant qu’on ne me demande pas de changer ce que j’ai envie de dire pour vendre plus, tout va bien".
 
Plus en forme que jamais, Disiz signe avec ce nouvel opus le plus surprenant come-back hip hop de ces dernières années. Son concert parisien au Bataclan le 27 novembre prochain sera l’occasion de vérifier que Disiz est aussi à l’aise sur la scène que dans le studio. Cette fois c’est sûr : Disiz est de retour, et pour longtemps.
 
Disiz Extra-Lucide (Def Jam France/Universal Music) 2012
Concert au Bataclan (Paris) mardi 27 novembre 2012.