La mission de Médine

Medine. © M. Gadomski

Médine, pas encore tout à fait trentenaire, est un rappeur atypique et humaniste. Découvert en 2004, il sort aujourd'hui un EP intitulé Made In. Portrait d'un artiste engagé qui croit foncièrement aux vertus éducatives du rap.

 

Médine n’a jamais hésité à utiliser les images fortes pour appuyer son propos. Les mots bleus, très peu pour lui. Rappeur français d’origine algérienne né en 1984, Médine Zaouiche fait son apparition sur la scène du rap en 2004 avec un premier album titré 11 Septembre dans lequel onze invités, parmi lesquels Abd Al Malik et Wallen, évoquent ce jour où les Boeings percutèrent les tours jumelles.
 

Moins d’un an plus tard, Jihad fait encore plus fort avec un titre délibérément provocateur, au visuel menaçant (Un sabre posé devant un paysage désertique assorti de la phrase "Le plus grand combat est contre soi-même…"). Pourtant, à l’écoute des chansons de cet artiste musulman, ouvert et tolérant, on s’aperçoit bien que l’intégrisme est loin de son propos. Sa stratégie : utiliser la force de ses visuels pour amener son public au cœur du message. Sa seule arme : les mots et les images. Sa musique : le rap.
 
En 2006, Médine donne d’ailleurs sa définition du rap français : "Sais-tu vraiment ce qu’est le rap français ? Pas une machine à sous mais une machine à penser". Médine n’hésite pas à dire qu’il s’intéresse à l’histoire grâce à IAM et à la littérature française grâce à Oxmo Puccino, justifiant ainsi la fonction éducative du rap prônée dès les années 80 par les pionniers de l’ancienne école. Il est en mission.
 
"Le concept que je développe depuis une dizaine d’années dans le rap français, c’est de viser à déconstruire ce climat de panique morale, ces frayeurs et ces fantasmes qu’on se fait autour de certains symboles. Que ce soient la communauté musulmane, les jeunes de quartier ou les rappeurs. Et aussi de parler de musique, vu que c’est par la musique que je suis arrivé et que ce slogan 'Don’t Panik' a émergé. Les étudiants de Sciences-Po ont accueilli Marine Le Pen avec la phrase 'I’m a Muslim, don’t panik', c’était plus intéressant que de lui interdire de parler. Aujourd’hui, ça dépasse le cadre du rap français, c’est pour ça que c’était intéressant de le formaliser dans un livre lui aussi intitulé Don’t Panik. Je l’ai écrit en collaboration avec un chercheur et géopoliticien, Pascal Boniface".
 
Un livre sous forme de dialogue entre un homme de 56 ans connu pour ses nombreux écrits sur des sujets aussi divers que la politique française, la mondialisation dans le monde du football, la dissuasion nucléaire, le souverainisme au Québec et le conflit israélo-palestinien et un artiste de 28 ans issu des quartiers populaires. Un livre sincère, facile d’accès, destiné à répondre à quelques-unes des questions que se pose le grand public sur des enjeux de société complexes.
 
Mais comme Médine reste avant tout un artiste et un rappeur, le livre Don’t Panik, est sorti en parallèle avec un EP, Made In, histoire de patienter un peu avant l’album Don’t Panik, qui devrait voir le jour en janvier prochain. Parmi les titres annoncés, Alger Pleure et Trash Talking. Déjà visible sous forme de clip épique sur le net, Biopic invite la chanteuse Kayna Samet et livre un portrait intime de Médine, rappeur atypique, utopiste, humaniste et révolté.
 
EP Made In et album Don’t Panik (janvier 2013) (Because Music) 2012
Livre Don’t Panik en collaboration avec Pascal Boniface (Editions Desclée de Brouwer) 2012