Le soleil de Keny Arkana

Keny Arkana

Marseillaise du centre ville (La Plaine), Keny Arkana impose depuis une demi-douzaine d’années dans le panorama rap francophone son profil de guérilléro urbain du mic. Tout tourne autour du Soleil, son nouvel album paru en décembre, recentre son discours sur ses propres émotions afin de nous donner envie de ne pas baisser les bras.
 

Début janvier, personne chez Because, la maison de disques avec qui elle travaille depuis la sortie en 2006 de son premier album (Entre ciment et belle étoile), ne sait où elle est. Tout tourne autour du Soleil, son dernier album est en bac depuis un mois seulement et la rappeuse a déjà disparu des écrans de contrôle.

Keny Arkana est ainsi. C’est une artiste, pas une poseuse que l’on installe là et qu’on retrouve au même endroit. Les conventions, les révoltes en contreplaqués, la Marseillaise laisse ça aux autres. Elle leur préfère les vraies remises en cause, celles qui ne font pas que transformer le décor, mais bousculent aussi l’intérieur de chacun de nous. "Cherche en toi la force et la lumière/Cherche en toi la véritable amulette…" lâche-t-elle sur le titre qui donne son nom à l’album.
 
Personnel, voire intime, le deuxième opus de cette militante pourrait être résumé par la formule "Incarne le changement que tu veux voir en ce monde", formule qu’elle reprend au cœur d’Indignados, comme si l’activiste ne se faisait plus d’illusion quant au grand soir, comme si ses voyages au long cours en Amérique du sud, au Mexique, en Inde et au Mali l’avaient vaccinée à tout jamais.

Son Syndrome de l’Exclu évoque les barrières que l’on se crée, les murs que l’on monte autour de nous et qui nous enferment dans notre propre histoire plutôt que de nous ouvrir les portes du monde. En intro de son Indignados, elle reprend la voix de Stéphane Hessel quand ce dernier parle de colère naturelle des peuples face à la non-redistribution des richesses ; puis elle enchaine des propos forts invitant à "une révolution par le bas dans ce monde mal imbriqué".

La voyageuse n’oublie pas sa ville et lui offre sur un beat pris de tachycardie Capitale de la Rupture, une critique acerbe de l’Année Capitale Européenne de la Culture "Je ne reconnais plus ma ville/Je ne reconnais plus ma rue/Où est mon centre-ville, celui d’avant a disparu" bastonne-t-elle en guise d’intro avant de parler d’exclusions, d’écarts qui se creusent, de renfermements communautaires. Si Marseille s’embourgeoise, son hip hop conserve une rage contagieuse qui ose dire les choses.
 
Keny Arkana Tout tourne autour du Soleil (Because music) 2013
En tournée française à partir du 6 février 2013.
le 06/03/13 à Rouen, le 08/03/13 à Bruxelles, le 09/03/13 à Lille...

Site officiel

RFI dossier spécial Marseille - Provence 2013 - Capitale européenne de la culture