Lexxus Legal met en garde contre la colère du Leop’Art

Lexxus Legal met en garde contre la colère du <i>Leop’Art</i>
Lexxus Legal, 2015. © Habibou Bangré

Lexxus Legal, célèbre rappeur de la République démocratique du Congo, sort son 4e album. Léop’Art revient sur les grands défis qui attendent le pays. Dans la ligne de mire : les prochaines élections, dont la présidentielle de 2016, à laquelle le chef de l’État Joseph Kabila ne peut pas, en principe, se représenter. Lexxus Legal a assaisonné son rap avec plus de sonorités africaines et de lingala pour ce nouvel opus. Il chante aux côtés de son compatriote Papa Wemba, des Sénégalais de Positive Black Soul (PBS) ou encore de l’Ivoirien Tiken Jah Fakoly. Rencontre.

RFI Musique : Pourquoi le nom Léop’art ?
Lexxus legal :
Le léopard, d’abord, c’est l’emblème du Congo. Pour moi, en ce moment, le léopard, c’est le peuple. Les gens se disent : "Il est passif", mais au moment où il va bondir, personne ne s’y attend. Au moment où il va descendre, ça va être violent. Très, très, très violent. Et personne ne pourra l’arrêter. C’est ce que nos autorités ne comprennent pas. Et c’est ce que beaucoup de gens et beaucoup d’observateurs n’intègrent pas. Ils n’ont pas compris que pour notre indépendance, il a suffi d’un match de football, et le coup de grisou est parti. C’est parce qu’on sous-estime le silence d’un peuple. 

Qu’est-ce qui a changé par rapport aux trois précédents albums ?
Je crois que je fais toujours le même album, en mieux. Je tente juste d’être beaucoup plus pertinent à chaque fois parce que j’ai vu d’autres choses. Comme d’habitude, j’assume toujours mes albums, mais je suis très content. A Paris, on était très heureux de l’avoir présenté en grande première, c’était un challenge énorme de faire un album qui n’est connu de personne sur une scène et qu’on ait autant de réactions.
 
Quels sont les thèmes qui reviennent dans l’album ?
Il y a par exemple la chanson Léop’Art qui n'est en gros, qu’un avertissement. Il s'agit de qire que, agressé par des lois, le peuple a le droit de se défendre, c’est l’article 64 de la constitution. Il y a un morceau qui s’appelle Kongo Bololo où on rappelle que "la vraie démocratie, elle habite la rue, elle est partie de la rue, c’est la rue qui la nourrit, rit, rit, rit. C’est le peuple qui décide, cide, cide… dans une vraie démocratie". J’ai fait un morceau avec Papa Wemba : il y a une année ou deux, il y a eu beaucoup de morts à Lodja (centre) tout simplement parce que les politiciens, les barons qui sont ici à Kinshasa, avaient monté des camps. On a fait une chanson, entièrement en tetela, qui est très dansante mais pour moi, elle reste très militante, tout simplement pour tenter de réunir toutes ces communautés. Tiken Jah Fakoly quant à lui, a chanté complètement en lingala. Il demande l’unité du Congo, et il dit que quand le Congo va se réveiller, toute l’Afrique pourra se réveiller. J’ai une chanson avec PBS, avec Awadi, Duggy et Nix. On fait danser le cerveau à la place des hanches ! "Pourquoi, c’est ta maladie et tu veux que ce soit l’autre qui prenne ton médicament ? Pourquoi, c’est ta maison et tu veux que ce soit l’autre qui la construise ?" Tout le morceau tourne autour de la responsabilité de l’Africain.
 
Il y a des sonorités africaines dans votre album…
Les Sénégalais ont compris très tôt qu’il fallait ramener les instruments traditionnels pour avoir un rap alternatif au rap américain. Il y a deux groupes en Afrique centrale qui sont très en vue et qui ont commencé à faire un peu ça : c’est le groupe gabonais Mauvaise Haleine et Krotal, au Cameroun. Surtout le Congo, qui devait être moteur, est vite passé à des instruments modernes. Des guitares électriques, des synthétiseurs… Ce n'est pas mauvais. On aspirait à la modernité. Les gens sont allés très vite mais c’était au détriment de nos propres instruments. Chercher un instrumentiste pour venir te faire quelque chose dans le hip hop, c’est extrêmement compliqué, et comme moi-même, les instruments qui me parlent le plus ce sont les lokombe, les lokole… c’est souvent très dur. Donc ce qu’on a pu faire des fois, c’est utiliser des morceaux qui existent, mais j’ai évité au maximum de tomber dans la facilité, de prendre le morceau ndombolo…. Non, moi je suis toujours très, très folk.
 
La sortie de l’album sera essentiellement numérique…
Il y aura une sortie physique, qui va être limitée, et on va accentuer sur les nouvelles technologies, tout ce qu’on croit être les modèles du futur. Mais on sait très bien que la pénétration internet au Congo, ce n’est pas encore ça. Donc on ne désespère pas et on va encore capitaliser sur les concerts et sur les prestations live, espérant pouvoir vendre comme on peut !
 
Lexxus Legal Leop’Art (Racine Alternative Production/Distribution numérique) 2015
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