JoeyStarr, nouveau départ

JoeyStarr, nouveau départ
© dimitri coste

Ceux qui s’étaient arrêtés à "JoeyStarr taulard", suite à sa récente condamnation, feraient bien de changer d’opinion sur le rappeur français à l’odeur de soufre : en plus de jouer dans 4 films à sortir dans les prochains mois, Joey propose un second album solo, Egomaniac, sur lequel il invite Oxmo Puccino, Nicoletta (vous avez bien lu), Fdy Phenomen, etc. ainsi que, comme sur son premier solo Gare Au Jaguarr, son vieux pote Olivier Besancenot. C’est comme ça que Joey prouve qu’il est tout sauf "un ex-rappeur", comme ont pu le dire certaines mauvaises langues. Interview avec le jaguar gorgone, qui à 44 ans reste le plus attachant des bad boys du hip hop français.

RFI Musique : Joey, votre premier album solo est sorti en 2006. Pourquoi une aussi longue attente pour le second, Egomaniac ?
JoeyStarr : En fait, ça fait un moment que je sais ce que je veux faire et j’ai tourné presque deux ans avec mon précédent disque Gare Au Jaguarr… Ce n'était pas l’urgence, et puis je n’ai pas une maison de disques qui me presse. Je fais beaucoup de sound systems depuis la fin de la tournée. Maintenant que j’y pense, on avait commencé à se remettre sur l’album avec Dadoo (ndlr : ex-leader du groupe KDD) il y a deux ans pour le morceau Hip-Hop, mais ça n’avait pas été très concluant. C’est Kimfu (ndlr : DJ et producteur de rap) qui m’a réorienté dessus, il m’a rapporté des prods différentes. Mais je ne pourrais pas te dire ce que je faisais. Ça ne se dit pas, ça se palpe ! Hip hop 90, c’était mon mot d’ordre. Pour moi, c’est un des âges d’or du hip hop et je voulais que ça sonne comme ça. Un morceau comme On‘N On en est le reflet. Et Kimfu est arrivé avec un son confort, il m’a bluffé sur pas mal de trucs. Il y avait des morceaux qu’il m’avait fait écouter il y a trois ans, je ne te dirai pas lesquels mais qui fonctionnent encore bien. Sinon, je suis sorti du placard, une semaine après j’ai commencé à enregistrer, ça a duré deux semaines. Et tout m’est tombé sur la tête : Polisse de Maïwen, le film de Dahan, le Beigbeider, Nuit Blanche (ndlr : ses projets cinéma).

Dans l’intro d’Egomaniac, on entend le sample d’une journaliste télé qui vous présente encore comme "L’enfant terrible du rap"…
J’aime bien rigoler, c’est toujours ce qu’on a fait avec NTM, mais le sérieux l’emporte. J’aime cette posture où les gens se demandent si je suis sérieux ou si je me fous de leur gueule, ce qui est souvent le cas.

Vous chantez une reprise de Mamy Blue en duo avec Nicoletta

En fait, quand on s’est rencontré la première fois, c’était après un enterrement, et elle a chanté avec Hélène Ségara dans les chœurs. Et bien sûr, j’étais avec des mecs qui m’ont poussé "Vas-y, va chanter toi aussi !"… Donc j’ai animé pendant qu’elle chantait Mamy Blue et j’ai eu comme une révélation. Je me suis dit qu’il y avait un truc terrible à faire avec ce morceau. Déjà il y a ce que j’aime, ce truc hypnotique qui marche grave, c’est dans la mémoire collective. Et il n’y a pas si longtemps, avant d’aller au placard, je commence à faire bosser Kimfu dessus, et j’avais lu le livre de Virginie Despentes King Kong Theory. Je ne sais pas si tu te rappelles la préface, mais au départ je voulais faire Mamy Blue en adaptant la préface de Despentes. Il se trouve qu’à la prison de Fleury-Merogis, ils ne lisent pas Virginie Despentes, donc voilà. Et puis j’ai demandé à la dame, et en plus, entretemps elle est devenue copine avec ma mère. T'as ma mère d’un côté, Nicoletta de l’autre, t’as envie de te couper la gorge ! Mais elle est ultra généreuse, la meuf. Je l’ai appelée, elle est venue tout de suite. Elle a encore le truc ! Elle est surprenante. Ça la faisait délirer que je reprenne ce morceau, elle m’a dit : "C’est super beau, je vais appeler ta mère !" Ouais, bon ben tu l’appelles, tu lui diras, ne me dis rien à moi !

Vous savez que beaucoup de journalistes vont vous faire le coup de "l’album de la maturité"…
J’y ai pensé, à ce que tu dis, par rapport à Mamy Blue, Mon rôle, je savais que j’allais entendre des conneries pareilles. Hey les gars, j’ai 44 ans, fallait bien que ça m’arrive un jour !

JoeyStarr Egomaniac (Sony Music) 2011

*On le verra donc à l’écran dans Polisse de Maïwenn, L’Amour dure trois ans de Frédéric Beigbeider, Nuit Blanche de Frédéric Jardin et Les Seigneurs d’Olivier Dahan.