Assoh Babylas, le reggae d’Abomey à Sainté

Assoh Babylas, le reggae d’Abomey à Sainté
Assoh Babylas © N.Rodamel

Originaire d’un pays où le souvenir de la traite négrière est très présent comme l’illustre la Porte du non-retour à Ouidah, le Béninois Assoh Babylas a embrassé le reggae parce qu’il parle à la fois de son histoire et de son vécu contemporain. Vingt ans après ses débuts discographiques au Togo, il sort son second album Taximan conçu en France, où il réside.

Depuis Bob Marley, souvent photographié ou filmé balle au pied, l’association du reggae et du foot est devenue si prégnante qu’elle fait aujourd’hui figure de cliché. Qu’Assoh Babylas, dont la vie a été si influencée par ce sport et ce genre musical, se soit installé à Saint-Étienne, ville à jamais marquée par l’épopée des Verts et les matchs dans l’enceinte bouillante du "Chaudron", semble donc presque relever d’une forme de déterminisme.

Mais c’est davantage la musique que le ballon rond qui incite le Béninois à venir dans le Massif central en 2002, après avoir tenté sa chance aux Pays-Bas puis en Italie, à Milan. Un de ses cousins germains, Aurélien, y a développé un groupe au sein duquel il tient le micro et dont la réputation ne cesse de croître : Dub Inc, considéré actuellement comme l’un des chefs de file du reggae français. Pour son projet roots, auquel il réfléchit depuis longtemps, mais qu’il n’est jamais parvenu à réaliser, Babylas Ahouangansy (son nom pour l’état civil) a l’idée de recruter les musiciens avec lesquels son jeune parent évolue.
 
La formation, baptisée pour l’occasion Kinikinis Wéwés,enregistre donc en 2006 La Mort des justes, un album qui fait alors une belle impression et permet à son auteur de gagner en visibilité, en France, mais aussi en Afrique de l’Ouest où il choisit de sortir le CD deux ans plus tard. Ses clips sont déjà diffusés sur les chaînes nationales et privées, lui assurant une notoriété qu’il découvre avec surprise lorsqu’il est de passage sur sa terre natale.
 
Au moment de revenir en studio l’an dernier pour concevoir un nouveau disque, Assoh Babylas réorganise ses effectifs, car le planning plus que chargé de Dub Inc lui laisse peu de marge de manœuvre. Il sollicite d’autres instrumentistes, comme ceux de la section de cuivres de Tiken Jah Fakoly, et met au point les 15 morceaux de Taximan. L’un d’entre eux, Concurrence, faisait partie d’un quatre-titres que le chanteur avait sorti en 1993 quand il était au Togo en tant que membre du groupe Happiness – en compagnie de Peter Solo, venu entretemps s’installer lui aussi en France, dans la même région. "Au Bénin, le reggae, ça s’écoute, mais ça ne se pratique pas", explique-t-il pour justifier son départ dans la capitale de l’état voisin.
 
Le gène du globe-trotter

Initié aux rythmes jamaïcains par un grand frère rasta qui lui fait écouter les stars de Kingston, le jeune homme qui a grandi à Abomey, rêve qu’on l’inscrive à un cours de musique, lui qui est déjà chargé d’entonner l’hymne national à l’école les lundis et vendredis, mais les promesses paternelles ne sont jamais tenues. "Je savais que si je ne partais pas, je n’allais pas arriver à ce que je souhaitais faire", confie-t-il.
 
D’autant que le gène du globe-trotter a visiblement toujours été dominant dans son ADN : dès ses dix ans, chaque week-end, il accompagne l’équipe du club de foot que préside son père, par ailleurs haut magistrat, dans tous ses déplacements sur le territoire. "Ça m’a permis de choisir certaines villes où j’ai décidé de faire mes études", observe Assoh Babylas.
 
Après l’expérience togolaise avec Happiness qui dure deux ans, il met le cap sur la Côte-d’Ivoire, incontournable à cette période pour qui veut réussir dans la musique en Afrique de l’Ouest. Le séjour s’avère fructueux, l’apprentissage se poursuit. Prudent, il décline les offres de production trop alléchantes, redoutant qu’elles aient en réalité pour but de l’enterrer.
 
A Abidjan, très vite il se lie avec le reggaeman Ismaël Isaac, "un frère" qu’il a tenu à inviter dix-huit ans plus tard sur son nouvel album pour un duo logiquement intitulé Brother’s Songs. Le temps passe, mais les amitiés restent. Pour Assoh Babylas, élevé dans l’esprit du droit, le reggae est d’abord un vecteur de valeurs.
 
Assoh Babylas Taximan (Autoproduit/MVS Distribution) 2013
En concert à Saint-Etienne au Fil le 08 novembre 2013
 
Site officiel d' Assoh Babylas
Page Facebook d'Assoh Babylas