Dub Inc exporte le reggae français

Dub Inc exporte le reggae français
Dub Inc © Alexis Rieger

Auteur d’un cinquième album baptisé Paradise, le groupe stéphanois Dub Inc cueille les fruits de sa démarche à la fois artistique et extra-musicale. Cela lui permet non seulement de jouer un rôle moteur sur la scène reggae française, mais aussi d’être très actif à l’étranger, comme en témoigne sa dernière tournée passée par 27 pays. Rencontre avec Aurélien "Komlan", l’un des deux chanteurs.

RFI Musique : Une semaine après sa sortie, votre album Paradise était classé en France à la 4e place des ventes en téléchargement et 15e des ventes physiques, ce qu’aucun groupe de reggae français n’a réussi depuis dix ans. Comment le vivez-vous, sachant que vous cultivez une forme d'indépendance par rapport au système de l'industrie musicale ?
Komlan : On est toujours surpris de voir que le public est chaque fois au rendez-vous après bientôt 15 ans d’existence. Car ça ne se calcule pas. Avec cet album, nous avons beaucoup de bons retours sur notre musique, ce qui est aussi important que les ventes. Nous n'avons pas changé notre manière de fonctionner, en groupe indépendant. Mais nous avons beaucoup préparé cette sortie. Tout d'abord avec notre mix CD Dub Inc Summer Mix 2013 qu’on a pressé à plus de 40.000 exemplaires et distribué dans tous les festivals où on a joué cet été. Et aussi en rattrapant le retard qu'on avait au niveau des vidéos – un seul clip en quatre albums ! – avec des teasers sur le Net, puis les trois morceaux live et enfin avec le clip du titre Chaque nouvelle page.

Qu’est-ce qui distingue ce disque des précédents ?
Musicalement, on a voulu repousser plus loin nos expérimentations. On a l’habitude de jouer du reggae mélangé avec la musique du monde. Mais on n’avait jamais appelé un gars qui joue de la mandole, un joueur de kora… Là, il y a aussi la section cuivres de Tiken Jah Fakoly. On a fait évoluer notre boulot dans la manière de produire le son, en allant chercher des sonorités authentiques. Et puis humainement, c’était une super expérience de travailler avec d’autres musiciens, en les faisant venir autant en phase de répétition que d’enregistrement. Ça permet de voir notre musique d’un autre œil, avec des gens qui ont une autre technique, un autre langage musical.

La combinaison de votre voix et de celle d’Hakim, l’autre chanteur, est une des spécificités de Dub Inc. Comment avez-vous trouvé à les conjuguer ?
A la base, j’étais arrivé dans Dub Inc pour faire des percussions, un peu de toast à l’occasion pour donner de l’énergie. Je suis un autodidacte et, quand j’étais gamin, j’écoutais Joey Starr même si j’étais aussi un fan de dancehall. J’ai vraiment appris à chanter aux côtés d’Hakim qui a fait évoluer son style dans le groupe. Maintenant, c’est naturel pour nous de bosser ensemble. J’arrive à écrire des phrases pour Hakim et il me donne des mélodies quand, l’un ou l’autre, nous ne sommes pas sûrs de nos idées. On a des automatismes. Et puis le mélange de nos voix fonctionne, elles sont antagonistes dans le style, l’atmosphère qu’elles dégagent.

Les propos virulents que vous pouviez tenir sur Hors Contrôle n’ont pas d’équivalents cette fois-ci sur Paradise. Comment faut-il l’interpréter ?
Beaucoup de morceaux de Hors Contrôle étaient en réaction directe au Sarkozysme, à toutes les valeurs qu'il drainait à ce moment-là. L'époque a changé, et dans ce disque, on essaie de traiter les sujets d'une manière plus large, plus globale.

Dub Contrôle, qui clôture l’album, peut être entendu sur Rude boy Story*. D’autres titres ont-ils été plus ou moins inspirés par ce que raconte ce documentaire qui vous est consacré ?
Dub Contrôle est un morceau que nous avions enregistré au moment des prises de Hors Contrôle. Nous avions choisi de ne pas mettre sur le disque, mais il convenait parfaitement pour illustrer le documentaire. C'est en le redécouvrant dans ce contexte qu'on a pu juger de son efficacité. Au final, il a trouvé sa place sur Paradise. Le titre Chaque nouvelle page est presque une illustration du film, une sorte d'hommage à la route et à notre public. C'est un morceau important pour nous et je crois, pour notre public, un morceau que nous avions envie d'écrire depuis longtemps.

Que vous a apporté le précédent album, Hors Contrôle ?
Ce qui a changé avec la tournée Hors Contrôle, c’est l’ouverture vers l’international. Avec Afrikya, on avait commencé à mettre un pied en Europe, mais avec le suivant, on est allé dans 27 pays ! Tu imagines l’enrichissement qu’on a pu en retirer, que ce soit par rapport à l’anglais, par rapport à d’autres artistes, aux nouvelles musiques. Cet album nous a fait passer un autre niveau.

Comment s’est fait ce développement international ?
Le film Rude Boy Story montre clairement comment ça se passe. Tu nous vois aller au Portugal, aux États-Unis, où on se casse la gueule – parce que ça ne marche pas toujours à l’étranger. On peut perdre de l’argent quand on va en Grèce et en gagner sur un festival en Suisse. Ça a commencé et ça continue comme ça. Pour l’Inde, on a mis un an ou deux à s’organiser, voir qui pouvait consentir des efforts financiers. Au final, on a fait trois concerts là-bas. C’est ce que nous apporte Internet et notre liberté de groupe indépendant. Personne ne peut nous dire qu’il y a d’autres priorités, qu’on ne va pas mettre d’argent là-dedans. Mathieu, notre manager, essaie de répondre sur les réseaux sociaux à tous ceux qui nous écrivent de l’étranger et on envoie beaucoup de CDs promo. On est allé en Colombie cette année. Ça faisait trois ans qu’on avait des contacts là-bas et on s’est retrouvé au festival Rock al parque, devant 60.000 personnes, à jouer un peu avant la tête d’affiche ! On y a rencontré un tourneur brésilien et on essaie de travailler pour monter une tournée sur place en 2014. Le fait qu’on puisse faire nos propres choix, ça change tout.

*DVD Rude boy Story sorti en mai 2013
Dub Inc Paradise (Diversité/Naïve) 2013
Site officiel de Dub Inc
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