Danakil

Danakil
Danakil © DR

Dans le titre du quatrième album de Danakil, Entre les Lignes, réside l’essence du reggae : lire le monde autrement. Un esprit que perpétue la formation française, désormais aussi performante en studio que sur scène, son milieu de prédilection.

Entre le lycée Louis-de-Broglie de la prospère ville francilienne de Marly-le-roi, où le groupe Danakil s’est formé, et les ghettos de Kingston d’où le reggae est sorti, il y a un monde, et pas seulement en apparence. Mais en matière de musique aussi, les théories déterministes trouvent vite leurs limites. A force de labourer l’Hexagone à coup de concerts, la réputation de ces jeunes musiciens a franchi les frontières, à l’image de leur alter ego de Dub Inc avec qui ils partagent le rand de leader de la scène reggae française : Sénégal, Gambie, Côte d’Ivoire… et même Djibouti !

Pouvaient-ils imaginer qu’un jour de 2012 ils se retrouveraient à jouer à Tadjourah, aux portes du désert africain dont ils ont emprunté le nom ? Mais l’Afrique n’est pas qu’une simple destination de plus pour tourner, elle a pris une autre dimension pour Danakil depuis que le précédent album Echo des temps a été préparé à Bamako.

Son successeur Entre les lignes est lui aussi imprégné, pour différentes raisons, de l’atmosphère de la capitale malienne. D’abord parce que c’est là que Balik, le chanteur, est allé vivre en famille et qu’il a écrit ses textes, tandis que le reste de l’équipe lui envoyait les musiques depuis la France. Ensuite, pour certains chœurs ou instruments traditionnels, il a fait appel au savoir faire de Manjul, rasta parisien installé depuis treize ans avec son Humble Ark studio à proximité du fleuve Niger. Sans parler du contexte : le titre Mali Mali fait écho au conflit qui a sévi au nord du pays, restituant le ressenti de Balik sur place, au quotidien. “En janvier 2013, je ne pouvais parler que de ça. Tant que cette chanson n’était pas faite, je ne pouvais pas avancer sur le reste”, explique le parolier.

Musicalement, ce nouveau CD sonne comme aucun autre dans la discographie du groupe, avec une basse, pulsation vitale de l’organisme, qui joue son rôle à plein. On connaissait la qualité de chacun des membres et celle du collectif grâce au live, mais en studio leur travail n’avait pas la même saveur, plus basique.

Cette fois, le propos donne l’impression de bénéficier d’un meilleur rendu, de s’être aussi enrichi, affiné, nuancé, même si Danakil continue à privilégier les tempos assez lents du reggae roots, à l’exception notable de Ne touche pas, dont le refrain est chanté par le Sénégalais Natty Jean, devenu un élément à part entière du groupe qu’il a rejoint en 2011 pour la tournée. Harrison Stafford, du groupe américain Groundation, et les vétérans jamaïcains Twinkle Brothers comptent parmi les invités de ce disque, tout comme le saxophoniste de Sinsemilia venu compléter la section des cuivres et bois.

Et si Balik et ses coéquipiers avaient adapté dans le passé Non, je ne regrette rien popularisé par Edith Piaf, cette fois ils ont emprunté aux Beatles leur tube Fool on the Hill. La reprise, commandée à l’origine par un producteur brésilien, figure sur une compilation à travers laquelle la planète reggae, dans toute son universalité et sa diversité, rend hommage aux Fab Four. Un autre signe du caractère international que commence à prendre la carrière de Danakil.
Danakil, Entre les lignes (Baco Records) 2014
Actuellement en tournée, le 15/03 à Genève, les 21 et 22/03 à l'Olympia à Paris
Site officiel de Danakil 
Page Facebook de Danakil
A écouter : La Bande Passante (17/03/2014)