Massilia Sound System, trente ans et un disque

Massilia Sound System, trente ans et un disque
Massilia Sound System © Mo Lo Cicero

Fortement lié à sa ville des bords de la Méditerranée qu’il chante sur tous les tons, et souvent sur fond de reggae, Massilia Sound System a réuni ses effectifs dispersés sur les projets solos, pour donner forme à un nouvel album, Massilia, et le défendre en live, tout en fêtant ses trente ans d’existence.

"Vous connaissez la règle ?" demande Tatou aux quelque 8000 spectateurs massés le 16 octobre devant la scène des Docks des Suds, à Marseille. "Pour le grand oaï, tout le monde s’allonge." Et le public de s’exécuter docilement, attendant le signal pour se lever d’un bond.

Dans un concert du Massilia Sound System, l’ambiance compte autant que la musique, et le groupe qui célèbre en ce moment ses trente ans, a conservé toute sa popularité dans son fief, dont il se veut être le porte-étendard. Toute une liste d’événements était programmée pour cet anniversaire, à commencer par une présence simultanée sur les ondes de radios associatives faisant partie du paysage culturel local. Car c’est aussi dans ces structures, peu après qu’elles aient obtenu le droit d’émettre légalement en 1981, que la formule a été trouvée : “On peut dire que le fait de tchatcher sur des disques a été inventé ici, à la radio, avant d’être fait en public", reconnait Tatou, animateur à cette époque-là, les oreilles alors tournées vers la Jamaïque.

Avec son complice Jali, aussi appelé Papet J, et Gari Greu, il a continué à remonter le temps en procédant à une "reconstitution" du premier sound system du collectif, "au même endroit, dans la rue, sauvagement, sans autorisation". Ils se sont même amusés à organiser une parodie de cérémonie au cours de laquelle un maire fictif leur remettait une médaille de la ville. Un "pied de nez" aux autorités locales, qu’ils n’ont jamais ménagées. "À la réflexion, ç’aurait été bien qu’il nous la file vraiment, non ? Il y a tellement de gens qui l’ont et qui n’ont pourtant rien fait pour la ville…" balance le quinquagénaire qui mène aussi sa barque sous le nom de Moussu T, dont le dernier album Opérette paru il y a quelques mois plongeait dans le passé de la cité phocéenne.

Faut-il voir dans les mélodies à l’ancienne qui hantent ça et là certains morceaux du nouvel album de Massilia Sound System une forme d’effet collatéral ? "On ne se divise pas" reconnait l’intéressé. "J’ai un intérêt pour la chanson, donc forcément, il apparait. Mais on a tous suffisamment construit nos projets à côté pour ne pas avoir besoin de les faire apparaitre avec le Massilia. Déjà, on a décidé de faire tous les morceaux à trois. C’était un garde-fou, pour s’obliger à être au service de la cause commune."

Tout de bleu vêtu, l’album simplement baptisé Massilia se veut un instantané. "Le cahier des charges, quelque part, il est écrit depuis le premier disque. On fonctionne un peu comme des illustrateurs de ce qu’on regarde. Les disques sont toujours le produit de ce qui nous entoure, de l'actualité dans laquelle on baigne. Comment se passent les choses, vues de notre fenêtre. Il fallait aussi que l’on évite le piège de l'apothéose : faire un disque qui aurait couronné tout ce qu’on avait déjà fait. Et je pense qu'on a travaillé suffisamment 'bordéliquement' pour échapper à ça, c’est-à-dire en faisant avec ce qu’on avait sous la main !” explique Tatou qui considère que, sur le plan musical, "celui-là est assez naturel" tandis que sur 3968 CR 13 et Occitanista "il y avait un discours de fusion, pour essayer de réunir toutes les influences."

En occitan ou en français, les textes du Massilia – et la façon dont ils sont délivrés – ont fait l’identité de ce groupe à la démarche moins régionaliste qu’antijacobine. Intarissables sur leur ville à laquelle ils font très souvent référence dans leur répertoire, ses membres lui consacrent encore deux titres, avec un goût nostalgique évident lorsqu’il est question sur A Massilia de "rendez-vous manqués en occasions ratées, de copiés en collés, la ville est repensée. On se sent désœuvré en trainant sur les quais". Avant de se laisser emporter par la démagogie : "Tu vois, leur seule politique, c’est de nous faire vivre à genoux. Les puissants qui nous font la nique ne veulent rien changer du tout."

Autre thème de prédilection : l’ego trip, décliné ici sur le sérieux Trois Mcs sur la version, et avec une plume plus drôle et piquante sur Massilia n°1 qui permet de vanter les capacités du groupe : "J’ai vu des Mcs essayer de nous tenir tête, ils ont fini fris bouillis derrière la buvette (…) Les Bretons et les Ch’tis ont fini écarlates, même les Brésiliens sont repartis à quatre pattes (…) Il n’y a que les Corses qui nous donnèrent du mal. Mais au petit matin, ils chantaient tous en provençal", lancent ceux qui disent aussi avoir servi durant leur carrière "trois millions de litres de pastaga", la distribution de pastis étant un des rituels inamovibles de leurs concerts. Folklorique ? Peut-être, mais chez Massilia Sound System, ce terme-là n’a rien de ringard.

Massilia Sound System Massilia (Manivette Records/Chant du Monde) 2014
Site officiel de Massilia Sound System
Page Facebook de Massilia Sound System

A écouter : la session live dans La Bande Passante (04/11/2014)