Tryo et l’écorecyclage des chansons

Tryo et l’écorecyclage des chansons
Tryo © DR

Adepte de la chanson française passée au filtre d’un reggae acoustique, Tryo pousse un peu plus loin sa formule en adaptant le même traitement artistique à des titres empruntés à Alain Souchon, Jacques Higelin, Francis Cabrel… Ce nouvel album intitulé Né quelque part, d’après une chanson de Maxime Le Forestier, n’en reflète pas moins la philosophie de ce groupe militant connu par ses positions altermondialistes et son engagement pour les causes environnementales.

À première vue, proposer un album de reprises respire au mieux le coup marketing justifié avec ce qu’il faut de bonnes intentions, au pire la panne totale de créativité. Voire les deux combinées. Mais dans le cas de Tryo, et plus particulièrement de leur nouvel album Né quelque part, même si ces hypothèses ne peuvent être complètement évacuées, une autre grille de lecture est possible. Et certainement plus pertinente.

L’ambiance “guitares-feux de camp”, où l’on reprend des airs connus, est à la naissance de ce groupe, il y a près de vingt ans, comme aiment le rappeler ses fondateurs désormais quadragénaires. Et à bien regarder (ou plutôt réécouter) le début de leur parcours avec l’album Mamagubida, ils ne faisaient déjà que prolonger cette atmosphère sous la forme d’un reggae acoustique.

Leur tournée baptisée "Tryo à quatre", durant le premier semestre 2014, disait la même chose, car le répertoire sur scène dépassait largement celui de leur discographie : via les réseaux sociaux, le public était mis à contribution pour suggérer des idées de chansons que Guizmo et ses acolytes adaptaient, le soir venu. Une partie des 13 titres qui figurent sur le CD ont d’ailleurs été enregistrés dans les loges des salles où Tryo se produisait.

Mis bout à bout, ces succès – mais pas uniquement – de la chanson française qui les ont inspirés donnent un peu l’impression d’écouter la bande-son de leur génération, du Petit train des Rita Mitsouko à Victime de la mode de MC Solaar, en passant par La Corrida de Francis Cabrel. À travers cette sélection se dégage aussi, au final, et bien que ce ne soit pas leurs mots, l’image de Tryo et de sa vision du monde : L’opportuniste de Jacques Dutronc, Bidonville de Claude Nougaro, Triviale poursuite de Renaud, Né quelque part de Maxime Le Forestier… 

La démarche a visiblement séduit les premiers interprètes de ces textes, comme en témoignent ce qu’on peut lire dans le livret du disque : "Il est touchant de voir que, grâce à Tryo, une chanson composée au lycée peut encore m’émouvoir à l’heure où mes anciens camarades de classe passent leurs examens d’entrée en maison de retraite', écrit Hubert-Félix Thiéfaine, représenté par Je t’en remets au vent.

Entre s’approprier l’œuvre d’un autre et trouver la bonne distance pour la revisiter, la marge de manœuvre est étroite. Dans cet exercice, si Tryo a l’humilité de ne pas faire oublier les versions originales, il ne démérite pas et réussit de jolis coups, en particulier avec  C’est déjà ça et L’Amour à la machine. Alain Souchon, leur auteur, apprécie leur évolution : "Le reggae, c’est de la mélancolie qui danse."

Tryo Né quelque part (Columbia / Sony Music) 2014
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