HK & les Saltimbanks ne lâchent toujours rien

HK & les Saltimbanks ne lâchent toujours rien
© Pitinome

Presque deux après son premier album et son On lâche rien maintenant entendu dans toutes les manifs de France, l’ancien chanteur de MAP présente Les Temps modernes, le nouvel album de son projet solo, HK & les Saltimbanks. Engagement et gaieté…

HK a de quoi être satisfait, ces jours-ci : il sort le deuxième album de son groupe, Les Temps modernes alors que la France connait l’alternance après dix ans de gouvernement de droite. Il fait un commentaire politique mesuré, pourtant : "Nous sommes soulagés. Nous sommes des gens de gauche, des altermondialistes, mais nous restons prudents. Je ne veux pas faire le grognon de service mais j’espère que ce sera un vrai changement." 

HK & les Saltimbanks ne peut dissimuler son engagement – bien au contraire ! "Nous sommes militants", dit le chanteur, qui reconnait que "les gens qui nous connaissent savent qu’ils peuvent faire appel à nous – le Réseau Éducation sans frontières, la Fondation Abbé-Pierre, les syndicalistes en procès, comme les Conti*. Notre sphère est celle de gens qui se battent pour défendre leur condition, les droits des autres ou leur choix de valeurs. Nous qui sommes des saltimbanques, nous jouons pour eux avec grand plaisir et, aussi, un peu de fierté."
 
Qu’on ne croit pas le groupe engoncé dans la phraséologie révolutionnaire et la rigueur militante. Si HK & les Saltimbanks est un groupe engagé, sa musique n’en est pas moins turbulente, gaie, hédoniste, radieuse. Thématiques graves et chansons qui se dansent : ce que l’on entend dans Les Temps modernes est une colère joyeuse. "On n’a qu’une vie et on n’a pas envie de tirer la tronche, dit Kaddour Haddadi, dit HK. Nous avons envie de prendre toutes les petites parts de plaisir de la vie. Nous marchons toujours sur ces deux pieds : l’envie de raconter notre époque dans toute sa complexité et l’envie de se faire plaisir."
 
Presque deux ans après Citoyen du monde !, premier album de HK & les Saltimbanks, Les Temps modernes aborde toujours les thématiques d’une France urbaine, métissée et confrontée à la crise économique. L’album chante la vie d’un ouvrier réunionnais en métropole (en français et en créole), le Printemps arabe ou l’urgence d’un grand Indignez-vous… Au passage, un featuring de MAP, ou plutôt les retrouvailles avec Dias, aujourd’hui embarqué avec Zone d’Expression Populaire. Les deux complices du Ministère des Affaires Populaires sont, selon l’expression de HK, "en pause un peu prolongée. On va refaire quelque chose ensemble mais on ne s’est pas encore fixé de date. MAP n’est pas mort : une parenthèse a été ouverte quand on a eu envie d’explorer des univers plus personnels."
 
De Brel à Marley
 
Au générique des Temps modernes, on rencontre aussi Souad Massi et Karimouche, l’une et l’autre invitées pour des duos. Et Jacques Brel ! Car HK donne une belle version d’Amsterdam, lente et gorgée de feeling. "J’ai découvert Brel sur le tard. Ce n’est pas ma culture naturelle, contrairement au reggae, au hip hop et à la musique traditionnelle algérienne qu’écoutaient mes parents. Je ne suis venu que très tard à la chanson française. J’étais presque adolescent quand j’ai vu à la télé le live de Brel sur Amsterdam. On le découvre dégoulinant de sueur, comme habité. Je me suis surpris à embarquer avec lui alors que ce n’était pas du tout ma culture musicale. C’est la force du personnage, son génie musical, il explose les cases et peut toucher tout le monde."
 
S’il confesse son admiration pour Brel, HK a grandi avec une autre star : "Mes grandes sœurs écoutaient Bob Marley. Alors je l’ai eu dans mon biberon, matin, midi et soir. Toutes les premières chansons dont je me souviens sont des chansons de Bob Marley et, de moi-même, j’ai continué à l’écouter ensuite quand j’en ai eu l’âge. C’est l’artiste qui m’a donné envie de commencer à écrire et à chanter. À sept ou huit ans, je le mimais et, alors que je savais à peine lire en français, je chantais avec lui en déchiffrant les paroles des chansons sur les pochettes. Parmi les chanteurs, il y a aura toujours, pour moi, Bob et les autres."
 
Un peu comme son maître jamaïcain, HK écrit et compose avant d’apporter ses chansons à ses Saltimbanks. "C’est ainsi qu’est né le groupe : j’avais des chansons dans un tiroir et j’ai fait appel à des potes découverts à travers mon parcours musical chez moi à Roubaix. Une fois que les titres sont dans le pot commun, chacun se les approprie et ça devient les chansons du groupe. J’aime bien cette idée de me faire déposséder et que chacun apporte aux chansons ce qu’il sait faire. Il y a alors une vraie dimension de création collective... " Quelques-uns des textes de l’album sont mêmes écrits avec des Saltimbanks, dont Toufik, comédien.
 
Un comédien dans un groupe de reggae-rap-chanson ? "Nous sommes des gens du spectacle vivant – on prend vie sur scène, littéralement. Et, parmi les Saltimbanks, Toufik n’est pas musicien mais comédien. Il nous apporte des effets de mise en texte, du texte, quelque chose d’autre… " Et il contribue à la très flatteuse et très répandue réputation d’HK & les Saltimbanks, impressionnant groupe de scène.
 
*Conti : les salariés de Continental qui se sont battus pour éviter la fermeture de leur usine
 
HK & les Saltimbanks Les Temps modernes (Blue Line/Universal) 2012
En tournée en France