Le phénomène Shy’m

Le phénomène Shy’m
© Armen

A 27 ans, Shy’m (de son vrai nom Tamara Marthe), est devenue la coqueluche de la pop R&B française. Après avoir vendu des centaines de milliers d’exemplaires de ses trois premiers albums, elle sort aujourd’hui avec Caméléon son disque le plus dance. A l’heure où il n’y a plus de place pour la musique de girls/boys band dans le paysage musical, analyse d’un nouveau phénomène de mode.

Elle avait, à l’heure d’entamer sa carrière, choisi son pseudo en accolant l’un des traits de sa personnalité ("shy", timide en anglais) à l’initiale de l’île dont elle est en partie originaire, la Martinique.

Depuis ses premiers pas aux côtés de K-Maro en featuring du single Histoires de luv en 2005, Shy’m s’est hissée à la tête des charts, raflant au passage quelques récompenses ou nominations ici et là, et s’imposant surtout comme la nouvelle starlette chérie par toute une génération d’auditeurs de R&B français.
Qui ne connaît pas Femme de couleur, le tube issu de son premier opus Mes fantaisies ? Depuis, même sans chercher à écouter la chanteuse, on l’entend partout : à la radio, sur les plateaux télé, reprenant fréquemment les chansons des autres, que ce soit pour sa carrière solo (En Apesanteur de Calogero), ou pour défendre des causes nobles (elle a participé au disque Paroles de Femmes en interprétant Nathalie de Gilbert Bécaud, et a rejoint plus récemment la troupe des Enfoirés).
 
En l’espace de six années, la jeune fille timide des débuts a parcouru un sacré chemin, mais également fait évoluer sa personnalité parallèlement à son style musical. A la fois chanteuse et danseuse, elle délaisse peu à peu ses influences soul pour aller vers des sonorités électro (avec Reflets et Prendre l’air, les deux albums qui ont suivis) tout en mettant au fur et à mesure son image plus avant. Au jeu du portrait chinois, si elle était un animal, on la verrait caméléon. C’est le nom qu’elle a donné à son disque, et ainsi qu’elle s’y décrit.
 
La femme caméléon

Shy’m ose les contradictions, et elle le chante haut et fort dès le titre qui ouvre l’album (Et alors) : "Qu’est ce que ça fait/Si j’ose les nœuds pap et les bustiers Frank Sorbier". Mais dans le clip qui illustre ce premier single, elle apparaît plus souvent en bustier décolleté et micro-short qu’en tenue garçonne, et les chorégraphies relèvent plus des poses sexys que de la danse.
 
Si on ne doute ni de la bonne foi de la chanteuse ni de ses capacités vocales, on s’interroge néanmoins sur l’habillage médiatique cousu autour d’elle pour la sortie de son disque. Sur son site internet, les photos de la jolie jeune femme relèvent plus de la gravure de mode que de l’image d’artiste. On trouvera de plus un certain nombre de "produits dérivés", du t-shirt classique au bijou de sac, en passant par le bracelet ou le cabas de shopping. De plus, quelques jours avant la sortie du disque, ce dernier y était en écoute sous la condition du préachat d’une édition spéciale numérotée, enrichie non pas de titres supplémentaires mais d’une carte postale dédicacée.
 
Une vraie promotion à l’américaine, digne de Jennifer Lopez ou Beyoncé ! Et ça marche plutôt bien visiblement ! Car indépendamment de la famille musicale, force est de constater que les textes, comme le gloubiboulga dans lequel ils sont noyés n’ont pas grand intérêt. En matière de dancefloors, on préfèrera de loin le dernier album de Jenifer ou la pop légère de Liza Manili.
 
A l’heure où les ventes des meilleurs disques ont du mal à décoller, on peine à s’y résoudre, mais l’image a de nouveau bel et bien pris le pas sur la qualité. Espérons que ça ne dure pas.
 
Shy’m Caméléon (Warner) 2012
En concert à Paris Bercy le 4 janvier 2013