Le nouveau projet de Rachid Taha

Rachid Taha & Mick Jones
Sur scène aux Transmusicales de Rennes © Squaaly

Son site - rachidtaha.fr - est en maintenance, mais lui semble en pleine forme. A quelques heures de son concert aux Transmusicales de Rennes, Rachid Taha a levé un bout du voile sur Zoom, son prochain album enregistré avec la complicité de Brian Eno. Sortie attendue au printemps 2013.

C’est au Liberté, en plein cœur de Rennes, que le festival des Transmusicales accueille ses "Pros". C’est au rez-de-chaussée de ce complexe qui a abrité quelques-uns des concerts qui ont fait la légende de l’évènement rennais, qu'en cette fin d’après midi du 7 décembre, une vingtaine de médias a rendez-vous avec Rachid Taha. L’atmosphère est légère. Rachid connaît bien les Trans, et beaucoup de ceux qui sont venus pour cette conférence de presse.

Mise au point

Après une série d’albums conçus avec Steve Hillage, Rachid a séduit Brian Eno. Rares sont les artistes qui peuvent se targuer d’être respecté par de tels producteurs. Rachid est de ceux là. Et il le sait ! Il en joue même. Quand un des interviewers lui demandent les différences entre les méthodes de ces deux illustres concepteurs, il répond : "aucune ! Avec l’un comme avec l’autre, c’est moi le patron !".

Qu’attendre de cet album alors ? "Un regard croisé sur Le Caire et Memphis, l’Orient et le Désorient" lâche le chanteur. Pour lui, pas de doute, la santiag, cette botte de cowboy devenue l’emblème des mauvais garçons, est belle et bien l’héritière de la babouche. Le chanteur n’a pas attendu qu’on voit en lui le fils d’Oum Kalsoum et de Johnny Cash ou d’Elvis Presley pour imaginer cette filiation. L’image est une des clés de voûte de son discours depuis quelques années déjà. C’est en tout cas sous cette perspective qu’il a imaginé Zoom.

La peste et le choléra

Rachid est en forme. Qu’il s’agisse des Révolutions arabes, de la montée de l’intégrisme ou de la xénophobie, Taha est bien décidé à mettre les pieds dans le plat. "Si mes chansons ont été reprises lors des récents mouvements populaires, je tiens à rappeler que durant toute ma carrière, je n’ai jamais pu tourner dans ces pays faute de démocratie. C’est un printemps sans rose, ni fleur" ajoute-t-il avant de lâcher : "Et qu’on ne vienne pas me parler d’Islam modéré. Je ne connais pas de musulman modéré, pas plus que de catholique modéré ou de juif modéré. La religion est une histoire entre toi et toi. Dès qu’elle sort de cette intimité, dès qu’elle entre dans le champ public, dans la société, c’est le début de la fin" apostrophe le chanteur qui dit craindre une guerre civile en Egypte.

"Je ne suis pas plus optimiste pour l’avenir de l’Algérie ou de la France". Pour le premier, il déclare juste : "Algérien à dire" quant au sujet de la France, il s’interroge sur le printemps français : "On a civilisé la xénophobie. Elle est désormais dans nos entourages, dans les médias, les préfectures. Ça m’écœure ! Les fascistes gagnent du terrain chaque jour. C’est comme dans un film d’épouvante lorsque tu coupes la tête d’un monstre et qu’il en repousse plusieurs. Il y a quinze ans, quand on a réalisé le clip de Voilà, Voilà avec Michel Gondry, personne ne nous prenait au sérieux, on ne nous croyait pas. Aujourd’hui tu n’as qu’à écouter les infos, entendre parler du pain au chocolat pour réaliser qu’on disait juste et comprendre que ce n’est pas fini. Malheureusement ici, les artistes ne prennent pas position, alors que musique et politique ont toujours été très liées. Quelqu’un comme Brian Eno apprend l’arabe. Ça n’a l’air de rien mais apprendre une langue, c’est apprendre de l’autre" commente Rachid qui prépare selon ses propres dires un festival de rock arabe à Paris, ce fameux "arabs-rock" qu’il incarnait lors de sa première venue au Trans en 81 et qui est aujourd’hui encore souvent maltraité en deçà de la Grande Bleue.

Sans Brian Eno mais avec Mick Jones

Ce voyage, cette traversée entre "Orient et Désorient", Rachid ne la fera pas seul sur la scène des Trans. Autour de lui, son groupe, mais pas de Brian Eno. "Il est retenu ailleurs par ses propres engagements" explique Rachid. Annoncé comme un concert participatif au regard des featurings (Christian Olivier, le chanteur des Têtes Raides, la Miss France Sonia Rolland, Camélia Jordana, Eric Cantona, Rachida Brakni, Agnès B et Mick Jones) sur la version 2012 de son Voilà Voilà, Rachid et son groupe ne seront finalement rejoints que par l’ex-Clash après une bonne vingtaine de minutes principalement consacrées aux nouveautés dont une étonnante version du O solé Mio ou plutôt du It’s now or neither revu et déjà corrigée par Presley.

"C’est un plaisir d’être là au côté de Rachid" ajoutera le guitariste à l’élégance très britannique. "Rachid et moi venons du punk, c’est aussi simple que ça !". Rachid sourit avant de rappeler que leur rencontre remonte au début des années 80 quand il a pris contact avec les Anglais en concert une semaine durant au Théâtre Mogador (Paris). "On espérait qu’ils nous produisent." Il n’en fut rien, mais le lien ne s’est jamais rompu.

Quand en 2004, Rachid offre sa version du clashien Rock The Casbah, Mick Jones est aux anges. Ce soir, ils reprendront ensemble le titre sur scène avant de lui coller au train un Should I stay or should I go auquel les premiers rangs du public répondront physiquement pour les caméras attentives par un tonitruant Should I stay or should I “pogo” tout en mouvements désordonnés.

Viendra ensuite Ya Rayah que le chanteur entonnera presque instinctivement dans un réflexe pavlovien. Entre nouveautés et tubes intemporels repris pour le plaisir – le sien comme celui du public – ce concert de bonne tenue sera juste contrarié par quelques incidents techniques et par un timing de festival sans débords possibles.

Page Facebook de Rachid Taha