Rock en Seine 2015, best-of rock

Rock en Seine 2015, best-of rock
Etienne Daho à Rock en Seine 2015 © B.Brun

Allons z'enfants, branchez les guitares… Juste avant la rentrée, la 13e édition de Rock en Seine a mis le parc de Saint-Cloud au diapason des amplis. Le festival a confirmé son statut de "best-of" de la culture rock de ces 25 dernières années et, en affichant complet avec 120.000 spectateurs, le succès de sa recette. S'il fait surtout la place aux anglo-saxons, on aura aussi vu ce week-end Miossec, Daho ou les jeunes pousses rock de Last Train.

A l'ombre de la grande scène, des panneaux rappellent la mémoire des lieux et les affiches successives. La première édition qui accueillait dix groupes et – déjà – Massive Attack, PJ Harvey, Eagle Eye Cherry ou le Nigérian Keziah Jones le 27 août 2003. Le cru 2006 dans toutes les mémoires pour le concert de Beck et surtout de Radiohead, ou plus tard, les annulations des anglais d'Oasis, qui se sont séparés dans les coulisses même du festival, et d'Amy Winehouse, une étoile qui aura filé tristement au-dessus de la planète rock.

C'est qu'en treize éditions, le festival rock parisien, qui a réuni tout ce week-end 120.000 spectateurs dans le parc de Saint-Cloud, a vu passer les groupes les plus importants de son époque. À l'image des grands rassemblements belges, du Primavera Sound à Barcelone ou – à une plus petite échelle – du festival de Glastonbury en Angleterre, c'est pour le spectateur une sorte de Pays des merveilles où se retrouvent ceux qui ont fait le rock ces 25 dernières années. S'il n'a jamais été tourné vers les papys rockers (Rolling Stones, Paul Mc Cartney, David Bowie…), "wok-en-seine" comme disent les anglais, regarde souvent du côté des années 90.

 
FFS, la grande classe
 
Cette année, les vétérans s'appelaient, outre Stereophonics et Chemical Brothers, The Offspring ; dès le vendredi soir, ils ont donné du fil à retordre à Miossec. Programmé au même moment que le groupe de punk-rock californien, le mousse breton a bataillé tout son concert pour couvrir le son de ces satanés "rejetons". La scène de l'Industrie, où il joue avec son groupe, est dans l'axe de la grande scène et elle n'est décidément pas faite pour des répertoires intimes, chargés de mélancolie. En face, un Offspring en très nette surcharge pondérale déroule gentiment mais au détour de quelques tubes, on voit un peu de notre adolescence défiler avant les excellents Kasabian.
 
Dans leurs multiples vies – du glam, en passant par leur collaboration avec Giorgio Moroder et les Rita Mitsouko –, les Sparks n'ont certainement pas suscité l'émoi dans la cour des lycées, il n'empêche. FFS (pour Franz Ferdinand Sparks), qu'ils ont formé avec Franz Ferdinand, est un super-groupe, dans tous les sens du terme, et leur concert a été l'un des meilleurs moments de ce Rock en Seine. Entre les frères Mael, le bondissant Russell, le flegmatique Ron, et l'invincible armada d'Alex Kapranos, c'est plus qu'une entente cordiale, une véritable fusion. Les uns reprennent le répertoire des autres et inversement ; dans une franche rigolade, tout cela pourrait être la bande originale d'une comédie musicale un peu fofolle.
 
Daho, tombé pour la France
 
Clairement tourné vers le rock anglo-saxon, électro et rap mais modérément, Rock en Seine a mis la scène française et francophone dans ses marges. VKNG, Jeanne Added ou les encore les quatre jeunes de Last Train (lire-ci dessous), la révélation rock du dernier Printemps de Bourges, sont venus. Ils étaient tous là, mais en milieu d'après-midi, sur une scène Découverte Ile-de-France et dans des villages pas forcément des plus simples à repérer. Pourquoi dès lors, ne pas les mettre plus avant ? Peu avant l'un des concerts de reformation des Libertines samedi, la dernière date de la tournée d'Etienne Daho, le Diskönoir tour, a pourtant été l'un des événements de cette affiche.  
 
Très rock derrière ses lunettes noires, Daho a mis de côté ses petits gimmicks au profit d'un groupe tourné vers les guitares et d'un côté clairement dansant. Il y a ces chansons qui ont marqué les trois dernières décennies (Week-end à Rome, Tombé pour la France, Le premier jour du reste de ta vie, Saudade) et cette innocence sans cesse retrouvée. Ça fait donc des "boom" et des "bang" et on n'oublie pas que Daho a été, il y a bien longtemps depuis Rennes, l'un de ceux qui ont rendu la pop et par extension, le rock en français possible.
           

                                                                                                         

Last Train, du rock qui déménage
 
La formule est simple mais magique : deux guitares, une basse, une batterie. Formé en Alsace, dans les environs de Mulhouse, le groupe Last Train est l'une des jeunes pousses à suivre du rock en France. Entretien sur le vif avec son chanteur/guitariste, Jean-Noël Scherrer.
 
RFI Musique : Comment est né Last Train ? C'est un groupe de lycée ?
Last Train : On s'est tous connu au collège, on est tombé dans les mêmes classes. Plus que l'idée de faire d'emblée un groupe pour être sérieux, on est avant tout une bande de potes. C'est devenu une vraie famille, qui a évolué au fil du temps. Il y a eu beaucoup de concerts dans les petits bars, les petits clubs en Alsace et il y a un an et demi, il y a eu une grosse remise en question, avec la fin des études. "Qu'est-ce qu'on fait ? On s'arrête ? On fait ça sérieusement ?" On s'est arrêté six mois, on a travaillé en sous-marin, c'était une période assez difficile parce que rien ne sortait, on a organisé une tournée européenne, on a décroché des premières parties et c'était lancé. 
 
Vous sortez de scène et le moins qu'on puisse dire est que ça déménage. La scène, c'est votre élément ?
On nous demande souvent : "Vous êtes quel genre de groupe de rock ?" On n'aime pas répondre à cette question, parce que c'est du rock, point. Au-delà de faire un style, du hard-rock, du psychédélique, on est honnête et c'est avant tout sur scène que ça se passe. Parce que c'est physique, parce que tu as une guitare dans les mains, parce que tu as des gens devant toi, parce qu'il y a un contact et il y a un truc qui se créé. Et puis, on travaille beaucoup à côté, on est devant nos ordis, et quand tu es sur scène, tu peux délivrer les choses pour lesquelles tu "taffes" toute l'année, en lesquelles tu crois.
 
On compare votre musique à celle des américains de Black Rebel Motorcycle Club (BRMC) ou de Queens of the Stone Age. Mais quel est le groupe qui vous a le plus marqué ?
La comparaison avec BRMC, on l'a cherchée, parce que c'est un groupe qui a mis tout le monde d'accord. Nous, ce qu'on recherche avant tout, c'est l'alchimie entre les membres du groupe, ne pas être simplement quatre musiciens qui sont sur scène et qui jouent quelque chose, il faut qu'il y ait un truc fort qui se passe. Moi, le groupe qui me fait le plus penser à ça, c'est Led Zeppelin, parce qu'ils pouvaient partir dans n'importe quoi, ils étaient ensemble. Ils anticipaient tout, ils arrivaient à capter les choses. Après, on est quand même loin de ce que faisait Led Zep, et quand tu cites Black Rebel, il y a des choses qui nous ont encore plus mis les tripes au fond du cœur, comme Wu Lyf. C'est tellement sincère, on a tellement pleuré sur ces albums, que voilà, c'est ça la musique.
 
Page Facebook de Last Train